Recontextualiser la révolution de jasmin

J’aime beaucoup cette formule « la révolution de jasmin » pour qualifier le renversement du régime de Ben Ali par la rue. Cette fleur au parfum si délicat signifie « don de Dieu » en Persan. Dieu a -t-il les Tunisiens à se délivrer de leur dirigeant ? J’ai été surpris de l’ampleur du mouvement de contestation. et je craignais que la contestation soit matée dans le sang. Mais les Tunisiens ont tenu bon, contre Ben Ali, contre la corruption, contre la police, et les Tunisiens ont gagné. On dit au Maghreb que les  Marocains sont des bergers, les Algériens des guerriers, les Tunisiens des femmes  dans un sens péjoratif et voluptueux. En ce mois de janvier, les Tunisiens ont fait mentir cette expression : la révolution débute à Sidi Bouzid  en décembre 2010 après l’immolation par le feu d’un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes Mohamed Bouazizi, dont la marchandise avait été confisquée par les autorités. Je me félicite que les Tunisiens aient renversé leur despote mais en s’émancipant de ce nouveau Bey,  mais je suis assez inquiet pour l’avenir :  les islamistes pourraient hélas profiter de l’absence d’un Etat fort. J’espère comme tout le monde que l’Etat tunisien renouvelé sera solide, et démocratique puisque cela semble être l’aspiration de la rue. Wait and see.

Mais cette révolution n’est-elle pas la conséquence d’autres évènements plus terre et à terre ? Par exemple, si la Tunisie a réussi d’un point de vue économique par rapport à ses voisins c’est grâce à la politique éducative menée par ses dirigeants depuis l’indépendance en 1956. Hélas, le nombre de diplômés est semble-t-il plus important que l’offre d’emplois en Tunisie. Résultat : des jeunes Tunisiens diplômés s’exilent vers les pays voisins ou l’Europe. D’autres se retrouvent à faire des emplois sans rapport avec leurs compétences engendrant frustation, et rancoeur. Cela est peut-être aussi du au verrouillage du secteur économique par la famille Trabelsi qui encaissait bakchichs et bénéfices sur tout investissement opéré en Tunisie.

Enfin,  la révolution est due comme en Algérie, comme en Egypte en 2007 par la cherté de la vie, due notamment à l’inflation des produits de première nécessité. On l’ignore peut-être mais ces derniers mois le cours du blé a augmenté de 300 % et d’autres céréales augmentent aussi. Cette augmentation est due à trois facteurs :

  • les mauvaises récoltes cette année font baisser les stocks disponibles. En Australie, les récentes inondations ont mis à mal l’agriculture céréalière.
  • l’occidentalisation des modes de vie en Asie du Sud-Est, et particulièrement en Chine, entraîne un hausse de la demande en produtis carnés (bovins), laitiers et céréaliers. Cette occidentalisation est une des conséquences de la mondialisation  de l’implantation des marques de restauration (Mc Donald’s) et d’industries agroalimentaires comme Nestlé et Danone sur des marchés très demandeurs de tout ce qui vient d’Amérique ou d’Europe.
  • la spéculation boursière sur ces produits de plus en plus demandés favorise l’augmentation des prix : plus une denrée est demandée plus elle devient rare. Le problème reste que les céréales partout dans le monde sont les aliments de base de l’espèce humaine : blé en Europe, riz en Asie, Quinoa, Maïs en Amérique, mil en Afrique.

Ces produits de première nécessité voient leur prix augmenter, mais ces produits sont indispensables à l’alimentation et à la survie des plus pauvres sur la planète. Des émeutes de la faim en Algérie ou en Bolivie se développent, et peuvent déstabiliser des pays entiers. En Algérie, la solution fut fiscale : on a détaxé les produits de première nécessité : blé, sucre, pour faire baisser leur prix.

On voit donc éclore ça et là partout dans le monde ces révoltes, un ras le bol généralisé de vivre dans un monde où les richesses sont inégalement réparties. Pourtant, il existe des réserves, chaque Etre humain peut vivre sans avoir faim. Le manque de volonté politique, et la spéculation de la finance sur ces produits conduisent à cet acte dramatique de désespoir que constitue l’immolation (souvenons nous de Jan Palach en Tchécoslovaquie  en 1969) à la violence insurrectionnelle. Les dirigeants politiques devraient prendre conscience que la rue, un jour, pourrait très bien reprendre le pouvoir comme en Tunisie.

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