Marc-Edouard Nabe est partout

Depuis quelques semaines, il est impossible d’échapper à la télévision et sur la Toile à la promotion de Marc-Edouard Nabe pour son dernier roman L’homme qui arrêta d’écrire, auto-publié en 2009. Ecrire, il ne le fait pas depuis quelques temps afin de promouvoir son bouquin.

 

Il faut dire que le bonhomme a pas mal d’amis et de soutiens dans les médias : Frédéric Taddeï, FOG (Giesbert), ou Ardisson…

 

Récemment, David Abiker a pu obtenir un long entretien avec l’écrivain il y a quelques semaines. Il l’a publié intégralement sur son blog, et j’en recommande la lecture. Ce texte présentera de façon plus pertinente que moi l’intrigue et le contenu de son dernier livre. Un roman qui ne présente pas son leur meilleur jour les milieux branchés de la Capitale que Nabe a fréquentés.

 

J’ai véritablement découvert Marc-Edouard Nabe il y a un an environ, lorsque j’ai été traumatisé par la vision de l’émission de télévision qui le grilla définitivement aux yeux de la scribouillocratie parisienne : Bouillon de culture, sur Antenne 2 présenté par Pivot, en 1985.  Autour de Pivot, une brochette d’écrivains repassés dans l’anonymat médiatique, pas Nabe. Ce soir, il marque au fer rouge l’histoire d’Apostrophes et se fait remarquer du monde des lettres, jusqu’à en être banni alors qu’il venait tout juste d’y entrer. Son livre Au régal des vermines entrait sur la liste des livres mis à l’index par la censure sociale.  Dans son ouvrage, comme dans l’émission, Nabe se livre à un numéro extraordinaire : vomissant sur tout le monde et sur lui même,  une diarrhée verbale incroyable, fiévreuse, prétendant qu’on n’écrit pas sans être dans l’absolu, dans l’outrance, dans l’exagération.  On ressort de la vue de cette vidéo traumatisé, lessivé. Pas un des autres invités sur le plateau ne le contredit de manière efficace. Nabe est dans la flamboyance et l’incorrect. Antisémite, anti tout sauf sur le jazz et les « noirs », ses inventeurs. Ce mélange d’idées dégueulasses et de fougue haineuse, une plume trempée dans l’acide, dans l’absolu… On se dit que Nabe est  soit un génie littéraire total,  soit écrivain maudit, soit bien c’est un sale con, un salaud au sens nazi du terme, ou les trois en même temps ! Nabe ne fit rien pour se faire aimer : son arrogance de jeunot de 27 ans, son accoutrement d’intellectuel des années 30,  ses références littéraires : Bloy, Rebatet et Céline surtout, et pas seulement de Voyage au bout de la nuit , sa propre conception du métier d’écrivain ont été pris avec mépris par des écrivains dont on a presque tous oublié les noms.

 

On trouve cette émission sur le site de l’INA : http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPB85052196/les-mauvais-sentiments.fr.html.

Néanmoins, pour sa défense ces lignes prises hors contexte le firent tomber et disqualifièrent toute sa mince oeuvre… D’ailleurs, après l’émission de Pivot, il se fit casser la gueule par le journaliste Georges-Marc Benamou.  Pourtant, le style de Nabe n’est pas mauvais du tout. Il surnage même au milieu de personnalités ternes à l’écriture banale, des hommes interchangeables….

Grillé médiatiquement, Nabe publia mais fut constamment dénigré, à tort ou à raison. Il retrouve grâce aux yeux de la télévision et des critiques littéraires assez récemment, l’ostracisme de l’écrivain a duré…

Nabe est un touche à tout. Il a dessiné pour Hara kiri et sympathisa avec le professeur Choron et Vuillemin qui office désormais à L’écho des savanes. Il manie aussi le pinceau, et en période de vache maigre, la vente de ses toiles le sauvèrent de la misère. Fils d’un musicien de jazz Marcel Zannini, il joue aussi de la guitare…

Son entreprise d’auto-édition qu’il nomme « anti-édition » puisque l’auteur touche 70% des recettes au lieu des 20 ou 30 % des maisons d’édition traditionnelle a été saluée comme un nouveau moyen de publication favorisé par Internet. L’homme qui arrêta d’écrire est  le premier d’une série de rééditions de ses oeuvres et de romans originaux. La mise en page et la typographie est bien réalisée, le livre en lui même est un bel objet maquetté. Le tout est disponible sur son site, plateforme de vente de ses livres  http://www.marcedouardnabe.com/

Je n’ai lu ou entendu que des extraits de bouquins de Nabe, d’ailleurs on ne le trouve pas ou peu en librairie « traditionnelle », que ce soit à la Fnac ou dans une échoppe indépendante. Je trouve le bonhomme assez sympathique et couillu, bien que, vaniteux, il se mette en scène assez souvent lorsqu’il prend la parole dans les médias.

L’entreprise d’auto-édition est un beau projet, mais ne devient rentable que lorsque l’auteur est connu et fait assez vendre. Je ne crois pas que ce système puisse faire sauter les intermédiaires traditionnels et couler les maisons d’édition.  Cependant il peut devenir un moyen assez efficace pour les auteurs de se rémunérer correctement et de ne pas quémander systématiquement des subsides auprès de son éditeur.

 

Bon tout ça pour dire que je meurs d’envie de lire son dernier bouquin, ou d’autres, oeuvres de Nabe mais que cette année, j’ai pris la résolution de lire du Nabe… Et de toute une cohorte d’écrivains maudits en raison de leur appartenance politique ou idéologique  (qu’est ce que la politique a à foutre dans la littérature) mais qui marqueront vraisemblablement l’histoire de la littérature française…

 

(Nota : article mis à jour le 11/01/2010 à 11 h 10)

Advertisements

4 réflexions sur “Marc-Edouard Nabe est partout

  1. Un seul message : prenez le temps de lire (et relire) Nabe !!!
    Il en faut beaucoup, mais cela vaut la peine.

    Vous dites :
    « on ne le trouve pas en librairie, que ce soit à la Fnac ou dans une échoppe indépendante. »
    Vous omettez de dire qu’on trouve depuis un an plusieurs des titres anciens (dont le journal intime) de Nabe, sur le site http://www.marcedouardnabe.com/ (ce n’était pas le cas il y a un an, mais ça l’est maintenant grâce aux efforts du seul MEN !).
    MEN dit que Au Régal des Vermines sera réédité en 2011.
    En 2012, il publiera un nouveau livre (le #29).

    Vous dites :
    « Ecrire, il ne le fait pas depuis quelque temps afin de promouvoir son bouquin. »
    Vous êtes sûr de ça ????
    L’Homme qui arrêta d’écrire est sorti en janvier 2010. Nabe raconte que cela faisait quatre années (2005-2009) qu’il écrivait le vingt-huitième livre, en secret. 696 pages écrites, et personne de son entourage proche ne le savait !
    Il y a sans doute une grosse différence entre la promotion imposée à un auteur par son éditeur, et la promo « choisie » que fait Nabe actuellement.
    Moi je dis qu’on retrouvera dans le vingt-neuvième livre ou les suivants, beaucoup de l’expérience de l’écriture du vingt-huitième livre et de sa « promotion ». Je parie qu’un peu de #29 est en train de s’écrire dans les entretiens avec David Abiker, Judith Bernard, etc.

    Voilà, à par ces deux mises au point, je plussoie votre conseil de lecture !

    • @ Tilly quand je parle de librairie, je parle de véritable librairie, pas de librairie en ligne.

      Vous avez raison de souligner que ses ouvrages sont disponible sur son site internet, ce que j’ai omis de dire ! D’ailleurs je vais faire une rectification immédiatement.

      Pour le reste, lorsque j’écris « il a arrêté d’écrire, c’était juste une galéjade. Il va donc falloir réviser mon humour…

  2. Facile de savoir sur quoi sera son prochain livre… C’est un chroniqueur du réel… Ca sera sur la crise des banques, les revolutions arabes, l’iran, la montée de la chine, la grèce, les juifs, les musulmans, breivik, lepen, twitter, etc…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s