Stéphane Hessel : « Indignez-vous ! »

J’ai lu hier soir l’ouvrage de Stéphane Hessel, Indignez-vous ! dont les médias (de gauche) se font l’écho depuis 1 mois environ. Et il s’agit d’un succès de librairie. Ce petit libelle d’un trentaine de pages vendu devient un best-seller avec plus de 800 000 exemplaires vendus, à 3 euro l’unité. C’est faire bonne action que de l’acheter, puisque la petit maison d’édition Montpellieraine Indigènes spécialisée dans les cultures extra-européennes peut ainsi financer d’autres publications. J’aurais eu plus de scrupules à donner à une de ces grandes maison d’édition parisienne… Mais passons sur l’éditocratie.

Ce petit opuscule me semble renouer avec la tradition fort française du libelle ou de l’ouvrage court polémique, à ceci près que M. Hessel n’attaque personne de façon distincte mais vise plutôt à dénoncer des attitudes et des orientations politico-économiques. Il s’agit plus d’un testament d’un vieil homme au crépuscule de sa vie et d’un message destiné aux nouvelles générations : indignez vous.

Avant de lire Indignez-vous ! je ne connaissais pas spécialement Stéphane Hessel. J’ai vu son nom ça et là mais je ne me suis jamais documenté sur le bonhomme. Une fois cela fait, on peut dire que M. Hessel est un héros de la Résistance, en tout cas un homme de conviction à la vie étonnamment riche.

M. Hessel évoque comme le socle de son engagement politique le programme élaboré par le Conseil National de la Résistance (CNR) en 1944 et remis en cause par une politique néolibérale (économique) menée par les gouvernements de droite comme de gauche depuis le Traité de Masstricht en 1992. Hessel ne l’évoque pas, mais l’orientation économique de l’Union européenne clairement libérale ne s’accordait que très mal avec le dirigisme économique de l’Etat français. Il a donc fallu rogner sur ce programme issu d’un consensus syndicalo-politique : la sécurité sociale et son mode de gouvenance, un système de retraite équitable, nationalisation des moyens de production monopolisée et liberté de la presse. Bref, Hessel a juste titre remet à sa place le progrès pour les Français qu’a constitué les points du programme du CNR approuvé par le général de Gaulle le 26 août 1944 à l’Hôtel de ville de Paris, à peine libérée. Il met en garde contre la remise en cause de l’intérêt général au profit des intérêts particuliers, et l’inégale répartition des richesses. Il pointe avec ironie que l’Etat dit vouloir faire des économies justifiant des privatisations, des réductions de coûts et de postes dans l’Enseignement, dans l’administration, des déremboursements de médicaments alors que les moyens de production de richesses n’ont jamais été aussi importants !

Face à la casse sociale, M. Hessel prône donc l’indignation comme motif légitime de résistance et exhorte chacun à trouver le sien, tout en condamnant l’indifférence, ou plutôt le fatalisme. Face à cette indifférence, l’indignation peut trouver à son avis deux grands défis :

-l’écart entre les plus pauvres et les plus riches qui ne cesse de s’étendre dans un monde interconnecté

-la défense de la déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948, dont il a participé à la rédaction ; et dont il se félicite qu’elle soit défendue par des ONG actives et efficaces comme Amnesty International…

Hessel aborde aussi le « progrès » de l’Histoire, opposant une vision hégélienne (et dépassée à mon avis) du progrès avec un sens  positif de l’histoire , face à potentiel dévastateur du progrès souligné par la course au « toujours plus » par Walter Benjamin.

L’auteur clos son petit livret par deux points : son engagement pro-palestinien où il condamne la politique israëlienne tout en condamnant, à demi mots le terrorisme du Hamas, et enfin, la non-violence comme moyen d’action efficace face aux injustices et comme moyen d’expression de l’indignation. Dans la non-violence, réside l’espoir ou l’espérance quasi chrétienne de l’ auteur dans une résolution pacifique des conflits.

Je me reconnais dans les propos de Stéphane Hessel concernant la mise à sac du programme du CNR, puisqu’il a été l’objet d’un consensus entre plusieurs réseaux de résistants, et de partis politiques antagonistes (SFIO, PCF, radicaux, droite conservatrice, démocrates chrétiens). Ce consensus est assez rare dans la vie politique française pour ne pas être souligné. Le CNR et son programme permirent aussi à la France de retrouver rapidement une légitimité parmi les Alliés et une administration directe de son territoire au fur et à mesure de la libération du pays.

En revanche, je suis mal à l’aise avec cette sorte de légitimation-condamnation du terrorisme palestinien que l’auteur met sur le compte de l’exaspération, mais il n’y a aucun mot sur le fait que le Hamas est un organisme islamique terroriste intolérante. Si la politique israëlienne de colonisation est inacceptable, l’attitude des mouvements terroristes islamistes avec tirs de roquettes l’est tout autant. La solution ne peut être que politique, pas dans une violence exacerbée… Dès lors, pourquoi justifier les actes du Hamas alors qu’un peu plus loin, l’auteur promeut la non-violence ?

La lecture de l’histoire de M. Hessel part d’une vision dépassée et enfantine de l’histoire : l’histoire ne serait qu’une suite de cause et d’effet, en suivant un « sens » qui se voudrait optimiste avec des bons et des méchants. Le fascisme viendrait de la peur des classes possédantes de tout perdre avec le bolchévisme. Le raccourci est énorme et partisan. Rappelons que la Résistance ne s’est pas composée que d’ouvriers et de paysans, mais de gens de toutes conditions mues par une indignation partagée avec M. Hessel. Celui là dénonce la politique de  George W. Bush pendant les années 2000, mais leur conception dualiste du bien et du mal se rapproche singulièrement.

Les lignes concernant le respect de la déclaration universelle des droits de l’homme me semblent assez naïves ; car cette déclaration, humaniste sur le principe s’accorde mal avec sa prétention universelle puisque rédigée par les vainqueurs, occidentaux, elle ne semble pas se rendre compte que la diversité des cultures ne garantit pas des droits égaux pour tous les hommes. –

Certains observateurs sont exaspérés par la vague d’indignisme déferlant sur les médias  de gauche. A juste titre, certains ont souligné que ce petit ouvrage devenait une sorte de programme politique pour une gauche épuisée et en mal d’inspiration. L’ouvrage de M. Hessel ne s’adresse pas à la gauche, mais aux citoyens lambda, soucieux de défendre une vision sociale et démocratique de leur pays dont ils ont profité pleinement depuis 75 ans. Les gens n’ont que faire de la cuisine interne et parfois nauséabonde des Partis. Alors que certains cherchent à boucler leurs fins de mois, on parle au PS d’égalité « réelle ». Certains cherchent de quoi manger dans les poubelles chaque jour, d’autres s’étripent pour savoir qui sera candidat en 2012. Il y a quelque chose d’ubuesque et de terriblement décalé.

Malgré tout, cet opuscule, optimiste et incitatif  fait du bien, mérite d’être lu comme une forme d’incitation à la parole, au refus d’une société de consommation produisant des décérébrés à la chaine et le refus d’une compétition économique qui révèle les instincts les plus bas de l’homme. En ce sens, l’indignation que prône l’auteur est saine. Je suis heureux de voir que mon indignation vis-à-vis de cette société mercantiliste est partagée par d’autres. 🙂

 

Publicités

Une réflexion sur “Stéphane Hessel : « Indignez-vous ! »

  1. Je comprends ce que vous dites, mais je ne peux m’empêcher de sentir ce vieux briscard que j’ai entendu causer à la télé comme un sacré opportuniste dont je me méfie pour les mêmes raisons d’ailleurs que celles vous évoquez. Mais je n’ai pas lu l’objet du délit.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s