L’hôtel-Dieu, vendu

 

Il y a deux semaines environ, le maire de Lyon qui est aussi directeur des Hospices Civils devait choisir le groupement privé qui allait « rénover » l’immense bâtiment de l’Hôtel-Dieu en Presqu’île. Deux projets étaient en compétition : l’un mené par Nexity, l’autre par Eiffage. Le premier proposait un hôtel de luxe de la compagnie Hyatt et des commerces, sans relation avec le passé médical du site, le second intégrait une petite surface (4000m2) dédiée à une sorte de centre de congrès médical, le musée des Hospices civils serait conservé mais un hôtel de la marque Intercontinental verra le jour. Il y aura aussi des commerces de « luxe » et des bureaux(encore). Eiffage l’a emporté et investira 150 millions d’euro en échange d’un bail de 94 ans. Pas un sou ne sera déboursé par la municipalité, mais de toute façon avait-elle les moyens d’y investir ?

Il y a déjà beaucoup de commerces de luxe dans la Presqu’île. La rue Edouard Herriot semble satisfaire la modeuse lyonnaise. l’îlot Grolée La rue Carnot devait fournir une autre artère de luxe, mais depuis deux ans on n’a pas vu Dior ou Hermès s’y installer… L’Hôtel Dieu transformé en centre commercial y arrivera-t-il ? C’est peut-être beaucoup plus chic de s’installer dans un cloître !

Septembre 2008 : des couloirs déserts

Peu de gens se sont émus du sort de l’Hôtel-Dieu ces dernières années. Il a fallu la menace d’un projet « tout commercial » pour qu’on des voix s’élèvent, parmi les plus notables, s’émouvoir du sort de la bâtisse dont Mgr Barbarin, qui vend le patrimoine de son diocèse pour que l’Eglise lyonnaise reste à flots. On n’avait pas entendu beaucoup de gens pester contre le dépérissement de l’Hôtel Dieu depuis plusieurs années. Leur attitude est assez hypocrite. On peut aussi déplorer  la gestion calamiteuse des Hospices Civils, qui connait de graves problèmes financiers et vend ses bijoux de famille. L’administration n’a pas su gérer le prestige architectural et historique qu’incarne le bâtiment.

L’édifice est certes coûteux en entretien, mais il a un poids symbolique pour notre ville que peu relèvent. L’hôpital est né en 549 de la volonté du roi des Francs Childebert, fils de Clovis. Le site actuel date des XVIIe et XVIIIe siècles. Auparavant, les locaux étaient plus exigus et moins imposants. La chapelle date du XVIIe siècle, le corps de bâtiment le long du Rhône doit ses plans à Soufflot. Il fut construit de 1741 à 1761. Rabelais y a exercé, de nombreuses découvertes médicales y ont été effectuées. Pourtant, les Lyonnais ne semblent pas vraiment concernés par le sort de l’hôpital. Peut-être ne savent-ils plus la dette que leurs aïeux lui doivent.

Au XVIIIe siècle, il fallait imaginer l’effet que pouvait susciter le bâtiment pour le voyageur venant d’Italie. Après avoir passé le faubourg crasseux de la Guillotière il pouvait voir avant de franchir le pont cet immense vaisseau de pierre surgir écraser les eaux du Rhône de sa masse. En 1777, l’empereur d’Autriche Joseph II de Habsbourg-Lorraine, de passage à Lyon aurait dit à la vue de l’Hôtel-Dieu de façon ironique « Il est impossible d’élever un plus beau palais à la fièvre ».

Ce palais justement, a été vendu. Son acquéreur le transformera en un lieu de commerce, au service d’intérêts particuliers et non plus publics. Il est dommage que le centre-ville, et la Presqu’île plus spécifiquement  n’aient plus de centre hospitalier public. L’hôpital le plus proche est Saint Joseph Saint Luc sur les quais, qui est privé. Le malade pourra toujours se rendre à l’hôpital de la Croix-Rousse au Nord ou plus éloigné, le centre Edouard Herriot au bout du cours Albert Thomas à Grange Blanche.

Les Hospices Civils ont vendu le bâtiment et une partie de la mémoire locale lyonnaise, celle qui faisait en des temps lointains sa gloire. Désormais, les couloirs permettront à des clientes d’aller d’une boutique à l’autre. Triste affectation pour ce palais. Lyon change, en bien ou en mal, je ne sais. Ce qui me chagrine surtout cça a surtout été l’absence de mobilisation des lyonnais pour la destinée de ce fleuron du  patrimoine architectural local qui sera réduit à un produit de « consommation culturelle » où l’on emmene bobonne le samedi après-midi, entre un Starbucks et un essai de pull chez Zara.

 

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2 réflexions sur “L’hôtel-Dieu, vendu

  1. Oui, cette non réaction, c’est plus que triste. C’est tragique, dirait Steiner, dirait n’importe quel homme un peu cultivé, ou dirait tout simplement ma grand mère.
    Cela révèle à quel point la politique d’acculturation menée dans le pays depuis trente ans a porté ses fruits. A quel point nos contemporains sont devenus idiots. A quel point le pouvoir politique, de quelque bord qu’il soit, est cynique.
    Quand je pense que Collomb est agrégé…
    Merci pour ce billet.
    Très content de t’avoir rencontré hier.
    A bientôt.

  2. Pingback: Patrimoines et municipales | Respublica litteraria

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