Les petites hypocrisies de la politique migratoire de la France

La France souhaite remettre en cause les accords de Schengen sous prétexte que 300 à 400 migrants Tunisiens attendent à la frontière franco-italienne à Vintimille qu’on les laisse passer pour rejoindre Paris, Lyon ou Marseille. Migrants où se mêlent  des Benalistes fuyant une possible répression et des jeunes en quête de travail attirés par le mirage Français.

Les accords de Schengen, ont été mis effectivement en vigueur en 1995 et s’étend aujourd’hui à 22 pays de l’Union Européenne. Ils permettent aux ressortissants de chaque pays ayant signé les accords de se déplacer librement sur le territoire d’autre pays signataires. Aucun referendum ou vote parlementaire n’a sanctionné cette adhésion, approuvé par décret présidentiel le 30 juillet 1986. La démocratie, sans doute. Les accords bénéficient au citoyen lambda qui ne subit pas d’entrave si il souhaite voyager. Il profite aussi aux sociétés de transporteurs exemptés de contrôle de douane et donc d’arrêts obligatoires. Il favorise l' »effet frontière » et le commerce inter-frontalier. Il profite aussi aux trafics de narcotique, de contrebande (clopes, alcool)  puisque les contrôles douaniers ne sont plus systématiques mais aléatoires… Ah le fameux train Amsterdam-Paris !  Enfin il favorise les flux migratoires du Sud de l’Europe vers le Nord et l’Ouest.

La remise en cause des accords de Schengen par le gouvernement est à mon avis une mesure purement électoraliste destinée aux prendre dans les rets de l’UMP les sympathisants du Front National. Je m’explique.

D’abord, une constatation. Comme les dealers de drogues ou les délinquants les flux de l’immigration clandestine cherchent toujours des solutions lorsqu’on leur barre la route. La sécurisation des exclaves Espagnoles en territoire marocain de Ceuta et Melilla décida les passeurs et leur marchandise humaine à se reporter plus au Sud du Royaume Alaouite pour tenter de passer ver les Iles Canaries. La construction d’un mur de 12 km à la frontière greco-turque rebutera sans doute les passeurs. Ils trouveront d’autres solutions en passant par la Bulgarie ou par les îles Grecques proches des rivages Turcs. La remise en vigueur de contrôles systématiques aux frontières conduira à des passages clandestins par d’autres moyens : par voie maritime, par voie terrestre par des petites routes peu contrôlées. De plus, le gonflement des effectifs douaniers aura un coût, et paradoxalement, alors que l’Etat cherche à économiser de partout, il remettra en place une douane coûteuse en personnel et en fonctionnement.

Certes un Etat est dans son droit lorsqu’il souhaite contrôler les entrées et sorties sur son territoire, mais il pourrait restreindre singulièrement une des libertés fondamentales qui est de se déplacer sans devoir se justifier.

On ne peut pas reprocher aux migrants de chercher un asile sur loin de la pauvreté, du chômage ou de régimes dictatoriaux, mais le vrai problème réside dans l’inégale répartition des richesses. Je persiste à croire que tout est lié à ce point fondamental d’où découle beaucoup de problèmes. Je l’évoquais dans mon billet précédent sur la mort d’Oussama. Le terrorisme s’en nourrit aussi puisqu’il peut causer ressentiment, frustration. Le FN s’en nourrit aussi. Les électeurs du FN ne sont plus que des vulgaires réactionnaires, ou des Pieds-Noirs, ce sont désormais les ouvriers du Nord, ou les chômeurs de régions sinistrées de l’Est.

La politique gouvernementale sur l’immigration est hypocrite et incohérente. Depuis 2007, Sarkozy joue clairement la carte du libéralisme et a accentué le démantelement des administrations publiques, favorisé l’entreprenariat et la précarisation de l’emploi pour plus de flexibilité ; mais elle a  surtout bénéficié aux grands groupes tertiaires et industriels Français, au détriment certes des PME qui constituent l’écrasante majorité des entreprises de ce pays. La venue d’une main d’oeuvre bon marché, peu au courant de ses droits élémentaires, bref corvéable à merci pour un coût horaire imbattable est une aubaine puisque les Français ont été encouragés à suivre des formations intellectuelles au détriment d’activités manuelles.

L’exemple du secteur de la restauration est particulièrement révélateur : beaucoup d’employés sont issus étrangers, parfois sans papiers, dans une situation précaire quant à leur présence sur le sol Français mais aussi sur les contrats d’embauche les liant à leur employeur. Je ne pense pas aux restaurants traditionnels mais à ces restaurants de type cafétéria ou fast food qu’on trouve dans les sinistres zones industrielles ou ZAC entourant les villes. Le BTP est aussi un de ces secteurs où la main-d’oeuvre immigrée est très présente.  La France doit beaucoup à ces gens, mais ils constituent une « soupape » de sécurité lorsque l’activité économique se réduit. Un salarié Français lui pourrait aller aux prud’hommes si il constatait une irrégularité ou un harcèlement moral visant à le licencier. L’immigré en situation irrégulière ou précaire lui ne fera rien. Il est otage de son employeur.

Dans l’ensemble c’est toute la société française qui se montre hypocrite. Les uns ne veulent pas d’immigrés. Soit, mais qui jouera au maçon chez les jeunes ? Les métiers manuels sont dévalorisés depuis 30 ou 40 ans. Il en faut bien des ouvriers pour faire tourner la machine. D’autres en veulent plus : des patrons pour qui un homme n’est qu’une paire de bras de plus. Cynisme des milieux économiques. Les Bobos de gauche eux aussi en veulent plus, sous prétexte d’humanisme. Mais ils ne veulent pas vivre à coté d’eux, ne les côtoient pas, ou si peu, les ignorent, les méprisent. Les femmes de ménage des bureaux, les nourrices des beaux quartiers Parisiens, les vigiles de magasin, les livreurs de courses… La plupart sont des immigré(e)s.

On peut se parer de beaux idéaux et se montrer particulièrement insensible à la différence et à la détresse humaine.

Pourtant, je n’aime pas les immigrés sans-papiers très ou trop revendicatifs. En France, personne ne doit être au-dessus des lois. Je suis certes un peu idéaliste sur ce point mais je suis aussi légaliste. Je trouve que le mouvement des sans-papiers est insultant pour tous les immigrés qui s’échinent chaque jour à obtenir des papiers au prix de démarches administratives fastidieuses et de plus en plus rigoureuses. Lorsqu’on est étranger dans un pays, on s’évertue à respecter ses lois. C’est ma philosophie.

M. Claude Guéant souhaite réduire l’immigration dite légale. Il ne vise pas les diplômé Européens, Américains ou Indiens, mais plutôt cette main-d’oeuvre peu qualifiée d’origine Africaine ou Asiatique.

La réduction des entrées sur le territoire s’accompagne de tout un discours sous-jacent sur le modèle d’intégration si longtemps prôné par la France.  Epineux problème. Comment concilier culture et valeurs d’origine avec celles d’un pays d’adoption ? Qu’on ne se leurre pas, l’immigration est essentiellement d’ordre économique. Le tropisme de l’argent, d’une vie meilleure ne s’accompagne pas nécessairement d’une adhésion  enthousiaste aux Droits de l’Homme dont certains ignorent même l’existence, ni même aux principes républicains parmi lesquels la laïcité est brandie en étendard. Mais cette politique migratoire est à géométrie variable. L’immigration se veut désormais choisie : on favorise les diplômés dont a besoin les secteurs les plus innovants de l »économie, on décourage les plus pauvres qui ne sont propres qu’aux plus bases taches matérielles. Elle se heurte à la loi du nombre. Un diplômé Indien préfère les Etats-Unis à la France : il y sera mieux payé et le pays est Anglophone. Un vendeur de rue Tunisien ou Malien préfèrera la France par les liens historiques et la langue : eux sont plus nombreux mais leur présence est désormais indésirable. Du moins provisoirement. Il suffira d’un appel du pied des restaurateurs ou de Bouygues en pénurie de main-d’oeuvre pour inverser la tendance.

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