Charles II de Habsbourg (1661-1700)

 

Charles II en armure

La première fois que j’ai vu un portrait de Charles II des Espagnes, par Juan Carreno de Miranda, j’ai du détourner le visage… Les peintres officiels de la Cour à l’Alcazar de Madrid ont du faire de même. Certains ont embelli les portraits du monarque, d’autres l’ont dépeint tel qu’il fut : non pas totalement contrefait, mais d’une laideur de visage à faire cauchemarder plus d’un enfant. L’un des derniers portraits connus en 1698 est peut-être le plus hideux que tous ceux que j’ai pu voir sur Charles II. Rien ne vient  améliorer les traits du monarque.  Je suis fasciné par ce roi, aux capacités limitées mais que certains historiens dépeignirent comme capable de générosité et incapable de méchanceté. Cette laideur et cette débilité est due à la consanguinité de sa famille. Son père, Philippe IV d’Espagne s’est marié avec Marie-Anne d’Autriche, sa nièce, fille de son frère l’empereur Ferdinand III. Lors des noces, les secondes de Philippe IV, en 1649, elle n’a que 14 ans. Le roi, son oncle, est âgé de 44 ans. De leur union vont naitre 5 enfants dont deux seulement dépasseront les 5 ans : l’infante Marguerite-Thérèse peinte plusieurs fois par Velasquez née en 1651 ; et Charles, né en 1661.

Le jeune roi nait chétif et rachitique, du fait des mariages consanguins excessifs dans sa famille. Il hérite de leurs traits de façon caricature, notamment de ce prognathisme de la mâchoire inférieure qui frappe la plupart des descendants mâles depuis Charles Quint, et qui viendrait de la lignée des ducs de Bourgogne… Prognathisme, qui par le jeu des alliances frappa aussi les Bourbons : Louis XIII notamment. Il fut victime de graves crises d’épilepsie, et d’hallucinations. Il avait des difficultés d’élocution du fait de sa débilité  mais savait parler français et espagnol. En revanche, il s’avéra être un excellent escrimeur, et un homme très pieux. Il fit aménager la chapelle de la Sainte Forme dans l’eglise Saint Laurent de l’Escurial.

Charles II à 24 ans en 1685.

Philippe IV meurt en 1665, et Marie-Anne devient régente, le roi étant trop jeune. Charles II est devenu roi de Castille et d’Aragon,  de Naples de Sardaigne et de Sicile, des Indes (occidentales), souverain des Pays-Bas, duc de  Bourgogne et de Milan. Cependant il n’a jamais véritablement régné par lui même : il a  toujours été sous la coupe de personnages de son entourage :  sa mère, ses favoris ou ses ministres tous grands d’Espagne, son demi-frère Juan José d’Autriche les grands d’Espagne, ses épouses… En ce sens, il ne gouverne pas mais  l’accès à sa personne garantit un pouvoir certain voire le pouvoir.  Des coteries de Grands se trouvent en compétition pour obtenir ou garder le pouvoir. Une fois les faveurs du roi obtenues,  celui qui est en grâce  filtre l »accès à la personne du roi pour garantir que le chétif souverain soit sous son emprise. Ces luttes entre différents groupes est l’inverse de ce qui se produisait à la cour de France, où le roi contrôle les groupes de nobles cherchant ses faveurs par une étiquette réglée nécessitant une compétition entre les factions. En Espagne c’est l’inverse. Le roi ne pouvait choisir qui il voyait et d’ailleurs avait-il conscience des trames où il n’était qu’un pion ? L’étiquette de la Cour inspirée de l’étiquette bourguignonne rendait déjà le roi innacessible, un roi caché source de pouvoir et de bienfaits, au sommet d’une hiérarchie sociale qui consent à cette occultation. Le roi Très-Catholique incarnait ce pouvoir ineffable pour une grande partie des sujets, une monarchie mystique comme l’image du Dieu caché transmis par Thérèse d’Avila et Jean de la Croix.

L’Espagne du Siglo de Oro encore présente sous le règne de son père périclite. Le Roi Soleil rogne les Pays-Bas Espagnols puis fait fortifier ses conquêtes par Vauban,  l’argent ne rentre plus dans les caisses du Royaume et l’influence hispanique régresse en Europe. Une Espagne qui se recroqueville de plus en plus sur elle même, malade, à l’image de son roi.

Charles II ne fut qu’un objet manipulé par plusieurs ambitieux, un roi ensorcelé, hechizado disaient ses sujets. Mais qui savait à l’époque que ses tares héréditaires étaient la cause de sa chétivité et de sa laideur ? Le supplice de Charles II s’arrête le 1er novembre 1700. Auparavant, il avait fait de Philippe duc d’Anjou, fils cadet du Grand Dauphin de France et petit-fils de Louis XIV son successeur. Mais ce choix bouleversait les accords secrets passés entre les grandes puissances européennes qui souhaitaient un Habsbourg d’Autriche. Louis XIV a hésité à accepter ce testament soutenu par les Castillans (contre les Aragonais pro-Habsbourg) puisque  la guerre serait inévitable avec le Saint Empire et ses ennemis traditionnels inquiets de la mainmise des Bourbons sur l’Espagne. Le choix d’installer le jeune Philippe au début de l’année 1701 précipita une longue guerre qui allait bousculer l’équilibre des forces en Espagne.

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