Twitter et le traitement de l’actualité (2)

Hier soir, je n’ai pas regardé le Président de la République sur TF1. Je n’ai pas de télévision. En revanche, j’ai suivi en quasi direct les commentaires des téléspectateurs sur Twitter. Et je puis dire que j’ai bien rigolé. D’abord, parce que tout le monde a convenu que l’exercice présidentiel fut pénible, ennuyeux, chiant. Ensuite parce que les propos du président ont sans cesse été critiqués, réfutés, détournés, souvent de façon humoristique.

Inutile de s’exprimer sur les propos convenus de Sarkozy qui ne change guère, même lorsque les Français sont mécontents de sa politique. La seule constance du Président réside dans son autisme profond.  Aucune personne du « panel » de Français sur le plateau ne s’est opposé au président qui a pu développer à loisir ses propos. Et… On a eu droit à des perles sur Alzheimer, le chomage etc…

C’était la première fois que j’assistais à un évènement sur Twitter. Les internautes ont été prolixes : le fil a été pendant près de 2 heures second fil de discussion mondial sur ce site de microblogging.

J’ai déja présenté ce site de Microblogging et parlé rapidement des avantages et inconvénients de l’actualité à chaud sur Twitter.

Ce qui va suivre est un prolongement de ce que j’ai pu écrire dessus au mois d’octobre.

Le site est utilisé par plusieurs types de personnes : des politiciens, des journalistes, et des internautes actifs, souvent des bloggeurs. Twitter flatte le narcissisme et sert d’instrument de publicité personnelle autant que de site d’informations, pas toujours vérifiées d’ailleurs. Il faut donc prendre avec prudence ce qui est donné en pâture sur la Toile.

L’actualité telle que donnée à chaud ne permet aucune catégorisation de l’information mettant sur le même plan le mariage du Prince de Galles et la révolution égyptienne.  Pourtant, il existe bien un degré d’importance entre la révolution égyptienne, ou l’affaire Woerth et les informations people.  Mais cela est un autre débat : celui du traitement de l’information par les médias.

En revanche, je n’ai rien dit sur ceux qui tweettent. Les internautes les plus actifs sont ceux qui ont intérêt à communiquer par le biais de ce média : journalistes, communicants, politiciens, geeks. Sans vouloir les condamner, on a donc une sur-représentation de personnes sachant manier les outils de communication.  En revanche, on trouvera peu d’ouvriers, de cadres. Pourquoi ? Pourquoi Twitter qui est un site plus simple que Facebook par exemple, attire moins d’ados, d’employés modestes etc ? Parce que le site est bâti sur une interface simple et dépourvue de gadgets ludiques. L’ergonomie se base uniquement sur le texte court et les interactions autour de ce texte. Point de fioritures donc peu d’attractivité : images, sons, jeux. On trouve aussi étudiants et universitaires, mais ils sont moins actifs qu’un groupe, innombrable d’internautes, qui par ailleurs tiennent souvent des blogs. Par exemple, Maitre Eolas, David Abiker, Presse Citron…

L’utilisation de Twitter varie donc  selon les usages que l’on en fait : prolongement d »un blog ou totale autonomie vis à vis du reste du web… et reste socio-professionnellement circonscrit aux métiers où communiquer reste essentiel. Je m’interroge sur la véritable portée des informations données sur Twitter : ces données dépassent-elles le cercle des » followers » c’est-à-dire souvent des amis et des collègues ? Quelle est la portée de ce qui est délivré par le message et surtout, quelle est la légitimité de celui qui délivre l’information ?

Il existe cependant un brouillage de l’image que l’on donne sur Twitter et les réseaux sociaux. On a beau donner une information, on émet toujours une opinion reflétant sa personnalité. On partage un avis, mais aussi une part de notre vie privée. Le danger des réseaux sociaux est de donner très vite, pour meubler, ou par narcissisme des éléments de notre vie privée, d’évènements banals etc. Le danger réside donc dans le trop plein d’éléments privés délivrés.

Quoique réputés impartiaux, les journalistes débordent souvent du cadre professionnel et donnent sur Twitter des opinions personnelles, des avis sur tel ou tel évènement qu’ils n’auront pas à l’antenne ou dans leur canard. Le brouillage existe bel et bien.

Je vois un autre défaut à Twitter tout autant que son avantage : l’instantanéité. Combien de fois ai-je vu hier soir que Moubarak allait démissionner, c’était certain, avant qu’il ne s’exprime à la télévision ? Le manque de recul vis à vis de l’information est dangereux. Il n’y aucune réflexion, l’information est délivrée brutalement, en bloc.

En fin de compte cette instantanéité est dans l’air du temps. Il faut toujours gagner du temps…Du temps long et immuable des campagnes, nous sommes passés à l’air de la réactivité et du changement constant. Combien de fois disons-nous « je n’ai pas le temps ? »  Cette nouvelle temporalité n’est pas sans rapport avec la mondialisation et l’essor d’une civilisation de plus en plus technologique.  Mais cette course au temps, irrattrapable, conduit à être absorbé par l’immédiat et la réactivité immédiate au détriment de la réflexion.

Twitter concourt à cette construction d’une société de l’immédiat où tout doit être satisfait maintenant, où le désir est immédiatement assouvi, et tout ce qui va contre notre désir est subi comme une agression et une atteinte à notre liberté en tant qu’individu. En somme, tout effort et toute réflexion seraient abolis par un hédonisme érigé en valeur universelle. Je ne dis pas que profiter de chaque instant est négatif, je dis que tout ce qui est lié à une jouissance sans borne est mauvais parce qu’elle permet de n’élaborer ni projet pour l’avenir, ni d’introspection sur ce qui fait notre monde, et sur les actes de notre vie quotidienne. En somme, cela nous déresponsabilise de nos actes.

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