Facebook, l’enseignant et la diffamation

Dans le cadre de mon activité professionnelle, je côtoie régulièrement des enseignants universitaires qui ne sont pas des has been quoiqu’en pensent certains. En effet, depuis quelques années, on assiste à une accélération de l’utilisation des outils numériques sur Internet, qui a comme tout outil ses avantages comme ses inconvénients. En ce début d’année universitaire, nous avons lancé une petite enquête sur l’utilisation des ressources numériques. Professionnellement, les enseignants utilisent à 60 % des outils d’échange de documents, et pour 2/3 d’entre eux une messagerie électronique,  et des logiciels de type Microsoft office. L’usage du Powerpoint s’est propagé à la vitesse du Concorde.Sur 103 réponse, il s’est avéré que  dans un usage quotidien. plus de 98% des enseignants utilisent leur boîte mail, 88% utilisent les moteurs de recherche comme Google, mais seulement 10% utilisent les réseaux sociaux.

Pourquoi un niveau aussi bas d’utilisation pour les réseaux sociaux ? Il existe bien des réseaux professionnels comme Viadeo, et même universitaires comme Academia, mais de tous les réseaux sociaux existants, celui qui écrase le reste avec près de 500 millions d’utilisateurs c’est Facebook.

Au mois de mai, j’avais écrit un billet sur la fronde sur Facebook qui s’organisait sur la toile face aux intentions intrusives  et pécuniaires de la firme dans les données personnelles. J’avais aussi exposé pourquoi Facebook constituait une aubaine pour les renseignements généraux puisque les utilisateurs du site mettaient des informations personnelles de façon intentionnelle jusqu’aux détails intimes. Toutes les données mises sur Facebook peuvent se retourner contre nous. J’estime toujours que Facebook est dangereux pour ceux qui s’y investissent trop et y mettent des détails de leur vie privée. Quant à l’utilité du réseau, j’en doute sérieusement. Evidemment cela permet de retrouver ses amis et de communiquer avec des gens qui nous sont chers, mais je constate aussi qu’il existe une forme de voyeurisme dérangeante. Je ne reviens pas sur les dangers de Facebook, la porosité  de la frontière entre vie publique et vie privée (qui correspond hasard voulu ou non  an aux nouvelles formes manageriales dans l’entreprise). Il s’agit d’une évolution de notre société lié aux nouvelles technologies.

 

Hier, j’ai appris de la bouche d’un doyen de l’université qu’un des vacataires avec qui je travaillais et que je supervisais l’avait injurié sur Facebook. Le vacataire, étudiant de master 2 en l’occurrence dudit doyen nous avait été recommandé par lui, et, parce que nous voulions lui plaire et qu’il nous paraissait convenir au travail nous l’avons pour le premier semestre de l’année 2009-2010. Je n’ai jamais eu à m’en plaindre à mon supérieur. Discret et efficace. Au second semestre, nous avons désiré le reprendre, mais nous n’avons eu qu’une réponse évasive très tardivement nous expliquant que son master lui prenait trop de temps. Hier, j’ai compris la raison de cette fuite car le travail, bien que nécessitant une présence n’était ni harassant ni chronophage. L’étudiant, n’a semble-t-il pas apprécié que son directeur de mémoire, le doyen, ne lui consacre pas assez de temps. Il l’a voué aux gémonies par les voies très pénétrables des réseaux sociaux.

Le problème n’ait pas que l’étudiant ait daubé sur son professeur. Quel étudiant ne l’a pas fait ? Le problème ait qu’il l’ait fait sur Facebook, ce qui implique ni plus ni moins que de diffamer publiquement quelqu’un, son professeur qui l’a vu et l’a su ! J’en déduis que le doyen se renseigne sur lui et sur ce qui se dit sur Internet à propos de la faculté et de sa personne. J’en déduis aussi que l’étudiant n’a pris aucune disposition pour cacher ses propos. La diffamation est-elle intentionnelle ou s’agit-il d’une bourde ?

Sur les réseaux sociaux, les sites qui proposent ce service comme les utilisateurs ont des droits et des devoirs. Cependant, Facebook semble à l’instar des réseaux sociaux basés en France comme viadéo se jouer des lois en vigueur dans notre pays. Lorsque Facebook est assigné en justice, aucun membre de l’entreprise ne vient au procès s’expliquer ni même se défendre. Et il existe de nombreux problèmes juridiques quant aux réseaux sociaux : les contenus sont-ils publics ou privés ? Peut-on exploiter les données des utilisateurs à des fins commerciales ?

 

L’étudiant va payer cher son manque de tact. Je pense que le doyen n’oubliera pas cette avanie et va lui faire payer l’outrage. Le Devant nous, il a déjà commencé à le faire, je pense qu’il a du le faire devant ses collègues.

Les enseignants sont de plus en plus aptes à se servir des outils internet dans leur quotidien et dans leur pédagogie, y compris dans les disciplines les plus rétives à l’informatique comme la Philosophie. L’ouverture aux outils numériques dépend d’une culture disciplinaire mais aussi de pratiques qui peut rassurer ou effrayer l’enseignant. En tout cas, le nombre d’enseignants hostiles à ces technologies est de plus en plus réduit. Les plus anciens partent à la retraite, mais dans notre enquête, nous nous sommes aperçu que ceux qui utilisent le plus internet ont entre 40 et 50 ans.

J’ignore si l’étudiant est encore dans une des universités de la ville. Quoiqu’il en soit, sur internet, il existe aussi une « e-reputation ». Que l’on soit étudiant, chercheur ou simple quidam, celui qui souhaite souhaite valoriser ses travaux et ses compétences doit désormais se rendre « visible » sur le Net. Ce constat s’applique aujourd’hui avec les métiers liés au marketing, au management, à la communication, etc, donc avec des fonctions essentielles liées au fonctionnement et à l’image d’une entreprise.

Mais attention, qui dit visibilité ne signifie pas injonction à étaler sa vie privée et ses atermoiements sur Facebook, quitte à le payer cher.

 

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