La fête de l’Europe ou de l’amertume

Aujourd’hui 9 mai 2011. Fête de l’Europe. Et des éditoriaux pompeux.

Dans ses émouvants derniers voeux présidentiels, pour l’année 1995, François Mitterrand,  disait que le sort de la France était indissociable de celui de l’Europe et affirmait « qui sert l’une sert l’autre ».  Il était prématuré de l’affirmer. Si la ligne d’horizon « naturelle » de la France est l’Europe en raison de son passé et de sa situation actuelle, il est trop tôt pour que ce sentiment soit largement partagé dans la population.

Une Europe en panne. Enfin, réduire l’Idée d’Europe à celle de l’Union européenne est une fausse route. Jadis, l’idée d’Europe était une idée d’abord politique, et pas économique et elle s’étendait effectivement du Portugal à l’Oural. Une Europe des souverains plutôt que des peuples, certes, mais une idée d’Europe quand même, cimentée par la religion chrétienne.

Pourtant c’est notion d’union économique européenne là qui a pris le pas sur toute autre conception, uniformisante, (on vous dira « harmonisante ») faisant fi des identités locales et des aspirations sociales des uns comme des autres. L’exemple du Non au projet de Constitution européenne a été en ce sens révélateur. Voyez comment les partisans du non, ont été stigmatisés comme rétrogrades, craintifs, comment ils ont été conspués et le sont toujours. Le pyrrhonisme n’a pas bonne presse. Pourtant parmi eux, les anti-européens des Extrêmes gauche ou droite étaient minoritaires. 554,67% des Français ne sont pas extrêmistes. L’Union Européenne sur la scène internationale pèse peu. Son président, est absent de la scène médiatique et préfère faire des haïku sur Bruxelles,  on n’a pas beaucoup entendu sa ministre des affaires extérieures lors du Printemps Arabe, alors qu’il s’agissait d’une occasion pour affirmer le poids de l’Europe dans le monde.

Et puis, allez demander aux Grecs ou aux Portugais ce qu’ils pensent de l’Europe, après avoir profité pendant 25 ans de sa manne. Allez leur demander aussi comment leur classe politique leur a menti, pour des objectifs purement pécuniers, gonflant ça et là quelques chiffres pour accéder à la zone Euro, alors que leur fragile économie n’est pas celle d’une Allemagne fortement industrialisée. Pourquoi les autres membres de la zone Euro et la BCE imposent de fortes contraintes aux citoyens bernés de ces pays de rembourser les erreurs et les mensonges de leurs gouvernants.

Ensuite, allez demander au reste de la zone Euro si le passage à la monnaie unique leur fut profitable. A l’évidence non. Le prix du pain entre 2002 et 2011 a été multiplié par 4 en France mais pas les salaires. L’Europe n’est profitable qu’aux patrons et aux lobbies. Pour le reste, on demande aux Européens de voter docilement aux élections, et de fermer leur gueule lorsqu’on les invite à se prononcer sur un projet de constitution ou un élargissement économique en agitant le spectre pathétique d’une récession ou que sais-je encore.

L’Union a grandi trop vite et trop tôt ou elle a grandi à l’envers . Elle est perçue comme froide et bureaucratique, éloigné des préoccupations de ses administrés : pour voter la couleur réglementaire des lampes de réverbère il faut être sacrément illuminé. On ne voit quel est l’intérêt pour le citoyen. D’ailleurs, moi l’Union Européenne en tant que telle, je n’y crois, je n’y crois plus., malgré la propagande qu’on nous inculque dès l’école primaire au nom de grands idéaux, idéaux qui peuvent parfaitement fleurir sans cette super-structure lourde, lénifiante. L’Europe peut parfaitement progresser et se faire sans heurts sans brusquer ses citoyens.

La Rome antique s’est en partie développée par le choix qu’elle donnait aux cités pérégrines d’adhérer à ses valeurs et à son mode de vie, à leur rythme. Voyez l’histoire de Lepcis Magna en Tripolitaine : près de 300 ans.  Aujourd’hui, l’Europe veut grandir trop vite et trop tôt, et ne répond pas aux inquiétudes ni aux espérances des citoyens Européens. On espère une Europe plus juste et plus protectrice, plus sociale. Aujourd’hui on ne nous donne d’autre choix que de nous adapter aux exigences économiques des grandes entreprises : dumping social, flexibilité, et remise en cause des acquis sociaux obtenus par la sueur et par le sang. Une Europe amère en bouche.

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Une réflexion sur “La fête de l’Europe ou de l’amertume

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