Une messe

Ce matin, je me suis rendu, seul, à la messe dans ma paroisse : Notre-Dame du Point-du-Jour dans le 5e arrondissement. Dans cette église construite dans les années 70, j’y ai effectué ma communion et ma profession de foi. Une messe funèbre a aussi été faite pour mon grand-père puis ma grand-mère lorsqu’ils sont décédés. C’est dire si l’église est gorgée de souvenirs, pas tous heureux…

L’an dernier,  nous avions eu droit au sermon très moralisateur mais excellent du Père Petitclerc, le curé « rouge » du diocèse qui pérorait contre la pauvreté, l’exclusion et l’avarice de ce monde. Je le trouvais très bon et surtout j’agréais ses propos à 100%. Peut-être a-t-il choqué dans un quartier traditionnellement ancré à droite, conservateur et croyant.

Il l’est moins à la radio. Je l’ai écouté sur France Culture en début de semaine discuter de l’état actuel du catholicisme dans les banlieues avec un de mes anciens professeur d’histoire contemporaine, Denis Pelletier, qui officie désormais à Paris à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, mais qui fut avant cela professeur d’histoire spécialisé dans le catholicisme au XXe siècle à l’université Lyon 2. La discussion fut passionnante.

Cette année, nous avons un nouveau curé dans notre groupe paroissial qui choquera moins la petite bourgeoise que le Père Petitclerc. Le Père Berger est arrivé. En bon pasteur il réunissait un peu plus de monde à vue d’oeil que son prédécesseur ! Cela dit, sa messe est un peu plus foutraque. Le Père Petitclerc préparait avec soin ses homélies, et le déroulement de la liturgie. Là nous avons eu droit à quelque chose de plus improvisé.

Dans l’assistance, j’ai pu voir de vieilles connaissances : Lorène, la chanteuse dont j’ai déjà parlé, et qui va participer à une nouvelle version de la comédie musicale Hair à Paris, en VF s’il vous plait ! L’ancienne maire du 5e, Bernadette Isaac-Sibille, revenant de je ne sais où a obtenu le privilège de communier sous les deux espèces ! D’anciennes catéchistes de l’établissement catho d’à coté, de Notre-Dame des Minimes établissement salésien sous contrat avec l’Etat, ont mis la main à la patte : chant, distribution d’hosties…. Là mauvais souvenirs, j’étais aux Minimes et j’ai du subir la férule de ces dames fortes en coffre, qui ne doutent jamais de rien avec leur foulard hermès et qui vous parlent comme si il s’agissait de leurs copines de thé de pauvres déguenillés en Galilée il y a 2000 ans. Paradoxe.  Ces « dames » savaient se rendre détestables pour vous dégoûter de la religion. Et puis un ado se construit en réaction à certaines personnes. Pour ma part, ce fut ce genre de personnes, que je devais néanmoins supporter pour préparer ces sacrements essentiels qui font de vous un bon catholique mais pas nécessairement un bon croyant…

Et puis le curé, je le connais bien : il était pion aux Minimes ! Je l’aimais bien, ado, il était sympathique, c’était d’ailleurs un des seuls salésiens que je pouvais sentir. Toujours disponible, et souriant. Je le retrouve quinze ans après, avec autant de kilos en plus et curé. J’ignore par quels chemins il est passé.

Son homélie n’avait pas de quoi casser trois pattes à un canard : un discours consensuel sur l’esprit de Noël, sans plus. De longs silences interrompaient les temps de la messe. Des problèmes de micro. L’organiste assez âgée avait quelques ratés et donc jouait des fausses notes. Soulignons l’aspect catastrophique de la messe :  les solistes, celles qui menaient le chant. Des sexagénaires allant trop haut dans les aigus puis se perdant dans les graves avec la voix éraillée, les micros au volume trop élevé… Lorène a du bien rigoler intérieurement, elle est restée impassible dans son imperméable soulignant impeccablement bien ses formes avenantes… On a beau dire, mais une belle liturgie avec de beaux chants, ça rend l’office beaucoup plus agréable. Mais point trop n’en faut.

J’ai été touché par ces touches imparfaites dans une mécanique rodée, comme si tout allait de soi dans une décontraction totale et une simplicité . Ici, pas de polémique, une célébration, un message d’espoir, de joie… Il y avait aussi ce sentiment de fragilité, comme cet enfant dans la crèche qu’on appelle Jésus, comme une flamme vacillante dans les ténèbres. Une des lectures traditionnelles des célébrations de la Nativité est lecommencement de l’évangile selon Jean. Je termine donc ces lignes par les premiers versets de l’Apôtre, versets chers au coeur des Protestants .

« Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu,et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
Par lui, tout s’est fait,et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.»

Advertisements

3 réflexions sur “Une messe

  1. Je n’ai pas pu aller à la messe de Noël. Alors hier soir, en passant devant l’église de Saint-Louis, je suis entré faire une prière, le Notre Père, toujours. J’étais seul, dans la pénombre. Au fond du chœur, l’organiste répétait les champs pour le soir. Près de la porte d’entrée, un clochard, assis au dernier rang, priait aussi. Est-ce le même qui, il y a deux ans, avait assisté à la veillée pascale à côté de moi? Je le crois. Ces quelques minutes m’ont apaisé.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s