La béatification de Jean Paul II

Le 1er mai le pape Benoît XVI a donc béatifié son prédécesseur sur la chaire de Saint Pierre : Jean Paul II. Au Vatican, le Latin étant langue officielle on devrait dire et écrire Johannes Paulus II.

Le procès de béatification a été mené tambour battant et plus vite qu’aucun autre pape auparavant si je ne me trompe pas. C’est faire entorse au droit canonique qui codifie méticuleusement chaque geste et action de l’Eglise. Le Saint Siège est très procédurier. Héritage de la Rome antique, qui superstitieuse n’entamait jamais aucune guerre sans consulter les oracles et déclarer la guerre selon un rituel très cérémonieux. La justice romaine elle même fut aussi très avancée. Nous en avons la preuve par le Code Théodosien, compilation juridique réalisée à l’instigation de l’empereur Théodose II.

L’Eglise a suivi cette entreprise juridique au Moyen Age avec les décrets de Gratien, très important pour les historiens du droit et les médiévistes qui s’écharpent régulièrement sur le fait de savoir si Gratien, le religieux qui, au XIIe siècle compila ces textes exista réellement ou pas. Les premiers disent oui, les seconds disent non, preuve à l’appui. Bref (papal ou non), ces décrets furent en vigueur dans l’Eglise catholique jusqu’en 1917 et la rédaction d’un nouveau « codex » de droit canonique, qu’on retrouve dans toute bonne bibliothèque publique.

Pour revenir à la béatification selon les textes, il faut attendre cinq ans après la mort d’une personne ayant vécue saintement pour que la « cause » du futur béatifié soit étudiée par les autorités compétentes, à savoir à Rome, la Congrégation de la Cause des Saints actuellement dirigée par un préfet Salésien, Angelo Amato. Le procès se fait en deux phases : la première est une phase d’enquête, où l’on collecte des preuves (miracles, guérisons) au niveau local, dans le diocèse de la mort du saint, la seconde est une phase d’étude par la Congrégation du cas qu’on lui soumet. La Congrégation juge le cas conforme ou non aux normes pour la cause des Saints et un décret pontifical vient confirmer le jugement de la Congrégation pour promouvoir le culte d’une personne ayant vécu exemplairement sa vie de chrétien et ayant appliqué les vertus qui lui sont liées.

La déclaration de béatification se fait lors d’une messe, sans caractère particulier. L’Eglise, par la canonisation et la béatification vise à promouvoir l’exemplarité de personnes ayant pratiqué leur foi chrétiennement.

***

La foule s’est pressée à Rome pour assister à la béatification du pape qui a probablement le plus marqué le XXe siècle. Etrangement, Jean Paul II fut aussi un de ceux qui remania le plus l’Eglise par la rénovation de nombreuses procédures et la révision de textes. Les normes de la Congrégation de la cause des Saints ont été promulguées sous son pontificat en 1983, mais ces normes n’ont pas été respectée pour son propre cas ! Il déclara bienheureux 1340 personnes soit plus en 27 ans de pontificat que les quatre siècles précédents ! Mais le concernant lui, le procès de béatification a été rondement mené.

Le pape est mort le 2 avril 2005. Joseph Ratzinger est élu pape par le Conclave  le 18 avril 2005. Dès les premiers jours de son pontificat, Benoît XVI exprime le souhait d’engager rapidement un procès en béatification devant la pression des fidèles qui réclamaient une canonisation immédiate lors des funérailles de Jean Paul II. Le 28 juin 2005, le procès de canonisation est ouvert. Le 19 décembre 2009, Benoît XVI, déclare Jean Paul II « vénérable » après avoir entendu les conclusions de la Congrégation pour la cause des Saints. Une guérison miraculeuse d’une religieuse Française vient ouvrir la procédure de béatification. Au début du mois de janvier 2011, Benoît XVI déclare son intention de béatifier son prédécesseur. Ce fut chose faite hier.

***

La canonisation des papes du XXe siècle se fait petit à petit. Pie X est canonisé ( et récupéré par les intégristes). Le cas de Jean XXIII bienheureux depuis le jubilé de 2000 est bien avancé vers sa canonisation. On envisage désormais la béatification de Pie XI, Paul VI et de Jean Paul Ier. …

***

Lorsque vous allez dans les grottes vaticanes, vous trouverez la tombe de Jean Paul dans une sorte de renfoncement, bien éclairée. La tombe est modeste, de pierre blanche. Son nom pontifical y est gravé. La tombe est sans cesse embellie de fleurs. Elle est surveillée par deux vigiles. En face, un petit espace est dédié à la prière. J’y suis allé l’Eté dernier, et les fidèles ne manquent pas.

La modestie de la tombe, est sans commune mesure avec l’action et le charisme de ce pape qui sillonna la planète de long en large, visita un nombre impressionnant de pays, pria devant le mur des Lamentations à Jérusalem ou sur la tombe de Grignon de Montfort. On a beau se gausser d’un raidissement conservateur dans ses dernières années, allant de concert avec un amoindrissement physique lié à l’âge, il n’empêche que peu de personnes peuvent dire qu’ils ont changé à leur manière la face du monde. Son action sans l’enjoliver ni la minimiser fut une des causes de la chute des régimes communistes en Europe de l’Est, surtout en Pologne. Il réunit en 1991 8 millions de personnes à Manille. En 2000, ce furent 2 millions de personnes à Rome. Jean Paul II savait captiver les foules.

***

Lyon garde le souvenir d’une visite de Jean Paul II en 1986. Mon père était conducteur de bus à l’époque et convoyait les fidèles du centre de la ville vers Eurexpo où s’est tenue une messe. La basilique de Fourvière et la cathédale Saint Jean ont marqué dans la pierre cette visite. Le pape s’était aussi recueilli dans l’amphithéâtre des Trois Gaules, lieu du martyre des Chrétiens de Lyon en 177, lieu symbolique pour l’Eglise lyonnaise d’où elle tire son ancienneté et sa prééminence sur les autres évêchés de France. J’étais jeune, j’avais 5 ou 6 ans. Ma maman avait mis la télévision et la radio en simultané. On avait donc le son stéréo et l’image, encore en noir et blanc. Je me souviens que j’étais fasciné par la combinaison du son et de l’image. Je me souviens aussi avoir vu la papamobile garée à Fourvière près de l’archevêché.

***

J’ai vu Jean Paul II « pour de vrai » à Rome en 2000 aux Journées Mondiales de la Jeunesse. Apparition fugace du pape deux fois. L’une sur la Via della Conciliazione reliant le Château Saint Ange à la place Saint Pierre, noire de monde où la papamobile passait entre deux rangées de fidèles jeunes, de toutes les couleurs et de toutes les nations. La seconde fois, deux jours plus tard à Tor Vergata au Sud-Est de Rome, sur un terrain immense où se pressaient 2 millions de fidèles. J’étais tout au fond. A gauche et à droite, une mer humaine s’étendait, impressionnante. Et très loin une estrade surélevée mais tellement petite. J’étais bien à 1 kilomètre de l’autel. Là aussi, virée en papamobile, au milieu de jeunes et de moins jeunes d’ailleurs, du monde entier mais surtout d’Europe et des Amériques. A l’époque, je savais déjà que Jean Paul II avait quelque chose de hors normes : aucune organisation autre que religieuse, ne peut réunir autant de personnes venant de leur plein gré. J’y étais plus en observateur qu’en croyant, la foi telle que je la conçois aujourd’hui, librement consentie et assumée ne m’avait pas encore atteint.

Sa mort m’avait bouleversé. Ce soir là je m’étais rendu devant la cathédrale Saint-Jean, où le bourdon sonna au moins une heure et je me mis à pleurer sur les marches de la fontaine faisant face à l’entrée de l’église. L’émotion me gagna et je sanglotais, Un homme que je ne connaissais me vit, me réconforta d’une main dans le dos et me dit ces mots « ça va aller »… j’ai répondu par un maladroit  » je sais ». Je suis ensuite reparti chez moi, après avoir déversé un torrent alpin comme une forme d’exutoire à ce que j’avais sur le coeur. Outre la mort d’un pape c’était aussi une partie de ressentiments passés qui s’en allait. Tout cela est difficilement explicable avec le recul.

***

Ce qu’il faut retenir de Jean Paul II, béatification ou pas, reliques ou pas, ce n’est pas une dévotion ostentatoire de l’Homme, mais plutôt l’action pour un monde plus juste. Dans ses discours, Jean Paul II dénonçait la pauvreté, la corruption, l’injustice. Un discours universel que l’Eglise catholique veut porter depuis que le concile Vatican II lui a donné une dimension sociale et progressiste plus importante : non pas sur le plan de la morale ( sur les positions de l’Eglise en cette matière j’ai déja écrit dessus, ici et ), mais sur le plan des rapports élémentaires régissant les hommes entre eux. En ce sens, oui la béatification de cette image de Jean Paul II est une bonne chose.

Au passage, gardez bien les vieux magazines et leurs photographies de Jean Paul II. Dans les prochaines semaines il se peut que ces photos soient l’objet de transformations en images pieuses qu’on verra bien en évidence sur les présentoirs des marchands d’objets religieux. On y verra le Bienheureux avec un halo lumineux entourant sa tête. Même l’iconographie des saints est l’objet de codification…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s