Les « guerres de religion » d’Arnaud Montebourg

Le Serment du jeu de paume de David : au premier plan, un dominicain, un curée de campagne et un pasteur protestant : symbole de concorde

Hier, dimanche, sur France Info Arnaud Montebourg a prononcé ces paroles prophétiques :

« Je m’inquiète, a-t-il dit, de la façon dont la France est en train de se laisser aller dans une sorte de guerre civile, des guerres identitaires pendant longtemps à bas bruit, du fait de ceux qui l’exploitent électoralement ».

et d’ajouter que les exploiteurs sont le Front National et les dirigeants politiques au pouvoir. Montebourg semble s’oublier lui même car il exploite electoralement une peur de l’affrontement. J’appelle cela de la démagogie. Montebourg utilise les mêmes arguments teintés de catastrophisme et de messianisme que Jean-Marie Le Pen : « Sans moi, le déluge ».

Sur le ton docte de l’historien, l’avocat poursuit :

« Nous sommes le pays de la Saint Barthélemy : on s’est étripé pendant des siècles pour des histoires religieuses entre catholiques et protestants et nous sommes en train de redécouvrir les guerres de religion sur notre territoire ».

Apparemment, chez ce cher Arnaud l’ambition anesthésie la pensée et il ne fait pas honneur aux têtes pensantes du PS. Il a bien appris l’Histoire, mais une « histoire républicaine », à la Michelet et à la Dumas, donc une histoire romancée extirpée de toute référence religieuse, celle de son manuel d’école primaire, celui qu’il lisait dans son école communale de Bresse bourguignonne. Comme si depuis la Réforme les Protestants et les Catholiques s’affrontaient le couteau entre les dents à chaque coin de rue. Tiens, pas plus tard qu’hier, j’ai vu un tas de cadavres huguenots du coté du Gourguillon, et les abords du Grand Temple sentaient étrangement une pestilence toute papiste.

Quand on est idiot, ou ignorant, on est en droit de fermer sa gueule, et surtout en Histoire.

Si le protestantisme arriva en France dès la fin des années 1520 qui vit la propagation des thèses luthériennes avant que Calvin ne vienne contribuer à la Réforme en France. Les Catholiques et les Protestants ne s’étripèrent vraiment qu’un demi siècle environ, et encore, et sporadiquement. Si le massacre de la Saint Barthélémy constitue un point d’orgue, il ne faudrait pas oublier le massacre par les protestants des catholiques de Nîmes en 1567 nommé la Michelade ? Les guerres de religion ont surtout servi les intérêts politiques de groupe de nobles par rapport à d’autres groupes pour influencer le pouvoir central c’est-à-dire le pouvoir royal, voire à le remplacer par un personnage plus conciliant à l’égard de la Ligue ou des princes calvinistes. L’édit de Nantes en 1598, dernier avatar des édits de pacification permit aux catholiques et aux protestants de vivre en paix pendant presque un siècle si on excepte l’épisode des guerres de Monsieur de Rohan, ultime tentative des nobles protestants pour obtenir plus de pouvoir de la part de Louis XIII. La confrontation se vit ensuite orale et scripturaire glissant du politique au théologique grâce à la controverse entre des Bossuet, des Simon, des du Perron et des Jurieu, des Arnauld, des Claude…

Si M. Montebourg souhaite se documenter sur les guerres, et sur la paix édictée par l’édit de Nantes, je lui recommande les ouvrages de Denis Crouzet, Jacques Solé, Pierre-Jean Souriac, Thierry Wannegfellen, Robert Sauzet, Robert Mentzger, Jean Delumeau… Nous avons d’excellents historiens qui se sont penchés sur les guerres de religion, et pas seulement sous l’angle de l’histoire politique. La dualité confessionnelle en France au XVIe siècle, n’a jamais empêché la bonne entente entre Catholiques et Protestants.

Elle a bon dos l’Histoire de France !  Elle est récupérée ici par Sarkozy qui souhaite remettre au goût du jour « l’histoire à papa » avec son musée de l’Histoire de France, qui prendrait place dans l’Hôtel de Soubise, rue des Francs-Bourgeois dans le Marais à Paris. L’Hôtel en question est occupé aujourd’hui par les Archives Nationales…  De leur côté, la Gauche donne une interprétation toute gauchisante de l’Histoire de France faite d’étripements et d’affrontements que la République aurait été à même d’apaiser et qu’il convient de défendre face aux méchants groupes intégristes.

Les politiciens sont des crétins en matière d’histoire. Les lois mémorielles ont asséché l’histoire en cédant aux lobbyistes mémoriels, ce que soit sur la Shoah ou sur l’esclavagisme, pour se protéger du négationnisme et du révisionnisme. C’est une vision très méfiante du métier d’historien. En règle générale, les arguments négationnistes ou révisionnistes lancés par des historiens en marge de la communauté tombent d’eux-mêmes devant les faits. Alors pourquoi édicter ce genre de lois si ce n’est pour manipuler l’histoire ou imposer une certaine vision de l’histoire ?

En faisant « monter la sauce » et en évoquant  en Cassandre ces « guerres de religion » à venir, Montebourg fait une bonne opération politique en démontrant une fois n’est pas coutume que la religion est une vilaine chose qui mène inévitablement au conflit. Tout le monde sait que les intégristes, islamistes ou cathos traditionnels constituent une petite minorité dans leur confession et que leur poids est surestimé par une médiatisation outrancière. Inversement, peut-être veut-il faire croire à une tension excessive entre religions pour se montrer lui même en modérateur, en « garant de la paix » ?

Montebourg a une vision fantasmée et laïcarde de l’Histoire et des rapports sociaux actuels en France, une vision dualiste, réductrice et simpliste entre « bons » et « méchants ».  Il surestime la place des religions tout en caricaturant leurs rapports et en réduisant leurs fidèles à de dangereux fanatiques. Et puis, j’aimerais savoir ce que dit Montebourg par une « redécouverte des guerres de religion » : est-ce une redécouverte personnelle ou généralise-t-il cela à l’ensemble des Français ? Mon patron ne semble pas s’inquiéter d’une guerre de religion. Mon père n’a pas d’armes chez lui, et la religion, il la pense bien là où elle est c’est à dire dans des lieux de culte. D’ailleurs, mon père est un contre-exemple de ces possibles tensions inter-religieuses : baptisé catholique, il a été élevé par une grand-mère huguenote ! Bigre, dans quel camp le placer ?

Les politiciens jouent avec le feu en misant sur la confrontation entre communautés religieuses.  Cela était le cas hier, ce le sera demain. Montebourg doit ignorer que nous sommes en France dans un pays « déchristianisé » ou plutôt dans une société où la religion n’a plus de lien avec le politique et s’en accommode pleinement, en tout cas pour la religion catholique. Au contraire, les églises chrétiennes s’accommodent pleinement de la laïcité telle qu’édictée par la loi de 1905. Ce fils de boucher devenu homme de loi devrait réserver ses arguments nauséeux pour les salons parisiens, où il ferait sensation en épatant la bourgeoise parisienne socialiste.

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Une réflexion sur “Les « guerres de religion » d’Arnaud Montebourg

  1. Vous l’avez dit fort bien, c’est un avocat. Comme Mitterrand. Comme Sarkozy. Comme beaucoup d’hommes politiques. La culture de la basoche est certes bidonnée (et Montebourg, faussement ingénu, est effectivement exécrable avec ses concepts à l’emporte-pièce) mais elle a quand même produit un certain nombre d’élections désastreuses (celles des deux sus-nommés).
    Sans doute est-il en train de se « positionner » pour l’avenir, comme ils disent …

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