Retour sur The King of Limbs de Radiohead

Le privilège de Radiohead, c’est leur liberté. Liberté totale vis à vis du système de production et de diffusion d’oeuvres musicales qui paradoxalement a fait d’eux ce qu’ils sont . Liberté aussi dans la création. Et tant pis si ça ne plait pas aux journalistes.

Radiohead dynamite, court circuite et expérimente. Dynamitage dans la promotion de l’album puisqu’annoncé 5 jours avant sa sortie, prenant de cours les critiques musicaux et les journalistes branchouilles. Les Inrockuptibles ont peu apprécié la méthode. Court circuitage des réseaux traditionnels de vente et de diffusion puisque l’album n’a pour l’instant aucun support physique. On ne le trouvera pas avant un certain temps à la Fnac ou ailleurs. Les médiateurs commerciaux sont évités,  ce mode de diffusion est donc novateur et déroutant pour l’industrie culturelle, le « produit » est délivré du producteur au consommateur. Elle gêne… Elle remet en cause la légitimité d’une presse musicale bougonne, d’une industrie du disque aux abois devant le téléchargement illégal et la baisse des ventes ; et des disquaires qui espèrent toujours arrondir leur chiffre d’affaire en plaçant un album en tête de gondole.

Sur The king of the Limbs, Radiohead surprend, « pas révolutionnaire » certes, mais rafraîchissant et créatif. Le groupe devient inclassable. Ce n’est plus un groupe « pop-rock », pas plus qu’un groupe d’électro ou de « trip hop ». Non, Radiohead gêne puisqu’il échappe à toute tentative classificatrice et donc forcément réductrice. Le groupe n’impose rien et ne s’impose pas, si ce n’est par la grande exigence qu’il suppose de la part de ses auditeurs. Il ne passera pas sur une radio commerciale de la bande FM. Il n’y aura pas de publicité pour vendre l’album et faire du chiffre, et il n’y aura probablement que peu d’interviews pour vendre l’album… Les Inrocks vont encore être frustrés, quoique l’hebdomadaire soit lu Outre-Manche.

J’ose livrer ici quelques impressions générales sur l’album, qui à la première écoute me parait réussi, très réussi.

L’album précédent était punchy et mélodique. The king of limbs me fait penser à la Reine des Glaces. Belle et froide. Oui car l’album est de loin le plus électronique. Les bidouillages beat n’ click de Johnny Greenwood sont omniprésents.

Bon The king of limbs n’est pas très dansant mais qu’importe. Comme Thom  dans ce clip, je me suis surpris à faire quelques pas dans la nuit lyonnaise, froide et calme de samedi…

 

La musique offerte à nos oreille démontre aussi un bel équilibre entre chaque membre du groupe où aucun n’est oublié. Bien souvent, la voix de Thom Yorke n’est qu’un des « éléments » des morceaux qui défilent, elle est mise en valeur uniquement lorsqu’il le faut, mais elle ne supplante pas la musique…Cela dit, pas de mélodie à l’anglaise. On est loin des débuts poussifs du groupe qui ne se démarquait pas forcément de ses homologues pop rock anglais. Lotus flower semble être la chanson qui se prête le mieux à une diffusion audiovisuelle.

 

Cet album est un des plus maitrisés. Il se dégage une grande cohérence entre les 8 morceaux de l’album, plus minimaliste et plus expérimental sur le coté « électro » que ses prédécesseurs. Ici, libéré de toute contrainte économique, le groupe se livre sans complexe aux territoires sonores et musicaux qu’il souhaite explorer sans formatage et sans pression.

Je suis surpris que Radiohead puisse à chaque sortie d’album me procurer des sensations différentes. L’album a remis en route le bouillonnement intérieur de mon cerveau, celui qui me propulse ailleurs. Je deviens ubique. Je suis ici et ailleurs…

Rien que pour cette sensation, que j’éprouve rarement en ce moment, Radiohead mérite de conserver sa place dans mon panthéon musical.

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Une réflexion sur “Retour sur The King of Limbs de Radiohead

  1. 10 mois après sa sortie, force est de constater que cette 8ème oeuvre du groupe a plus déçu qu’enthousiasmé. Même les admirateurs les plus fanatiques sont majoritairement d’accord pour déplorer un album trop froid, trop torturé, trop dur mélodiquement, avec trop de beats et autres bidouillages electro et une voix trop étranglée et trop plaintive.
    Ces 8 titres semblent ressortis de vieux cartons 10 ans après « Kid A-Amnesiac » comme s’il s’agissait de faces b non utilisées à l’époque. Une impression de « déjà vu » avec Eraser, et une désormais omniprésence de Thom Yorke dans le rendu final comparable à celle de Roger Waters durant la lente agonie du Floyd post « Wisch you were here ».
    En esperant que cet opus ne soit pas le « final cut » de Radiohead, je ne me lasse pas, toute fois, de planer sur le merveilleux « Separator » qui reste, pour moi, la seule vraie magnifique surprise de l’album.

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