Des hommes et des dieux

Hier soir, je suis allé voir le film de Xavier Beauvois dont tout le monde parle Des hommes et des dieux. Le film est à la hauteur de ce qu’écrivent les critiques. L’hommage aux moines de Tibhirine est un film à voir absolument.

La photo est magnifique, le réalisateur s’attarde sur les paysages, les plis des visages, les objets du quotidien, le calice, l’hostie. Pas beaucoup de travelling. Les acteurs ont une liberté incroyable, et incarnent véritablement ces moines au destin funeste, sans fioriture. Ils jouent juste. Et puis quelle sobriété ! Pas d’artifices,  ni d’effets spéciaux, et très peu de sang. On suggère plus qu’on ne montre la menace et la mort.

Le film n’est pas une apologie du martyre chrétien, ni même du christianisme. Il questionne notre Etre. Face à la violence, et à une mort probable, qu’aurions nous fait à leur place. Le mérite du Beauvois est de montrer les états d’âme de ces huit moines qui vivent pour les autres, dans une simplicité exemplaire, entouré de leurs frères musulmans qu’ils respectent autant que eux les respectent.

Puisque le gouvernement actuel semble stigmatiser tel ou tel, Des hommes et des dieux démontre que tout sectarisme, tout fanatisme est un danger,  qu’une coexistence est possible, que le respect de l’autre passe autant par l’écoute que par la parole. Parler, réfléchir, célébrer ensemble, afin de mieux se comprendre et de vivre en hommes libres dans ses choix et ses convictions.

Le film montre d’abord les modalités de coexistence entre le monastère et le village qui s’est bâti à ses pieds, et vivent en une symbiose, se rendant des services réciproques. Les moines sont acceptés et font partie de la communauté villageoise. Ils soignent, ils aident les villageois dans les formalités administratives. La réalisation s’attarde sur le mode de vie du monastère : les offices, la culture des champs, l’étude, le repas en commun… Une sorte d’harmonie existe entre les musulmans et les moines. Jusqu’à l’arrivée des Islamistes. D’abord, le tumulte semble lointain, indirect, mais inquitéant :  puis il arrive concrètement dans le monastère un certain 24 décembre. Ils demandent des médicaments. Frère Christian avec courage, leur répond qu’ils sont pauvres et n’en ont pas beaucoup. Avant de partir, Christian interpelle le chef des islamistes « vous savez que c’est une particulière pour nous », et explique pourquoi. L’enturbanné répond qu’il ne savait pas. Frère Christian conclut par une sourate, que l’intégriste finit, sur l’humilité de certains moines chrétiens. Les Islamistes les laisseront tranquilles. Du moins pendant un temps.

Sur le fond, le message est universel. Comment se sacrifier par amour pour l’autre ? Le propos n’est pas de montrer des martyrs, mais des moines déchirés entre leur fidélité  aux habitants du village d’à coté c’est-à-dire leur mission de vivre « en frères » avec leurs amis musulmans, et la tentation de partir vers la sécurité que certains vivent comme un drame. Comment ne pas être touché par les tourments de frère Christophe, l’agriculteur qui crie dans la nuit, cherche Dieu, le Christ, mais ne « l’entend plus » ? Et les tiraillements de Frère Christian, partagé entre son rôle de chef de la communauté qu’il défend bravement en s’opposant aux islamistes le soir de Noël, et la peur de la mort, et du destin qui l’attend, destin qu’il finit par accepter pleinement, comme ses coreligionnaires.

La liberté est un choix. Les moines étaient des hommes libres, ils ont eu ce dilemme : rester avec le risque de mourir, partir et en fin de compte choisir une solution de facilité. Ne pas se défiler face à la peur, malgré leur peur ! Aller jusqu’au bout de l’engagement, mourir non pas pour soi mais pour des idées, pour un enjeu qui dépasse simplement sa personne.

Le moment le plus fort du film vient du repas du soir pris en commun, comme la Cène, le supérieur, frère Christian, est entouré de la communauté qui écoute le lac des cygnes de Tchaïkovski. Les larmes aux yeux tous se regardent et s’affermissent dans leur décision de rester, les sourires succèdent aux larmes. Tous savent qu’ils peuvent mourir. Tous ont fait un choix. Tous suivront jusqu’à la mort le message du Christ.

La scène finale est une leçon de vie : les moines pris en otage entourés des islamistes s’enfoncent dans la neige et sous les flocons les cèdres de l’Atlas. Ensembles, victimes et bourreaux se perdent dans la brume et les arbres. Tous, princes comme chiffonniers nous mourront. L’important n’est pas de connaitre la fin, mais d’appliquer au jour le jour les principes qui font de nous des hommes, et non des bêtes : l’amour, la bonté, le respect, l’écoute, le bien commun…

Tel est mon avis.

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