La Chine, centre du monde

Trône impérial (Cité Interdite, Pékin ; source Wikipédia)

 

Un ouvrage de l’historien canadien Timothy Brook,  Le chapeau de Vermeer est paru en 2010 chez Payot en français (23 euro). L’ouvrage est passionnant. L’historien prend comme point de départ de sa réflexion 6 tableaux du peintre de Delft Jan Vermeer, et porte son attention sur un objet présent sur la toile. De cet objet, l’auteur nous montre l’ampleur des échanges commerciaux et culturels entre Extrême-Orient et Occident au XVIIe siècle.

Le chapeau en question est celui du tableau de Vermeer L’officier et la jeune fille riant, chapeau en feutre, feutre venant du castor chassé en Amérique du Nord par les Indiens et les trappeurs, vendus aux marchands de peaux européens, travaillés et vendus par des chapeliers à une clientèle fortunée à Delft ou à Paris…

L’ouvrage a le mérite de donner au lecteur une lecture différente de la mondialisation : elle permet de recontextualiser la place actuelle de l’Occident dans les échanges commerciaux à la lumière de ceux qui s’opéraient au Grand Siècle ; et de donner à la Chine une place prépondérante. Ce livre m’a beaucoup intéressé et m’a incité à porter un regard différent sur la Chine, de ne pas s’attacher aux contingences économiques au reste peu reluisantes mais de considérer sur le temps long la place capitale de l’Empire du Milieu dans les échanges commerciaux à l’échelle mondiale

L’Histoire montre que la mondialisation est un phénomène ancien, très ancien. Les échanges commerciaux ont toujours existé entre  peuples voisins par contigüité. Une soierie chinoise aboutissait en Europe par des intermédiaires contigus Indiens puis Arabes et enfin Vénitiens ou Gênois par voie de mer. L’essor de la navigation en Europe a permis de faire sauteur ces intermédiaires et de créer de nouveaux circuits commerciaux avec l’Inde et la Chine sans passer par le Moyen-Orient et la Méditerranée. Quand Christophe Colomb monta son expédition, il chercha un moyen d’atteindre la Chine par voie maritime en faisant voile vers l’Ouest. Il découvrit un nouveau continent. On chercha longtemps un hypothétique passage libre de glaces en Amérique du Nord pour atteindre la Chine… Vasco de Gama atteignait l’Inde et Calicut en 1497 ; les Espagnols les Philippines en 1521, avec Magellan, les Portugais le Japon en 1543.  La VOC Compagnie néerlandaise des Indes Orientales  établit ses comptoirs en Indonésie au début du XVIIe siècle., puis ce fut Formose et le Japon. etc. Ces routes affaiblirent la position médiane de l’Empire ottoman, mais aussi de Venise, porte de l’Orient en Europe.

Le mois dernier, on apprit par les journaux que la République populaire de Chine était devenue la 2e puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis. Le retour à la première place de l’Empire du Milieu n’est qu’une question d’années. Retour, oui car il s’agit bien d’un retour.

La Chine a été depuis pendant près de 2500 ans le centre du monde, le pays le plus avancé du monde. On y inventa le papier, la boussole, la poudre à canon… Son déclin date seulement du XIXe siècle. Dans quelques années, la Chine retrouvera sa position dominante grâce au système capitaliste. Pas une vision européo-centriste étriquée nous avons toujours tendance à voir la Chine comme une puissance émergente, car nous pensons toujours comme les Européens que nous sommes, isolés sur une péninsule au bout d’un immense continent eurasien. Notre conception de l’histoire purement européenne est centrée sur notre continent, à tel point qu’on en oublie que l’Europe morcelée en divers royaumes et Etats n’est qu’un morceau et un pan de l’Histoire globale, et de l’Histoire humaine.

Jusqu’au XIXe siècle, l’essentiel des circuits commerciaux mondiaux aboutissaient et partaient de Chine. La Chine exportait sa porcelaine, sa soie, qui apparut dans l’Empire romain au temps de Crassus), et diverses babioles. Vers elle convergeait épices, métaux précieux, denrées alimentaires de toute sorte, idées et savants. La Chine n’a jamais eu besoin de sortir de ses frontières puisque tout allait à elle, à l’inverse de l’Europe attirée par la Chine et les richesses prodigieuses qu’en donnaient les quelques voyageurs européens revenus du l’Empire du Milieu. Marco Polo, Odoric de Pordenone,  n’ont fait que rappeler à l’Occident comme à la Chine leur existence mutuelle lointaine.  A la fin de l’Antiquité l’Empire du Milieu  connaissait l’Empire romain  comme « Da Qin » l’autre Chine. Des ambassades romaines atteignirent l’empereur chinois, mais on ne sait pas avec certitude si il s’agissait de marchands romains ou  de  . Les échanges s’interrompirent avec l’expansion arabo-musulmane au Proche-Orient et le déclin de l’Empire byzantin. Au Moyen Age Les religieux franciscains puis au XVIe siècle les Jésuites et enfin les compagnies commerciales portugaises et hollandaises ont intensifié les échanges religieux, philosophiques et commerciaux entre Europe et Chine qui n’ont plus cessé. Mais le profit que pouvait tirer l’Occident de la Chine n’a pas été aussi fructueux que la conquête des Amériques ou la colonisation africaine. Mieux, la Chine profitait indirectement de la Conquête Espagnole de l’Amérique du Sud : les 3/4 de l’Or et de l’Argent tirées des mines des Amériques arrivaient en Chine par les circuits commerciaux par Manille, et les galions Espagnols venant de Lima ou de Panama, où par ceux venant d’Europe en contournant l’Afrique !

La Chine a résisté aux impérialismes européens puis Japonais jusqu’aux années 20-30. La guerre qui commence en Chine dès 1937 contre le Japon puis le retour d’un pouvoir fort et centralisateur avec le régime communiste de Mao ont redonné à la Chine un semblant un pouvoir fort, mis à mal par 50 ans de troubles, puis à partir de 1979 Den Xiaoping sonna le réveil économique de la Chine en l’ouvrant au monde d’abord par des zones franches puis en généralisant l’expérience à l’ensemble de la Chine orientale. Le socialisme de marché a fonctionné à merveille.

La Chine retrouve une position hégémonique sur la planète. Beaucoup s’en inquiètent, mais il ne s’agit que d’un retour à une place dont elle fut déchue  à la fin du XIXe siècle.  Depuis 30 ans, la Chine se modernise, et attire les investisseurs comme jadis elle fascinait les marchands d’Amsterdam, de Lisbonne ou de Venise. Le temps long de l’histoire retrouve son cours après le tumulte occidental des XIXe et XXe siècles.  Aujourd’hui, nos entreprises investissent en Chine et y délocalisent à moindre prix pour des questions de rentabilité et de nouveaux marchés. Mais parallèlement, la Chine étend son influence dans le monde pour satisfaire ses besoins énormes. La Chine c’est 20 % de l’humanité tout de même !  Elle achète des millions d’hectares de terre en Afrique pour y faire pousser du blé, lorgne sérieusement sur la Sibérie Russe, déserte et sous-exploitée pour ses richesses en hydrocarbures et métaux précieux…

 

 

 

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