Impressions romaines

Il y a 10 ans j’étais à Rome pour les journées mondiales de la jeunesse. J’y suis allé athée j’y suis revenu croyant, et je suis retourné à la foi qui ne m’a quitté malgré des hauts et des bas. Je me souviens de nombreux moments. Les impressions que j’en ramène aujourd’hui sont différentes, moins émotionnelles, plus rationnelles. Depuis 10 ans j’ai vu énormément de choses, j’ai vieilli, j’ai voyagé, je me suis formé à l’histoire, je me suis endurci.

J’ai aperçu Rome au matin du 17 août 2010 par la fenêtre de l’avion. Nous l’abordâmes par le nord et la vallée du Tibre, nous la contournâmes par l’Est. A nos pieds défilèrent la Villa Borghese, la Villa Medici, Saint Pierre et le Centre, le Vittoriano, les forums romains, le Colisée et le Latran puis la campagne et l’aterrissage qui ressemblait au générique de Dynastie puisque nous survolâmes un hippodrome où l’on courait. Joli travelling. Rome vue d’avion paraît si fragile. Les constructions humaines, d’en haut, sont ramenées à leur juste valeur dans l’univers : des poussières.

De Ciampino, j’ai pris la navette pour Rome Termini. Nous traversâmes des zones artisanales avant de rejoindre l’agglomération. Le passé romain se rappellait déjà à moi en voyant les restes d’un aqueduc et de la villa des Quintilii. Mais pas le temps de chômer, je devais prendre le train à Termini pour Florence. L’autocar traverse ce qu’on pourrait appeler la banlieue romaine, mais comme la plupart des villes d’Italie, Rome ne connait pas ces ZUP bétonnées telles que nous en avons en France. En revanche, elle possède ces quartiers populaires où vit l’essentiel de la population romaine, celle qu’on ne montre pas sur les cartes postales. Ce sont des lotissements construits sur un plan hippodamique. Des bâtiments de 8 à 9 étages couverts d’étendages à linge, plus ou moins bien entretenus.

Arrivé à Termini j’eus un peu de temps avant de prendre le train pour Florence. A coté de la gare, des vestiges de la murailles de Servius Tullius subsistent.  J’ai visité l’église Santa Maria degli Angeli, premier contact avec Rome. L’église investit pour partie les thermes de Dioclétien. Je fus frappé par la hauteur des voûtes, romaines. Si la décoration n’est pas la plus grandiose ni la plus pompeuse des églises de la Ville Eternelle, l’ensemble ne manque pas de majesté ni d’élégance ni de grandeur… Cette église serait utilisée par la République italienne pour des cérémonies nationales… J’eus juste le temps de poser les yeux sur l’intérieur. J’ai du regagné au plus vite Termini pour ne pas rater le Pendolino. La gare est immense. Un immense préau accueille le visiteur, puis deux halls longs de 200 à 300 mètres et d’une hauteur impressionnante. Puis un 3e hall permet de se diriger vers les « binari » les quais…

  • Le 21 août, c’était un samedi…

Sainte Marie majeure - la chapelle Sixtine

Parti à Florence le mardi 17 août depuis Rome, je reviens à mon point de départ le samedi 21 août dans l’après-midi. La chaleur était caniculaire, La ville ployait sous la lumière du soleil. Je suis allé à l’hôtel, proche de la place de la gare déposer mes affaires, puis j’ai descendu la Via Cavour. Sainte Marie majeure est toute proche et je m’y suis rendu. Il y a 10 ans, c’était la première église que je visitais à Rome. Un vieil homme m’avait montré le plafond en me disant en italien que les caissons dorés provenaient du premier or du Pérou.  En 2010, j’ai constaté que si la façade en impose, l’intérieur m’a paru  plus bas quue dans ma mémoire, mais plus décorée aussi. J’ai été vivement impressionné par la « chapelle Sixtine », chapelle latérale au décor baroque superbe, oeuvre de Domenico Fontana, construite sur les ordres de Sixte Quint, le pape bâtisseur. En regardant la Coupole, je me suis vraiment rendu compte que j’avais quitté la Renaissance pour l’âge baroque, la sobriété médiévale florentine pour l’exubérance baroque romaine.  Je descendis la Via nazionale et je vis au loin le Forum romain.  Pour moi, le Capitole et le Forum romain sont le centre du monde, et de l’univers. Tant de fois je voulus revoir ces lieux, les parcourir, les admirer, tant de fois il a fallu revenir à la raison….

Je vis en premier la curie de Dioclétien et l’arc de Septime Sévère, et l’église Saint Julien. Mais la via débouchait plus au Sud sur la via dei Fori Imperiali tracée par Mussolini au centre des forums, balafre utile… Je fus frappé par le silence de ce samedi après-midi : il y avait peu de touristes et peu de circulation. En revanche, les cigales s’en donnaient à coeur joie. Etrange impression de ruines fabuleuses, désertées, où, seul, on peut s’adonner à la plus profonde méditation sans dérangement. L’entrée des forums romains coûte 12 euro. Je ne les ai pas déboursé. Il y a 10 ans j’avais pris la Via sacra gratuitement depuis le Colisée. J’étais passé sous l’arc de Titus, j’avais pu me recueillir sur le lieu où le corps de César fut brûlé devant Antoine et Octave, j’avais pu voir le Lapis Niger, le pronaos temple d’Antonin et de Faustine, les colonnes du temple des Dioscures. J’avais pu toucher l’arc de Septime… Rien de tout cela cette année. J’ai longé les forums par la via dei Fori, jusqu’à ce que je puisse trouver la rue menant à la prison Mamertine, et à Saint Julien : On arrive à une esplanade desservant ces monuments on est à 2 mètres à peine de l’arc de Septime et un escalier mène à la place du Campidoglio. En voyant le Forum s’étendre vers le Colisée, depuis le point de vue qu’offre le perron de l’église Saint Julien, je ne pus m’empêcher d’avoir les yeux mouillés. Je retrouvais ces ruines familières. Je me sentais au centre de l’univers, en tout cas le mien. En pensant à l’histoire de Rome, je songeais aux triomphes des généraux et des empereurs, à la roche tarpéienne, aux séances du Sénat et à tout ce que j’ai lu ou appris sur Rome, et sa civilisation de laquelle nous avons hérité. J’étais au centre de la grandeur. Ce mot de grandeur, on ne peut l’appliquer qu’à Rome, à ses ruines, à ses églises. Il ne sied pas à d’autres villes, même à Paris. Tout y est grandiose : une simple colonne d’un temple provoque les plus vifs transports, un marbre du Bernin l’extase, un pilastre de Saint Agnès, l’élévation, l’oculus du panthéon l’illumination. Rome est un chef d’oeuvre dans son ensemble.

Le Vittoriano et ses marches

Je ne suis pas monté immédiatement au Campidoglio. Je me suis attardé le long du Forum puis je me suis rendu au Vittoriano, ouvert à la visite. Sur ce monument dédié à la gloire de la nation italienne, on se doit d’avoir une tenue correcte : interdiction de s’asseoir, interdiction de prendre des photos assis sur une margelle, on est rappelé à l’ordre instantanément par un service d’ordre strict. Les contrevenants sont chassés. Le Vittoriano est vaste, très vaste. La blancheur de la pierre sous le soleil d’août éblouit, et le bâtiment fait tache dans Rome qui préfère les couleurs plus discrètes : ocre, vermeil, beige… Le monument cache Santa Maria Ara Coeli. La statue de bronze de Vittorio-Emmanuele II Re d’Italia en impose. On dit que les moustaches du Roi font 1 mètre. L’Autel de la patrie en contrebas de la statue du roi est gardé en permanence par deux soldats. L’intérieur de l’édifice cache plusieurs musées : celui de l’Immigration, du Risorgimiento et de l’armée. L’intérieur est aussi blanc que l’extérieur, et fait d’escaliers interminables menant à différentes terrasses latérales. Ces terrasses offrent de bonnes vues sur Rome : vers le Quirinal et le Pincio, vers les forums Romains et l’Esquilin, vers le vieux Rome et ses dômes… le « derrière » de l’édifice n’est qu’un mur blanc où a été construit un ascenseur menant vers la terrasse dominant la colonnade. Elle est payante. Un accès permet d’entrer à Santa Maria Ara Coeli, vieille église où repose Clément X et d’autres papes. Le plafond est à caissons dorés, et les pierres tombales de différents cardinaux ou notables romains ont été conservés. L’église semble avoir un sol inégal : il semble s’élever vers l’autel et vers l’Est ! Il reste de très jolies fresques du XVe siècle, et plusieurs tombeaux sont sublimes… Des lustres de cristal pendent sur la voûte en plein cintre séparant le choeur, aveugle, de la nef. J’ai beaucoup aimé cette église, qui, se trouve juchée sur l’Arx, un des deux sommets du Capitole. Elle domine le Palazzo nuovo du Capitole de quelques mètres. Depuis le porche de l’église, une volée d’escaliers impressionnante permet de rallier la Piazza di Venezia. L’escalier était désert lorsque je l’ai emprunté. Du pied de celui-ci, la perspective en impose : la façade de l’église est sobre. A droite de cet escalier, se trouve celui du Capitole.  Je le pris d’un pas lent pour en apprécier la montée. Son sommet est un chef d’oeuvre : deux statues romaines, les dioscures je pense n’accueillent de part et d’autre de la rampe le visiteur. Ces statues sont monumentales et imposent une forme de respect. Nous sommes au coeur de la commune de Rome. Au centre de la Place, la statue de Marc Aurèle, ou plutôt une réplique puisque l’originale, fragile, est au musée des Conservateurs, tout proche. Quelle émotion d’être sur cette place dessinée par Michel Ange, de jouir de la vue de cette statue, toute copie qu’elle soit, et du Palais du Sénat juste derrière où coule une fontaine encadrée par deux atlantes ! Quelle beauté architecturale du XVIe siècle et quelle ruse dans les perspectives ! En effet, l’escalier menant à la place du capitole est plus large au sommet qu’à la base. Depuis le bas, on a ainsi l’impression qu’il est d’égale largeur. La place aussi suit ce schéma : plus resserré vers le Palais du Sénat, plus large vers l’escalier…

La Place...

Par la suite, je me suis rendu tous les jours au Campidoglio. J’allais y manger, ou tout simplement m’y reposer quelques instants…

Mes pas m’ont conduit jusqu’au Pont Saint Ange. J’ai déambulé dans les ruelles de Rome que j’affectionne. Il y avait peu de touristes. Le soleil rasant donnait aux façades, ocrées ou bistres un charme très particulier. Au détour d’une rue, on pouvait être surpris par une église, une colonne romaine, les quais du Tibre.  Je ne rentrerai pas sur le séjour en détail cela prendrait tant de temps à écrire ! Essayons d’aborder le séjour par thèmes.

  • églises et reliques

Agnese in Agone

Combien d’églises Rome abrite-elle en ses murs ? Je ne le sais pas. Mais des plus modestes aux plus imposantes, toutes concourent à faire de la ville un lieu où se célèbre le culte divin dans toutes ses particularités. L’église est un théâtre. la liturgie le livret,  Les fidèles sont public, les clercs ses acteurs, . Chaque église répond selon son style et ses moyens à cette pièce de théâtre qu’on appelle l’office.

J’ai visité de très nombreuses églises : trois des quatre basiliques majeures : Saint Pierre, Saint Jean de Latran, Sainte Marie Majeure. L’église du Gesù, un chef d’oeuvre ; Santa Agnese in Agone place Navone est une de mes favorites ; Santa Maria della vittoria pour l’Extase de Sainte Thérèse du Bernin et ses proportions « humaines », San Andrea della Valle appartenant aux Théatins (Saint Gaëtan), San Ignazio aux Jésuites, où est inhumé Saint Robert Bellarmin, le théologien ; Santo Nome di Maria près de la colonne Trajane, la Chiesa Nuova, église des Oratoriens ; Saint Charles aux Quatre fontaines, construite par Borromini appartient aux Camilliens, San Andrea del Quirinale construite par le Bernin, Santa Maria del Trastevere, aux belles chapelles latérales, la Sainte Trinité-des-Monts, église dont le titulaire est le Cardinal Barbarin, elle est donc un peu lyonnaise ! J’ai aussi visité l’église Saint Louis des Français où la cohue vient admirer les toiles du Caravage, Saint Côme et Damien sur le forum romain est desservie par les Franciscains,  Sainte Françoise romaine qui abrite les restes de la sainte dans une crypte, les églises jumelles de la Piazza del Popolo : Santa Maria in Montesanto et Santa Maria dei Miracoli, San Marcello al Corso, le Panthéon qui reste un édifice consacré à Marie, Saint Jean de Latran, la cathédrale de Rome, reine des églises du monde… Sans oublier celles déjà citées.

L'église du Gesù

Mes églises préférées sont le Gesù, que j’ai découvert les yeux écarquillés et la bouche béante, Santa Agnese in Agone, l’église de la Piazza Navone aux dimensions modestes mais d’une grande beauté, Sant’ Andrea del Quirinale et Sainte Marie Majeure. Le Gesù est sans doute l’église-étalon de l’église de style jésuite. Dans les faits, le style du Gesù a été repris pour la plupart des églises baroques à Rome et à l’extérieur. Construite au XVIe siècle,  à la gloire de la Compagnie de Jésus. Tout n’est que fresques vantant les mérites de Saint Ignace et de ses disciples. L’autel de Saint Ignace mis en place au XVIIe siècle par Andrea Pozzo  a été vanté par beaucoup de voyageurs. Sa monumentalité et ses ornements sont sans pareil à Rome. Les restes du saint sont conservés dans une urne en or. Le maitre-autel de l’église  est surmonté du monogramme  du Christ IHS, aux lettres dorées sur fond bleu entouré de rayons de soleil, pétrifiés. Il faut voir l’église en fin d’après-midi, lorsque les rayons du soleil pénètrent par la fenêtre à l’Ouest, en haut de la nef, et viennent frapper le sol. La fresque de la nef est un chef-d’oeuvre du trompe-l’oeil, peinte par Gaulli : un prolongement de l’église vers les cieux qui déborde même sur la nef. Magnifique. Je suis allé deux fois au Gesù. La première fois fut un choc. La seconde, j’ai pu entendre une organiste s’entrainer sur un clavicorde. Nous avons donc eu droit à du Mozart, et à du Beethoven avec la sonate au clair de lune jouée très lentement. Cet air est plutôt impromptu dans une église où on s’attendrait plutôt à des airs plus martiaux…

A Saint Ignace

L’église Saint Ignace possède aussi une nef en trompe- l’oeil célébrissime d’Andrea Pozzo (XVIIe siècle)  qui célèbre l’apothéose de la Compagnie de Jésus et de Saint Ignace. La structure de l’église semble se prolonger dans le Ciel dans un tourbillon de formes et de couleurs. Pour moi, cette oeuvre est la plus représentative de la peinture baroque. Il faut se place au centre de la nef pour voir la fresque sans déformation.  Le théologien Robert Bellarmin est inhumé dans une chapelle. On le voit dans une châsse vitrée en tenue de cardinal. Son visage est recouvert d’un masque doré. Il s’agit probablement du théologien à laquelle l’Eglise catholique est la plus redevable après le Concile de Trente au XVIe siècle. Habile controversiste il sut donner des arguments solides aux Papistes pour contrer les Protestants. L’église appartient aussi aux jésuites, et toute proche du Collège Romain.

L’église de la Chiesa Nuova est sur le Corso Vittorio Emmanuele, le grand axe qui traverse Rome de la Piazza di Venezia au Castel Sant’ Angelo. Lorsque je suis rentré à l’intérieur, j’étais seul. L’abside et la coupole sont couvertes de fresques peintes par Pietro da Cortona à la gloire de Saint Philippe Neri, fondateur de oratoriens, et de la Vierge. Comme pour Saint Ignace, le decorum est moins exubérant qu’au Gesù. L’église abriterait une image miraculeuse de la Vierge que je n’ai pas vu. Je suis resté longtemps dans cette grande église baroque à contempler l’autel. Il y aurait aussi des toiles de Pierre-Paul Rubens, mais je confesse n’avoir pas visité à fond cette église car il se faisait tard quand j’y suis entré.

San't Andrea della Valle

Sant’ Andrea della Valle a de vastes dimensions, et une jolie coupole. D’ailleurs, Saint Ignace, le Gesù et Sainte Agnès ont des coupoles peintes à fresque vraiment superbes. Ici, elle est du peintre Lanfranco. C’est un des plus haut et des plus larges de Rome. Il y avait peu de monde lorsque je l’ai visité, Elle abrite les tombeaux de deux papes, Pie II et Pie III. La première chapelle latérale sur la droite est la Cappella Ginetti, petite perle baroque dessinée par Carlo Fontana. Dans le transept gauche, on peut voir un autel du XVIIIe siècle dédié à Saint Gaëtan de Thienne, fondateur des théatins. Prêt de cet autel, la dernière chapelle de gauche du coté de la nef a une entrée monumentale encadrée de deux statues : une Sainte Marthe et un Saint Jean-Baptiste, oeuvre du Bernin. La chapelle a été commandée par le cardinal Maffeo Barberini qui allait devenir Urbain VIII.

Notre église nationale, Saint Louis-des-Français (il y aussi Saint Yves-des-Bretons, Saint Claude des-Francs-Comtois-de–Bourgogne et Saint Nicolas-des-Lorrains) est plus modeste, mais pas inférieure en pompe baroque… Construite à la fin du XVIe siècle par Domenico Fontana sur les plans de Giacomo della Porta, elle possède au plafond de la nef une fresque, pas identifiée. L’église abrite des oeuvres du Dominiquin,  Bassano, et surtout de Caravage, où trois peintures relatant quelques faits de la vie d’apostolat de Saint Mathieu attirent la foule en nombre… Quitte à oublier que les fresques du Dominiquin sur Sainte Cécile…  Lorrain y est enterré, et bien d’autres Français moins célèbres. J’ai été indigné par le brouhaha causé par les touristes dans l’église. Un homme au micro essayait desespérément de discipliner la foule, en vain.  Je ne suis pas resté longtemps à l’intérieur, c’est bien dommage.

Saint Charle aux Quatre Fontaines

Saint Charles aux Quatre Fontaines est un manifeste de l’architecture borrominienne : la façade aux courbes concaves et convexes et multiplication des colonnes pour donner l’illusion d’un espace plus grand… L’intérieur est dépouillé. Le dôme est ellipsoïdal, et s’y répètent sur ses parois des caissons polygonaux entre lesquels le motif de la croix s’insère. Nous sommes ici dans un bâtiment appartement aux Trinitaires. Très peu d’ors. Les colonnes et pilastres sont aussi blancs que les murs. Seuls les autels en marbre et les tableaux les surmontant donnent des touches de couleur. Le cloitre, rectangulaire, adjacent auquel on a accès par l’église obéit aussi au principe de la scansion avec une multiplication de colonnes sur les deux niveaux. Au centre, un puits donne un charme tout particulier à l’ensemble.

Sant' Andrea del Quirinale

A 300 mètres de là en se rendant vers le palais du Quirinal, Le Benin a bâti Saint André du Quirinal qui constitue une sorte de réponse à Saint-Charles aux Quatre fontaines. L’église est plus vaste mais reprend la coupole ellipsoïdal sur un plan lui même elliptique contrairement à Borromini. L’architecture du Bernin traite plus classiquement la façade au porche imposant surmonté d’une balustrade sur laquelle prend place un blason pontifical. Alors qu’on est frappé en entrant à Saint Charles par la lumière  immaculée et le dépouillement, on ne peut voir en entrant à Saint André que le maître autel, placé à son opposé mais sur l’axe le plus court du plan ellipsoïdal. La décoration fut dessinée par le Bernin. Des chapelles se disposent le long de l’ellipse, séparées par des colonnes en porphyre. Au dessus du Maitre Autel, une toile de Guillaume Courtois relate le martyre de Saint André (sur la croix) La décoration au-dessus est riche. Une source de lumière provenant d’une petite coupole cachée derrière le fronton de la niche du maitre-autel met en valeur les ornements au-dessus de la toile, faits d’angelots en stuc et de personnages s’élevant vers ladite lumière. Le dôme est couvert de caissons dorés polygonaux. Les motifs sont moins complexes que ceux de Borromini. L’église appartient au séminaire jésuite.

Santa Maria della Vittoria

Santa Maria della Vittoria est assez éloignée du centre historique, via XX settembre, entre la Piazza Barberini et Termini, dans le quartier d’affaires. Ses dimensions sont certes modestes mais elle est richement décorée par Guerchin, Lorrain, Dominiquin. Le maitre autel est impressionnant par ses ornements. Le plafond de la nef est peint à fresque, mais c’est surtout l’extase de Sainte Thérèse qui attire les foules. Comme je m’y suis rendu tôt le matin, je n’ai pas pu bénéficier d’un éclairage optimal. Je voyais la sculpture plus grande, des dimensions de la Pietà de Michel Ange. En vérité, ses dimensions sont presque à taille humaine. Inutile d’écrire en superlatifs que ce que je pense. Cette sculpture représente le chef d’oeuvre de la sculpture baroque en manifestant tout à la fois un fameux épisode des transports mystiques de Sainte Thérèse d’Avila : la Transverbération. . Le Bernin est aussi un sculpteur génial, j’ai pu m’en rendre compte partout où je passais à Rome. A la Villa Borghèse surtout, où nous pouvons approcher ses sculptures de plus près qu’à Santa Maria. J’ignore si l’église est très fréquentée ou pas. A Saint Pierre, des masses de touristes asiatiques semblent uniquement s’intéresser à la Pietà de Michel Ange. Ici, la modestie de l’église empêche-t-elle les touristes de venir en masse ? Je retournerai à Santa Maria à une heure plus avancée afin de revoir la statue dans son écrin de lumière : la malice de l’ange, le transport de Sainte Thérèse….

Evoquons Saint Pierre et Saint Jean de Latran. La visite de ces églises a été l’occasion d’un pèlerinage, ou plutôt d’une tentative de spiritualité dans le tumulte touristique.

Saint Pierre, la lumière

Je suis allé deux fois à Saint Pierre, deux jours consécutifs. Le premier, nous n’avions pas accès au dôme et au derrière du baldaquin. Le reste de la nef allant à la chaire de Saint Pierre est demeuré fermé à la visite. Je dois être moins impressionnable que lorsque j’avais 20 ans. Je n’ai pas ressenti cet élan de foi qui m’avait ébranlé il y a 10 ans. La porte du jubilé est fermée depuis ce temps, il n ‘y avait pas de fidèles se recueillant devant les candélabres sous le baldaquin, et les escaliers menant à Saint Pierre. Les bougies du maitre autel n’étaient pas allumé. L’intérieur même m’a paru moins démesuré que par le passé. Il m’a fallu regarder à l’intérieur de la coupole au-dessus du tambour, où on pouvait distinguer les minuscules visiteurs du dôme moins grand que l’inscription dorée juste en dessous d’eux.. On ne se rend pas non plus toujours compte de la profusion d’ornements, de la décoration. Il y a beaucoup à voir dans les chapelles latérales, et les couloirs les desservant, surmontés de petites coupoles peintes d’où vient l’éclairage du tout. En revanche, la lumière est toujours aussi belle lorsqu’elle se projette sur le sol, venant d’une fenêtre de la nef ou de la coupole… J’ai pu admirer les  tombeaux des papes dans les nefs latérales.

Tombeau d'Urbain VIII

Le baldaquin en bronze du Bernin  fait 30 mètres de haut, mais quelle impression de légèreté et quelle beauté ! Les regards devaient et doivent converger vers lui, du fond de la nef. Les statues sur les quatres piliers supportant le dôme sont immenses. Les statues sont celles des docteurs de l’Eglise, présentes sur chaque pilier de la nef sur deux niveaux. On a l’impression de feuilleter l’histoire de l’Eglise, et une galerie de portraits. Nous sommes au coeur du catholicisme, de l’église catholique apostolique et romaine, mon église.  Tout n’est que grandiose. J’ai apprécié les lieux différemment qu’il y a 10 ans. J’aurais souhaité un peu plus de recueillement et de calme… Mais que puis je au déferlement des touristes ?

Mesure de la démesure...

Pour revenir aux tombeaux, il n’y a pas que des papes inhumés dans la basilique, mais aussi des souverains : Christine de Suède qui abdiqua et se convertit au catholicisme vint vivre à Rome après son abjuration du luthéranisme. Les prétendants Stuart au trône d’Angleterre sont aussi enterrés ici Jacques III, son fils Charles Edouard, et le cardinal Stuart, ultime représentant mâle de cette lignée d’origine Ecossaise. Le tombeau, en marbre blanc est sobre mais beau, deux sculptures de Canova : des anges, encadrent une porte en bronze.  Quant aux papes, le tombeau d’Urbain VIII  est de dimensions modeste par rapport à ses successeurs, je pense à Grégoire XIII et  (saint) Pie X, mais surtout à Clément X, dont le tombeau, sculpté par le Bernin est le plus beau et l’un des plus monumentaux de la basilique. Il est situé à l’ouest du transept Sud, en remontant vers le choeur. Le pape est agenouillé  et entouré en contre bas de quatre Vertus  : Charité,Vérité, Prudence et Justice. La mort, squelette  noire, soulève un drap de marbre rose, comme pour l’atteindre, mais le pape en oraison ne se montre pas perturbé. Magnifique On peut aussi voir le bienheureux Jean XXIII dans une châsse de verre. Nul doute qu’il sera canonisé dans quelques temps. Jean Paul II a pris sa place dans les grottes vaticanes.

Hic Petrus est

Les grottes vaticanes, elles, sont situées sous la nef. Les plus anciennes sont fermées au public. Dans celle que nous visitons, nous passons devant les restes de la basilique constantinienne : il subsiste des restes de colonnes et de murs. On nous invite à garder le silence, étant dans un lieu saint, mais là aussi il s’agit d’un voeu pieux. Les touristes s’en foutent. Je m’y suis rendu deux fois. La première, j’ai prié devant celle de Paul VI, pape que j’affectionne, et surtout sur celle de Jean Paul II. Je n’étais pas le seul. L’émotion m’a submergé puisqu’il y a 10 ans, je l’ai vu ce pape, qui m’a tant marqué. J’admirais son charisme et sa volonté. Mon père l’avait vu aussi à Lyon en 1986, il était conducteur de bus. Lorsque j’étais petit, je me souviens avoir vu la papamobile garée sur un parking comme une voiture ordinaire. Là, je me trouvai devant une austère tombe en marbre de Carrare, où quelques roses étaient déposées, de même que de petits messages. J’ai prié devant cette tombe malgré la procession de touristes passant devant indifférents peut-être. Des vigiles sont installés en permanence devant le tombeau… Ensuite, je suis allé devant le tombeau de Saint Pierre. On pense qu’il s’agit des véritables restes de l’Apôtre… Comme toute relique ancienne une part de doute subsiste. Or si nous doutons de tout, où est la foi. Je me suis interrogé plusieurs foi sur cette question devant Saint Pierre et la Santa Scala. Et comme il y a 10 ans, j’ai fait le pari de croire, comme l’écrit Blaise Pascal. Je n’ai rien à perdre. Au contraire, je me suis enrichi, non pas matériellement mais spirituellement. Je me félicité souvent d’avoir cette foi intérieure qui m’épaule tous les jours.Le scepticisme est le commencement de la foi.

J’ai donc prié devant les restes de Saint Pierre, deux jours de suite. Mon grand-père portait ce nom, mon oncle aussi. S’agenouiller devant la loge et l’icône de Saint Pierre c’est faire acte de foi. Je ne réclamais rien, ni indulgences, ni attestation. Je voulais juste me recueillir devant les restes d’un apôtre et prier pour tous ceux que j’aime, ce que j’ai fait avec une grande sincérité, puisque je pense que prier sans sincérité ça ne sert à rien. Les restes de Pierre sont protégés par une vitre. On distingue donc, à 5 ou 6 mètres une icône dorée et des lampes, mais pas les reliques en elles même. Cette icône et cette loge, en marbre, sont placées à l’aplomb du maître autel de la basilique, et du baldaquin. Seul le pape peut célébrer la messe sur cet autel, en successeur de Pierre selon la tradition.La papauté trouve sa légitimité ici, mais je ne étais pas venu pour contester l’autorité pontificale, malgré les charges pesant contre elle et toutes ses contradictions scripturaires et historiques.

C’est en sortant des grottes, par une porte latérale sous la nef qu’on mesure la démesure de la basilique tant en hauteur qu’en largeur… Au pied des immenses murs et des ses statues.

Porche de Saint Jean de Latran

A Saint Jean de Latran, c’est la clarté des lieux qui m’a ébloui. La façade en travertin du XVIIIe siècle est propre à ce que je qualifierais volontiers de « style romain », avec ces galeries, puisqu’on y trouve des analogies avec celle de Saint Pierre et surtout de Santa Maria Maggiore. L’intérieur est lumineux. Je me suis rendu deux fois tôt le matin. La première, j’ai eu la « chance » d’entrer par la porte centrale de l’édifice, de bronze, mystérieusement ouverte. Ce que j’ignorais, c’est que cette porte est  celle de la Curie de Dioclétien « transférée » au Latran. C’est comme si j’entrais dans ce lieu où le Sénat s’assemblait. Quand on affirme que l’église catholique est l’héritière de l’Empire, ce n’est pas en vain.  En tout cas, les symboles sont là. On était dimanche. La lumière éclairait les statues monumentales Apôtres (placées au XVIIIe siècle) devant chaque pilier de la nef, . Le plafonds est en caissons dorés. L’église est certes moins vaste, moins impressionnante, moins décorée que Saint Pierre, et plus sobre, mais elle demeure grandiose. L’archibasilique du Latran, cathédrale de Rome et du Monde est, par son rang, la première des églises de la catholicité. Une messe avait lieu dans une chapelle latérale. Beaucoup de bonnes soeurs y participaient… J’ai visité la cathédrale du monde dans cette ambiance à la fois recueillie et calme. Il n’y avait pas presque personne dans la nef… On doit l’aménagement intérieur à Borromini. A la croisée de la nef et du transept, le baldaquin est plus ancien, il daterait du XIVe siècle. Là aussi, seul le pape peut célébrer l’eucharistie. Je ne savais pas non plus que le baldaquin abritait les crânes de Saint Paul et Saint Pierre. Au fond du choeur, seul élément gardé de l’ancienne cathédrale,  la chaire du pape, celle de l’évêque de Rome, au-dessous d’une mosaïque dont les éléments les plus anciens datent du IVe siècle.

La nef de l'archibasilique

Après cette visite, je longe le palais du Latran, reconstruit par Sixte Quint. Les papes n’habitaient plus au Latran depuis belle lurette lorsqu’il choisit de détruire l’austère construction médiévale pour un bâtiment à sa convenance. De l’autre coté de la rue, un bâtiment sans grande pompe abrite la Scala santa. J’avais déjà entendu parlé de cet escalier saint, ramené de Jérusalem par la mère de Constantin, Sainte Hélène. L’escalier en question serait celui du prétoire au temps du Christ, qu’Il aurait emprunté avant son jugement par Ponce Pilate. Au XVIIIe siècle, on l’a recouvert de bois pour éviter déprédations et usure prononcée. Les parois de part et d’autre de l’escalier sont peintes à fresque. Très joli, mais lorsqu’on prie, on se fiche de ces peintures, uniquement concentré sur l’oraison.

J’ai beau être un grand sceptique, et le croyant rationnel, gallican si j’ose dire a sombré face à la piété des croyants montant à genoux les marches. J’ai donc monté l’Escalier à genoux, et au bout d’un moment, je peux garantir que cela fait mal. J’ai eu du mal à me concentrer et je suais énormément. J’ai donc essayé de prier, mais j’étais distrait par l’environnement, les fidèles…Il faut faire une prière par marche. Je ne savais pas qu’il existait des invocations spéciales par marche, comme je l’ai découvert aujourd’hui…

Au sommet, derrière une vitre et une grille, une icône du Christ qui aurait été  peinte par Saint Luc et retouchée par un ange, image dite « acheiropoïète » (αχειροποίητα) c’est à dire « non faite de la main d’un homme ». L’icône est incrustée dans une forme de retable d’or et d’argent. Je ne sais pas quelles sont les autres reliques conservées dans cette chapelle Saint Laurent, interdite aux femmes, et protégée par de lourdes portes de bronze du IVe siècle, dont les pères passionnistes ont la garde. Malgré l’insidieux doute sur la nature angélique de l’icône, j’ai continué mes prières devant les grilles de fer, au sommet de la Santa Scala, après avoir baisé par une petite ouverture le marbre de l’Escalier. Là, je fus bouleversé par la piété humble et populaire manifestée par les croyants. De nombreux croyants restaient longtemps sur chaque marche, prostrés ou les bras ouverts, invoquant Dieu ou le Christ. J’ai prié pour les gens en souffrance que je connais. Mais en redescendant par les flancs de l’escalier, je ne pus m’empêcher de penser que je n’avais pas été sincère dans mes prières à cause de ce lieu insolite. J’ai donc décidé d’y retourner le lendemain, lundi et j’ai prié le plus sincèrement que j’ai pu, pour les autres et pour moi sur l’escalier et devant la Sancta sanctorum. J’ai obtenu deux indulgences partielles pour mes pêchés !

Toutes les reliques vues à Rome constituent un défi à ma foi. Je considère le message du Christ comme central, le reste ne relevant que du folklore. Depuis quelques années, je me méfie de la mariolâtrie du catholicisme, et plus encore des reliques, quant au pouvoir de médiation qu’elles représentent, et de leur authenticité. Pourtant, ce culte des saints, des « parfaits » fait partie indubitablement de la catholicité et de sa tradition. Et la Tradition est centrale dans le dogme catholique. C’est d’ailleurs un gage de légitimité tout autant que de fragilité. On ne peut se fier qu’à la sola scriptura telle que théorisée par les réformateurs. C’est d’ailleurs le problème des textes : on les interprètes comme bon nous semble. Il nous faut pourtant une nécessaire réflexion sur ces textes, des orientations, des questionnements, des confrontations, des expériences. Tout cela est présent par les textes des docteurs de l’Eglise… Rome est au coeur de la tradition de l’Eglise par le symbole et par les faits historiques. Centre d’un Empire, la ville est devenue le centre de la chrétienté occidentale jusqu’à la Réforme, et bien au-delà.

  • Ruines d’une splendeur passée

Quand j’ai quitté Rome, il y a 10 ans, j’avais en bouche cette phrase « on y est écrasé par l’histoire ». Pas seulement celle de l’Eglise, mais celle de l’Empire romain dans son entier. Bien sûr, il ne faudrait oublier les autres « centres » de l’Empire : Athènes, Alexandrie, Antioche, Constantinople ensuite… Pas faux. Comme à Florence, il m’a été difficile d’envisager l’ensemble des hommes qui s’illustrèrent à Rome et passèrent à la postérité par les écrits des historiens latins et grecs…

Par mégarde, j’ai oublié le guide archéologique de Rome de Filippo Coarelli. Je n’ai donc pas pu interpréter correctement tous les monuments que j’ai vus. J’ai du effectuer des recherches a posteriori…

Le Forum romain

J’ai déjà décrit la prise de contact avec le forum romain lors de mon arrivée de Florence. Chaque jour, j’allais depuis le Campidoglio, de part et d’autre du Tabularium et du palais du sénat romain contempler les ruines de ce qui fut le centre de la Cité La perspective allant jusqu’au Colisée est sublime. Je ne m’en lasse pas. Un soir, je me suis même retrouvé seul, alors que la nuit grandissait devant l’arc de Septime-Sévère entouré de la prison Mamertine et de la Curie. Les ruines du Forum romain ne sont pas illuminées la nuit. J’étais donc là, au milieu des ténèbres à tenter d’envisager l’héritage que nous en avons reçu et qu’il est impossible de recenser, tellement le leg est important et ancré en nous.

Je me demande si cela intéresse vraiment les touristes de voir quelques colonnes debout quand on n’en connait ni l’histoire ni la fonction. Le temple de Vénus, le forum d’Auguste… Que voient-ils au delà de l’explication des guides que des colonnes debout avec un ou deux bas-reliefs, et des briques ?

La nuit, le coeur de la Rome antique demeure dans les ténèbres. Comme un écho à la sagesse des Anciens oubliée du monde moderne.

Depuis les deux points de vue de part et d’autre du Palais du Sénat, on a une excellente vue sur le Forum…

Au pied du Tabularium, les restes du portiques des dieux conseillers. La colonnade du temple de Saturne est surmontée d’une inscription toujours visible. Un peu plus loin, trois colonnes rappellent l’emplacement du temple de Castor et Pollux. La colonne de Phocas, est le dernier monument construit sur le forum par le pape Boniface IV en 608 , en remerciement pour la donation que fit l’empereur byzantin Phocas du Panthéon au pape. La colonne est bâtie sur la tribune des Rostres.

Basilique de Maxence

Il subsiste les ruines de plusieurs basiliques, Emilia, Sempronia, julienne et plus loin vers le Temple de Vénus, la monumentale basilique de Maxence et Constantin. On peut encore y voir le plafond à caissons sculpté dans les voûtes.

Temple de Mars Ultor

Le Forum d’Auguste m’a impressionné, puisqu’on peut deviner l’ensemble de l’architecture du temple de Mars Ultor au centre du forum. On peut y voir l’emplacement de l’autel, sur les marches menant au podium. Les colonnes corinthiennes subsistantes donnent un aperçu de la monumentalité du temple.

Du Forum de Nerva, ou Forum Transitorium, commencé sous les Flaviens et inauguré par Nerva, ne nous est parvenu qu’une portion de mur encadrée par deux colonnes corinthiennes. L’attique conserve une très jolie représentation de Minerve.

Le champ de mars se rappelle à notre bon souvenir dans le Vieux Rome. Le théâtre de Marcellus dédié au neveu d’Auguste et le portique d’Octavie (soeur d’Auguste et mère de Marcellus) peuvent être vus de très près. Les arches du théâtre sont surmontées d’un bâtiment, d’apparence commune, mais qui abrite en fait un magnifique palais. Il s’agit du premier théâtre en pierre construit à Rome, et du premier théâtre non adossé à une colline comme le faisaient les Grecs, à Epidaure par exemple.

Le Pantheon, est l’édifice romain le mieux conservé de la ville, sa reconversion en église l’a sauvé de la destruction.  L’édifice construit sur ordre d’Agrippa, a été profondément modifié à  l’époque d’Hadrien. La coupole date de ce règne.  Le culte est encore célébré de nos jours. Le premier jour, j’ai voulu y entrer mais ne sortaient du bâtiment que l’odeur de l’encens et la voix lointaine d’un cardinal. Les touristes rouspétaient.

J’ai pu visiter l’édifice le surlendemain.  La coupole percé d’un oculus fait plus de 40 mètres de diamètre, à peine plus petite que le dôme de Santa Maria dei Fiori à Florence. L’intérieur est vaste, et il subsiste encore beaucoup d’éléments du décor originel, y compris le dallage de marbre. Les frontons au-dessus des niches ont inspirés tous les architectes depuis la Renaissance. . Les métaux précieux ont été volés, de même que les portes en bronze, Le sol est convexe : il descend vers l’extérieur, vraisemblablement pour évacuer l’eau de pluie qui tombe par l’oculus. La coupole aurait fait office de cadran solaire.

En tant que panthéon, on peut y trouver les tombes de Victor Emmanuel II, premier roi d’Italie, de son fils Humbert Ier et de sa femme Marguerite de Savoie. Raphaël y est aussi inhumé !

Bien que l’édifice soit une église, le touriste lambda ne respectait ni le silence, ni la décence. Les gardes à l’entrée de l’édifice ont renoncé, semble-t-il depuis longtemps à faire respecter les consignes. J’aime le panthéon : il incarne vraiment ce qu’est Rome : une ville au passé antique prestigieux, dont l’Eglise est l’héritière.

Arc de Constantin - détail

Les arcs de triomphe sont de véritables instruments de propagande à la gloire de l’empereur. L’arc de Septime Sévère est érigé pour célébrer la victoire des Sévères sur les Parthes en 203. Il est Constitué de 3 arches et de reliefs  mettant en scène l’empereur et ses fils. Certains ont vu dans ces bas-reliefs le début de la « décadence artistique » et de la décadence tout court de Rome. En vérité, si on va voir près du Corso la colonne de Marc-Aurèle, on s’apercevra que la supposée décadence artistique  (dont on discute encore) avait touché l’Empire dès le IIe siècle. Il s’agit plutôt d’un changement esthétique du relief romain où l’on passe d’une réalité des traits d’une personne à une idéalisation de l’homme lui même. La confusion des scènes et des figures est certes évidente sur les frises de l’arc de Septime Sévère,  il est certes probable que le savoir faire des Romains a pu pâtir des épidémies de peste sous le règne de Marc Aurèle. D’autre part, l’Arc de Constantin, postérieur de 150 ans est plus « réaliste ». Il est vrai que Constantin a piqué un peu de partout les idées : l’architecture de l’arc de Septime Sévère, des statues de monuments réalisés sous Trajan à la gloire de son triomphe sur les Daces. Sur l’arc de Constantin, il y a de beaux bas-reliefs d’époque sur le bas de l’édifice a été pieusement conservé puisque l’Empereur jouit de l’aura du premier empereur chrétien. Les remplois se déploient sur les registres supérieurs, au-dessus de l’arche principale. Il y a cette fameuse frise de Constantin s’adressant aux Romains, où l’on voit la cour impériale représentée de face, et non plus de profil ou de trois quart face comme sur l’arc de Titus.

L’arc fut construit pour commémorer la victoire des Flaviens (Vespasien et Titus) lors du siège de Jérusalem, et la destruction du grand temple. Sous l’arche, deux bas-reliefs commémorent le saccage du temple, et le triomphe de Titus sur un quadrige. Inauguré sous Domitien, la voute de l’arche est aussi sculptée de caissons…

Colisée

J’épargne le Colisée,  édifice proprement colossal, dépouillé aujourd’hui de ses statues, à moitié mutilé, dont j’ai fait le tour bouche bée. L’intérieur n’est intéressant que si on a un livre expliquant le fonctionnement des coulisses. Mussolini l’utilisa pour sa propagande fasciste, en se réclamant l’héritier de la grandeur romaine. D’où la construction de cette fameuse via Fori Imperiali entre les forums impériaux et le forum romain, artère maudite par beaucoup d’archéologues.

Colonne de Trajan

La colonne Trajane est ce qui demeure de mieux en terme de propagande militaire. Une colonne où s’enroule une frise commémorant les exploits de Trajan en Dacie. Le socle de la colonne monumental laisse voir une inscription de dédicace, endommagée sur la dernière phrase. La colonne n’est pas au niveau du sol habituellement. Il faut peut-être y voir un lien avec la phrase de dédicace endommagée :

AD·DECLARANDVM·QVANTAE·ALTITVDINIS
MONS·ET·LOCVS·TANT[IS·OPER]IBVS·SIT·EGESTVS

Le pied de la  colline aurait donc été excavé pour construire le forum de Trajan. Le piédestal est superbe, avec ses trophées.

Colonne trajane socle

Le fût et sa frise sont d’une finesse et d’un réalisme manifestant l’excellence de la sculpture romaine malgré le manque de profondeur du support. L’exaltation de l’armée et de l’Empereur ont été tant de fois admirés. Il n’est cependant pas facile d’observer les scènes au sommet de la colonne si on ne dispose pas d’une paire de jumelles. La colonne était bâtie à l’origine dans une cour étroite entre la Basilique Ulpia et le temple de Trajan à la colonne de Trajan. La colonne de Marc-Aurèle sur la piazza colonna proche du Corso et du palazzo Chigi, le siège de la présidence du Conseil. Construite par Commode, la colonne avait à l’origine un piédestal plus imposant. Quant à la frise, commémorant les faits de Marc-Aurèle contre les Quades et Marcomans, elle semble désordonnée, avec des amas de figures conférant à l’ensemble une impression de fouillis incohérent. Toutefois, il y a bien cohérence, mais le style de sculpture, diffère de celui de la colonne trajane, d’inspiration naturaliste hellenistique. On retrouve ce style figuratif sur l’arc de Septime Sévère. Les visages sont expressifs et on tente de les représenter de face ou de trois-quart face ; les reliefs sont davantage accentués faisant ressortir les plis de vêtements, les visages…. Le thème de la guerre est ici représenté dans toute sa cruauté. On ne célèbre pas seulement les vertus de l’Empereur, on veut s’efforcer de montrer qu’une guerre est sanglante par nature.

Colonne de Marc Aurèle

L’ara pacis augustae est conservé dans un beau bâtiment moderne,  aux larges baies vitrées. L’entrée est onéreuse, mais le monument est magnifique. cet autel de la paie, est orné de guirlandes et de motifs floraux finement sculptés, de bas-reliefs montrant Auguste en procession avec Agrippa et des dignitaires de l’Empire. D’autres épisodes sont montrés liés aux origines romaines mettant en scène Enée, et les Lupercales. Il s’agissait pour Auguste de montrer sa piété envers les origines de la Ville. A l’extérieux du bâtiment, un mur reprend les Res Gestae Divi Augusti, (les actes du Divins Auguste) le testament politique d’Auguste où il retrace son parcours depuis l’assassinat de César. Il se montre en restaurateur de la République alors que dans les faits, il cumule charges et honneurs faisant de lui le maître de Rome. des tables de bronze à l’entrée du mausolée d’Auguste reprenaient le texte…

  • De la Villa Borghese aux musées capitolins

J’ai eu la chance de pouvoir visiter les collections de la Villa Borghese… La Villa se trouve au fond de ce grand parc qui correspond aux antiques jardins de Salluste, au Nord Est de Rome. Il faut un bon quart d’heure depuis la Porta Pinciana à pied pour rallier la villa. On traverse un joli parc constitué de pins et de fontaines.  L’édifice en impose. Une villa d’Eté certes, mais une villa quan même ! La décoration est d’un luxe inoüi. Chaque pièce renferme un chef d’oeuvre de la sculpture au rez de chaussée, ou de la peinture au premier étage. Toutefois, chronologiquement, on ne trouve pas d’oeuvres significatives ultérieures au XVII siècle si ce n’est cette Vénus du sculpteur Canova sous les traits de Pauline Bonaparte. La villa renferme des sculptures du Bernin, parmi les plus connues, le rapt de Proserpine est une oeuvre de jeunesse. Les formes, la cheveleure de Proserpine, la barbe de Pluton, Cerbère, tout est si beau et si parfait… Les doigts du dieu des Enfers s’enfoncent dans la chair de la cuisse de la malheureuse Proserpine… Inscrire le mouvement dans la pierre et lui donner une âme par une quasi incarnation, voilà le génie de la sculpture. Une partie de la collection Borghese est au Louvre à Paris. Napoléon avait en effet acheté au Prince Camille Borghese, marié à sa soeur Pauline, une partie des collections de la famille.

Enée et Anchise et Ascagne sont aussi représentés comme les trois âges de l’humanité : Enée, marchant, tête basse, dans toute sa force virile supporte le vieil Anchise, le regard fixé vers l’horizon devant lui. Ascagne, enfant, regarde, protégé par les jambes d’Enée, devant lui avec inquiétude… La fuite de Troie conduit sur des chemins périlleux.Apollon et Daphné est une oeuvre plus « aérienne » et optimiste, mais d’une grande virtuosité dans le maniement du burin.

Le Second étage recèle de peintures : Cranach le jeune, Corrège, Véronèse, Lanfranco, Raphaël et sa Fornarina (sous verre au-dessus d’une porte !), Cortona, Barocci, et l’inévitable Caravage Saint Jérôme travaillant (sublime), un portrait de jeune homme, la Madonna Palefrenieri… Toutes les toiles sont dignes d’intérêt. Trois autoportraits du Bernin nous le montrent à différents âges. Gian Lorenzo avait un bon coup de pinceau ! Les intérieurs du premier étage sont moins imposants que ceux du rez-de-chaussée. On emprunte un interminable escalier en colimaçon pour le rejoindre.

Je suis resté deux heures dans la galleria. De toute façon, la visite est limitée à ce délais pour ne pas trop faire souffrir l’édifice et les oeuvres. Certaines pièces seraient trop exigües pour un afflux de curieux. Après cette visite, j’ai rejoins à pieds le Campidoglio pour visiter les musées capitolins. L’entrée coûte 12 euro, mais la richesse des collections semble infinie et surtout inestimable tant elle renferme d’oeuvres célèbres, au symbolisme puissant…

On visite d’abord le palais des conservateurs.  On grimpe au premier étage par un grand escalier. plusieurs salles remplies de sculptures romaines dans le cadre d’une exposition dont je ne me rappelle plus le sujet. Mais de part et d’autre d’une grande salle, on trouve deux monuments  l’un est consacré à Urbain VIII et serait l’oeuvre du Bernin. Le plafond à caissons vernis… Peut-être une salle de réception ou de prise de décisions pour la municipalité romaine… La salle d’à coté renferme d’un ancêtre de Marcus Junius Brutus en bronze, hypnotisante par son réalisme et ses yeux, miraculeusement conservés. Dans l’ancienne salle de la louve, jouxtant cette pièce, on peut trouver les fragments des fastes consulaires retrouvés sur le Foro romano. Quelle émotion de lire le noms des consuls  et des généraux triomphants qui se sont succédés des débuts de la République à l’époque d’Auguste ! J’ai pu lire très lisiblement les noms, et toucher ces pierres qui me rattachent au passé de l’Urbs. La pierre conserve mieux le nom des disparus que la mémoire humaine défaillante On trouve aussi un fameux portrait d’Alcibiade et un autre de Socrate. La louve capitoline a été transférée dans « l’Exèdre », la grande salle du musée d’architecture contemporaine… A côté de cette salle de la louve, deux ou trois pièces exposent des céramiques grecques de diverses cités : Corinthe, Rhodes.. Un long couloir mène à l’Exèdre et longe la salle. Dans ce couloir, on y trouve un fameux buste de Commode en Hercule avec la peau du  lion de Némée sur ses épaules, et la massue dans une main. D’autres sculptures de divinités graciles se trouvent dans ce couloir.

Musées Capitolins

L'Exèdre

L’exèdre est la pièce maitresse du musée. De construction contemporaine, e elle regroupe la statue équestre originale de Marc Aurèle, les fragments d’une statue monumentale de Constantin en bronze, la louve capitoline et un hercule en bronze doré venant du forum boarium. Voilà donc le coeur du musée, et le coeur de Rome, puisqu’à quelques mètres on peut toucher, et faire le tour du mur du podium de ce qui fut le temple de Jupiter Capitolin, où les généraux et les empereurs triomphants venaient rendre grâce au roi des dieux ainsi qu’à Minerve et à Junon.

La Louve

Il est très émouvant de voir le symbole universel de la louve, attaché si intimement au passé prestigieux de la ville, celle de Marc Aurèle, empereur philosophe et virtueux, et, en face des restes de la statue de Constantin l’empereur qui favorisa le christianisme. Trois manifestations différentes de la grandeur de Romaine.  Il est difficile de quitter cette salle, tant les symnboles y sont présents. J’y ai contemplé longuement toutes ces oeuvres. On pourrait rester une semaine dans ce musée sans se lasser, A côté des restes du temple de Jupiter, des reconstitutions en image couplées à des artefacts retracent la naissance de Rome sur le Capitole. Le temple est véritablement au centre historique de la ville. Le Palatin étant son coeur symbolique avec le Lupercale puis les palais des empereurs.

Plusieurs salles contigües à l’Exèdre exposent des statues de caryatides malicieuses, de tombeaux, de héros mythologiques, de bustes féminins et de fontaines immenses…

Une salle consacrée au Moyen Age accueille une statue très intéressante de Charles Ier d’Anjou, assis, roi de Sicile et de Naples, frère de Louis IX de France, par Arnalfo di Cambio. La statue est contemporaine du règne de Charles.

On monte au second étage du palais, pour visiter la pinacothèque. J’ai moins apprécié la pinacothèque du musée que la galleria Borghese, sans doute par rapport à mes goûts artistiques, et, il faut l’avouer, à pas mal de toiles qui mériteraient une bonne restauration tant on a de peine à discerner une nuance chromatique Je pense à la salle consacrée à Cortona. Néanmoins, il y a quelques toiles superbes de Caravage, encore ! Il me suit depuis Florence ! Lesdites oeuvres sont La Bonne aventure et Saint Jean-Baptiste. La première détonne dans l’oeuvre du Caravage puisqu’on n’y retrouve pas ce fond noir qui préside à tant de ses oeuvres. Le sujet, est assez dans l’air du temps. Je trouve dans le coloris et le thème abordé des similitudes avec la peinture espagnole du XVIIe siècle (Murillo). On trouve aussi des Lanfranco, des Guerchin dont un immense tableau sur l’enterrement de  Sainte Petronille, peut-être l’un des plus grands que j’ai jamais vu. On y trouve aussi un Van Dyck, un autoportrait de Velasquez,  A côté des salles de peinture, une longue pièce expose dans ses vitrines des porcelaines…

On descend au rez-de-chaussée par l’escalier emprunté auparavant. Il a fallu que je sois vraiment distrait pour n’avoir pas remarqué les reliefs de Marc Aurèle ! un pur chef d’oeuvre de sculpture mettant en valeur l’empereur philosophe, encore une fois !  Marc Aurèle sacrifiant à Jupiter au temple capitolin, Marc Aurèle distribuant de la nourriture aux enfants…

Tabularium

le Tabularium

On accède aux autres parties du musée par les fondation du palais du Sénat, c’est-à-dire les restes du Tabularium, les archives d’Etat de la République puis de l’Empire où étaient conservés lois et décrets, . On entre aux enfers. Une très riche collection numismatique, bien expliquée s’offre au visiteur sous le palais. Plusieurs thèmes sont abordés : les métiers, l’armée, la religion… Au milieu du couloir, on peut bifurquer dans un couloirs qui traversent les fondations… Certaines portions s’enfoncent profondément, on peine à voir le fond ! de part et d’autre de cet autre couloir, des inscriptions, des statues mutilées et les restes de frises de frontons du temple de la Paix et du temple de Vespasien. Au bout du couloir, une vue inédite s’offre sur le forum romain, sans doute la plus belle possible… En retournant sur ses pas, et en arrivant au palazzo nuovo de l’autre coté de la place du Campidoglio par ces souterrains, on peut admirer sur deux étages une collections d’inscriptions et de statues prodigieuse. Je n’ai jamais vu autant de statues réunies de ma vie. Une salle est dédiée aux bustes des empereurs, bustes d’origine ou copies. Celui d’Auguste n’est pas le plus beau. Parmi ceux là notons celui d’Heliogabale, de Caracalla jeune, de Marc Aurèle jeune, de Tibère, de Gordien, d’Antonin… La pièce attenante est consacrée aux philosophes grecs et romains, des plus connus aux plus discrets… Les salles attenantes recèlent des trésors : Il s’agit pour la plupart de copies romaines de statues hellenistiques, mais ces copies à défaut des originales les ont remplacées. On trouve le Gladiateur blessé, Amour et Psyché s’embrassant, une  sublime copie de l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle, une Artemis d’Ephèse et tant d’autres beautés…

Palazzo nuovo

Salons du Palazzo nuovo

Je suis sorti abasourdi, enivré de marbres et de bronze… Dans la cour du Palais des Conservateurs, en guise de dessert, j’ai pu contempler les restes de la statue colossale de Néron dont il reste des fragments. J’aurais pu restee des jours dans le musée. Je n’y ai passé que trois heures, mais trois heures mémorables.

Et lorsqu’on sort du musée, nous voici de retour sur la plus belle place de l’univers, entre l’Arx dominée par Santa Maria Aracoeli, et les débris du temple de Jupiter.

  • Impressions diverses

L’une des caractéristiques les plus frappantes de Rome sont la multiplicité des fontaines. Je ne sais pas d’où provient l’eau, peut-être d’anciennes canalisations, enfouies sous terre, mais elle arrive toujours fraîche et douce. Lors des fortes chaleurs, la vue d’une fontaine est toujours vue comme salutaire. Elle est surtout gratuite et abondante ce qui est tout à l’honneur de la ville….

Si Florence m’a paru très proprette et bichonnée, Rome semble plus crasse et moins intentionnée sur ses façades. C’est d’ailleurs l’un des charmes de la ville. Au bout d’un certain nombre d’années, les enduits ocrés des façades fatiguent. Les murs, se parent alors d’une beauté liée à leur vetusté.

Le centre de la ville est hélas déserté pendant l’Eté. Les touristes se pressent aux endroits habituels, mais il est encore possible de trouver des lieux de calme en pleine saison touristique. J’ai pu aussi constaté que le centre de Rome n’est pas ou plus, populaire, mais nanti comme chez nous de classes aisées, ou moyennes élevées. Mais Rome n’est pas une ville d’affaire, c’est une ville administrative.

J’ai été étonné de voir que les marchands ambulants de babioles et  les tenanciers de snacks, sont pour une majorité issus du sous-continent indien. J’ignore d’où viennent ces gens. En revanche, beaucoup sont catholiques. S’agit-il des Chrétiens de Saint-Thomas de la côte de Malabar ? A Paris, les marchands ambulants viennet d’Afrique… A Florence aussi.

Du coté de Termini, un quartier entier est constitué d’hôtels avec aux rez-de-chaussée des pizzerias et des marchands de souvenirs. On ne trouvera pas de petite épicerie ou de libraires. D’ailleurs, les épiciers ont déserté le centre historique au profit de la périphérie. On trouvera des supérettes de type Spar et Carrefour market. Tous les centre-villes d’Europe souffrent de cette déperdition des commerces de proximité : les merceries et les drogueries sont remplacées par des vendeurs de colifichets et de t-shirs de mauvais goût. En revanche, on trouve encore des librairies intéressantes et des marchands d’estampes. Le seul problème vient que les prix ne sont pas affichés en vitrine.

Le nombre de congrégations religieuses et de monastère est proportionnel à l’importance de Rome pour l’Eglise catholique. Il est difficile de ne pas croiser une bonne soeur ou un curé en col romain. Lors de mon prochain voyage à Rome, j’essaierai de coucher dans un de ces monastères. Nous, Français, pouvons bénéficier de l’hospitalité à la Sainte Trinité des Monts. Il faut certes justifier un pèlerinage, mais après tout, même en allant sur les ruines du Palatin, on fait pèlerinage…culturel !

La France, outre son patrimoine architectural, est ominiprésente à Rome : l’Ecole française de Rome, l’Académie nationale de France et la Villa Médicis, sont des institutions appréciées des intellectuels romains. Les Français qui ont honorés l’Italie ont aussi droit à leur buste ou à leur musée. Chateaubriand a son buste entre la Trinité des Monts et la Villa Médicis. Napoléon a un buste au Pincio et un musée près du Palazzo Altemps sur les bords du Tibre. Les Bonaparte ont marqué la ville. Pauline Bonaparte a été immortalisée en Venus Victrix par Canova. Venus s’expose à la galleria Borghese. Pauline est enterrée à Sainte Marie Majeure dans la chapelle Borghese…

Je n’ai pas mangé beaucoup mangé italien, car chez mes parents on mange FORCEMENT italien. La tradition culinaire de la famille vient de nos ancêtres napolitains, du coté de ma mère. Pizzas, cannellonis,raviolis et pâtes à toutes les sauces, j’en mange bien assez ! J’avoue m’être mal nourri pendant mon voyage, j’aurais peut être du ne pas engloutir tous ces gâteaux Mulino Bianco. J’ai ramené une bouteille de Limoncello et de la bière Moretti qui ne vaut certes pas la bière belge mais qui se boit malgré son amertume.

La lumière au soleil couchant est sublime. Depuis le belvédère du Pincio, on peut voir au Sud toute la ville foisonnante de coupoles roussir, Les drapeaux du Palais du Quirinal flottent fièrement, des rayons de soleil semblent pétrifier les bosquets de pins sur les hauteurs du Monte Mario…

Je finis ce texte ici. Il est exagérément long, et de surcroit mal écrit. J’ai mis plus de dix jours à poser des caractères. Beaucoup ont mieux écrit que moi sur la ville, riche, tant en mots qu’en paroles, des plus humbles prières aux édifices grandioses. Les superlatifs manquent pour décrire ses monuments. On peine à trouver les mots justes pour décrire ses détails les plus humbles, et les plus touchants. A Rome, on ne doit pas nécessairement écrire, mais on doit obligatoirement ressentir. Comme Stendhal, je pense que l’Italie est une terre de sentiments, c’est ce qui la rend si attachante et si chère à mon coeur. Plus que le sang qui coule dans mes veines, j’ai ressenti sur ses terres illustres que je m’y accomplissais en tant qu’Homme pétri d’histoire, d’art, et de foi.

Villa Médicis

Villa Médicis au couchant

Une réflexion sur “Impressions romaines

  1. Quel plaisir de lire tout ça! J’avais l’impression d’y être. Malgré mes nombreux voyages, il y a encore des monuments (religieux) dont tu parles et que je ne connais pas.

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