l’Eglise : un nouvel opposant au sarkozysme ?

Ce dimanche, je me suis levé tôt, et j’avais la bougeotte. Je me suis promené dans les rues de Lyon, encore tranquilles à 8 h du matin. J’ai gravi la colline de Fourvière par l’épuisante montée Nicolas de Lange. Je suis arrivé à la basilique. Je n’avais pas l’intention de suivre la messe, mais je l’ai fait (j’avoue avoir eu un petit peu froid sur l’esplanade).La messe dominicale à Fourvière, celle de 11 heures, est celle des notables. La messe précédente à laquelle j’ai assisté est semble-t-il moins huppé. Lyon a beau être le berceau du catholicisme social, j’ai été surpris par l’homélie dominicale à laquelle j’ai assisté.

l’Eglise comme figure morale retrouve des couleurs

L’homélie condamna plus ou moins implicitement a société de consommation telle que nous la vivons. En partant du texte de la première lecture, »Contre le gaspillage insolent des riches« , Amos, 6, 1a 4-7,  et de la seconde Lecture « Parabole du riche et de Lazare », Luc, 16, 19-31″, le curé a dénoncé, en termes mesurés certes, nos gaspillages, et notre égoïsme. Au-delà de ce message, c’est aussi la condamnation de nos gouvernants et de la politique actuelle. Le prêtre a rappelé (est-il naïf) que le président de la république est chargé de la « juste répartition des richesses » et que plutôt que d’accumuler lesdites richesses, nous devrions plutôt donner, riches, et moins riches afin de réduire des écarts de richesse inacceptables.

Les condamnations implicites des riches, à travers la parabole du riche et de Lazare, vise la politique actuelle du gouvernement et de Sarkozy. Le tort de notre nabot national est de montrer ostensiblement sa fascination pour ce milieu, et d’avoir fait de l’argent, par l’enrichissement un gage fondamental de la réussite. Séguéla avait dit « A 50 ans si on n’a pas de Rolex c’est qu’on a raté sa vie ». C’est méconnaître que la France ne s’arrête pas aux beaux quartiers de l’Ouest parisien. En gros, 99,9% de la population française a raté sa vie. Pas de chance. La richesse ostentatoire n’a jamais été bien vue en France, du moins dans la France républicaine qui trouve ses assises et ses origines dans la bourgeoisie.

Depuis l’affaire des Roms, l’Eglise catholique est passée dans le camp de l’opposition au gouvernement ( et contre les Français eux-mêmes puisqu’une grande partie soutient Sarkozy). Pourtant, l’arrivée au pouvoir de Sarkozy s’était faire en promettant de remettre au centre de l’identité française ses racines chrétiennes. Le voyage à Rome, où le chanoine Sarkozy a pris possession de son titre, la visite de Benoît XVI en France ont pu faire illusion. On aurait pu croire même à un retour du catholicisme comme religion « privilégiée » de la République. Mais il n’en a rien été. Sarkozy a utilisé ce canal de la catholicité de la France pour attirer à lui électeurs et appuis. D’où une certaine gêne : l’UMP dénonce l’Eglise dans sa critique sociale des affaires actuelles, mais cette critique a toujours existé. Ce n’est pas la première fois qu’on entend un prêtre pérorer contre les inégalités. L’Eglise assume son rôle et mène sa barque. Elle essaie de maintenir le cap et trouve un écho inespéré parmi les médias, mais sa position est peut-être incomprise par ses fidèles. En effet, il ne faudrait pas sous-estimer le racisme ordinaire en dehors des beaux quartiers de Paris. Le mythe du gitan voleur de poules est toujours vivace dans les campagnes. En ville, le bobo fait mine d’ignorer une rom faire la manche dans la bouche de métro la plus proche de son épicerie bio mais en son for intérieur s’offusque du manque d’hygiène et de la tenue des mendiants. On soutient donc franchement les mesures d’expulsion. D’ailleurs, la mobilisation pour s’y opposer a été faible. On n’a pas vu de manifestations monstres comme sur les retraites pour dire non à cette chasse aux sorcières. Sarkozy et Hortefeux ont tiré une bonne pioche en faisant des Roms (plus que des gitans « intégrés ») les bouc-émissaires, ce qui permet d’évacuer le jeune de banlieue, maghrébin et musulman et de montrer la bonne tenue du pays.

Si on relit le Nouveau Testament, on s’aperçoit que les textes bibliques et la politique de Sarkozy sont incompatibles. Dans le christianisme, il y a la notion de juste profit. Toute ostentation dans l’affichage de ses richesses est condamnée elle aussi. Pis, comme le montre la parabole de Lazare, les paroles de Jésus et la condamnation des riches de Jérusalem trouvent un écho dans l’actualité. La Bible fait preuve de subversion, et l’Eglise catholique retrouve un poids médiatique et moral qu’on ne lui avait pas connu depuis bien longtemps.

Légalement, certes le gouvernement est dans son bon droit, mais moralement, le procédé de stigmatisation et d’expulsion est détestable. On expulse, on emprisonne à tour de bras certaines minorités, en les accusant de délits plus ou moins avérés, mais emprisonne-t-on les grands patrons ou les banquiers pour la crisé économique de 2009, pour les licenciements et les délocalisation faisant tomber dans la précarité des employés ? A L’UMP, on part du principe que tout ce qui est viable économiquement est bon pour la société. Or cela est faux.  On valorise l’enrichissement personnel et le « self made man »…

Richesse, connivences et Sarkozy

Michel et Monique Pinçon, sociologues spécialisés dans l’étude de ce groupe social hétérogène que l’on nomme « riches » ont sorti un ouvrage sur les liens entre Sarkozy et cette ploutocratie :  Le Président des riches, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Le président des riches, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Paris, Zones, 2010, 228p, 14 Euro. La  semaine dernière on pouvait lire dans Télérama un interview sur le contenu du bouquin.

http://www.telerama.fr/livre/ces-pincon-qui-font-trembler-l-elysee,60212.php

Je retiendrais cet extrait éloquent des sociologues :

Monique Pinçon.-Charlot : La force de l’oligarchie aujourd’hui, c’est aussi cette connivence inusitée entre le monde politique et celui des affaires, inaugurée en fanfare dès l’élection de Nicolas Sarkozy, avec la fameuse nuit du Fouquet’s, où étaient réunies toutes les composantes de la classe dominante, patrons du CAC 40, politiques et show-biz.
Michel Pinçon :
Il y a, dans ce dévoilement, une condition historique, celle d’un néocapitalisme financier triomphant qui a fait des traders les héros des temps modernes, même si la crise a, aujourd’hui, un peu calmé les ardeurs. Mais, en mai 2007, au moment de l’élection de Nicolas Sarkozy, l’air du temps est à l’argent, consécration « naturelle » du talent, du courage, de l’utilité sociale. Tant mieux pour ceux qui en gagnent et tant pis pour les autres. Le cynisme de l’enrichissement personnel était vraiment dominant et Nicolas Sarkozy s’est engouffré dans cette brèche.


Nous vivons donc dans le cynisme économique. J’aime ce mot de cynisme parce qu’il correspond plus ou moins à la mentalité d’aujourd’hui. En politique on agit non plus pour changer la société mais par cynisme (j’entends tout ce qui est contraire à la morale pour atteindre son but), et ambition. Où sont les utopies et les actes du progrès ?

Nous sommes tous naïfs à l’égard du pouvoir néolibéral : si nous sommes pauvres c’est que nous le méritons : nous ne nous donnons pas les moyens d’être riches, c’est à dire : d’investir en bourse, de devenir un « winner » en créant sa propre entreprise et de la faire prospérer. La réussite professionnelle passe par cette réussite économique, c’est ce qui fascine Sarkozy.  En fin de compte on reproche au Français de n’avoir pas l’âme d’un entrepreneur, de ne pas prendre des risques avec son argent.  Mais ces gens là savent-ils qu’il existe d’autres formes d’accomplissement que l’entreprise et l’argent ?

Confusion des genres : les conflits d’intérêts sont présents et tangibles. Sarkozy a été maire de Neuilly, il a sympathisé avec la plupart des grands patrons Français qui comptent : Lagardère, Arnault, Bouygues. Il a été leur avocat d’affaire. Sa carrière d’homme politique sert-elle ces gens ou existe-il une vocation au service du citoyen et du bien commun ? Les deux ?.

Désormais au pouvoir, son ambition assouvie et ses amis patrons satisfaits, je m’interroge sur ce qui intéresse réellement Sarkozy depuis qu’il est au pouvoir : la notabilité ? L’argent ? La frime ?


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2 réflexions sur “l’Eglise : un nouvel opposant au sarkozysme ?

  1. La grosse différence tient dans le fais que les rom sont reconduits dans leur pays et non dans des camps de concentration. C’est de la malhonnêteté intellectuelle de faire un parallèle et aussi une façon de faire oublier les antécédents du papa panzer…. Pourquoi d’ailleurs l’église ne les accueille pas sur la place St PIERRE ou ses nombreux autres terrains en Europe ?
    De Joseph à Benoît
    Joseph Ratzinger est né en 1927 à Marktl am Inn en Allemagne.
    Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est membre des Jeunesses hitlériennes, obligatoires à partir de 1938. A la fin de la guerre, il est enrôlé dans les services auxiliaires antiaériens pendant quelques mois.
    Joseph Ratzinger étudie la philosophie et la théologie à Munich, puis, après avoir été ordonné prêtre, il devient enseignant et docteur en théologie.
    En 1962, lors du concile Vatican II, il est consulteur du cardinal archevêque de Cologne et apparaît plus progressiste qu’il ne l’est maintenant (…)
    http://atheisme.free.fr/Religion/Benoit_16.htm

    • je ne crois pas que B XVI fut plus « progressiste » en 1962, en vérité, dans l’Eglise on n’est pas progressiste, il s’agit d’une institution par essence conservatrice du moins si on le prend du Saint Siège. Cela dit, on a bien vu par le passé le décalage entre le Vatican et les églises nationales et locales. Au XVIIe siècle le gallicanisme favorisait la politique louis quatorzienne, plus récemment, le catholicisme social a été rabroué, de même que la théologie de la libération… Les avancées de l’eglise ne sont jamais venues de Rome mis à part Vatican II…

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