La bigoterie en vadrouille

J’étais à Paris la semaine dernière. Il faisait un temps superbe, et Paris sous le Soleil c’est toujours magnifique. J’ai alterné mes journées entre très longues promenades et séances de travail à la Bibliothèque nationale sous les ors impressionnants de la Galerie Mazarine, et, nouveauté, à la bibliothèque de la prestigieuse Faculté de médecine de Paris.

Mais ce qui m’a à la fois amusé et atterré, c’est le dernier jour lorsque je suis parti de mon hôtel, près de la Porte d’Orléans, un samedi. Il était environ 9 heures et mon but était de rallier le jardin du Luxembourg. Je pris les grands boulevards depuis ladite porte, lorsqu’à Alésia, je tombe sur des affiches vantant les mérites du pélerinage de Chartres, tombant exactement pendant ce week end de Pentecôte… Plus loin, devant l’église, je tombe nez à nez avec des personnes en gilet orange et fanions, mais ce qui m’a mis interpellé, fut un détail en apparence insignifiant : les chaussures ! Des chaussures bâteaux, signe distinctif d’une part de la population que nous connaissons bien à Lyon : la cathocratie, ou bourgeoisie catholique. Cependant on aurait tort de réduire les traditionalistes à cette frange aisée de la population. En tout cas,  je fis immédiatemment le lien avec les affiches, et je me suis dit « ça sent le roussi ». Il est aisé de deviner que depuis Notre-Dame, un cortège qui se rend à Chartres doit passer par une des portes du Sud de la ville.

Mon intuition a vu juste. Je vois à un moment, arriver à une allure soutenue un cortège mené par une croix, et une vierge soutenue par des personnes d’allure bien mise (pourquoi portent-ils tous des chechs ?). Puis pendant 20 minutes, alors que je remontais le boulevard vers le Nord, en passant par Denfert-Rochereau, ce ne fut que chants français ou latins, oriflammes de saints, de la croix du royaume de Jérusalem,  mégaphones hurlant aux pèlerins de réfléchir sur « le sens du rosaire », curés en soutanes, et même en chasuble lisant la Bible, encadrant des groupes de scouts, bonnes soeurs hystériques ; et pèlerins d’apparence tout à fait anodine, mais intégristes sans aucun doute.

Beaucoup d’étrangers étaient présents, Allemands, Autrichiens, Américains, Irlandais, Espagnols, Italiens… Quant aux Français, il y avait beaucoup de pèlerins d’Ile-de-France, et de Bretagne, peu des autres régions… Ce pèlerinage est donc surtout, à ce que j’ai vu, celui des traditionalistes catholiques du Bassin parisien.

En triant mes photos de Paris, je suis tombé sur un cliché que j’ai pris qui m’a fait bien rire : celui-ci.

A la gauche du groupe de jeannettes, on peut voir une plaque sur le mur du bâtiment, dédiée à Chateaubriand, l’auteur du Génie du christianisme. Les personnes qui sont passées devant ce bâtiment sont loin d’illustrer les propos de Chateaubriand, et si Chateaubriand ils admirent, c’est davantage Alphonse que François-René !

Dimanche soir, de retour à Lyon, je discutais avec une connaissance de cette rencontre inédite pour moi à Paris, puis nous sommes arrivés au constat que le poids des traditionalistes dans l’Eglise catholique devenait de plus en plus important, et de plus en plus pesant à un nombre croissant de fidèles qui, eux, ne sont pas attachés au rite tridentin et au latin. Ces gens là ne doutent jamais et s’imposent progressivement aux fidèles sans forcément être désirés. Ce fut le cas il n’y a pas très longtemps, à Saint Pothin dans le 6e. Souhaitons que l’Eglise soit plus progressiste et impose définitivement les décisions du concile Vatican II.  Hélas, on s’aperçoit au recrutement des séminaristes que les prêtres proviennent de plus en plus de ces milieux rétrogrades et cela m’inquiète de voir que l’Eglise catholique puisse devenir davantage une secte repliée sur elle même qu’une Eglise inspirée par l’Esprit saint, mais aussi par l’Esprit des Lumières…

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5 réflexions sur “La bigoterie en vadrouille

  1. Le problème, c’est que l’Esprit Saint et l’Esprit des Lumières sont incompatibles. C’est mal connaître l’un et l’autre que de croire autre chose. Ou suivre d’autres buts. Musset l’avait bien compris qui, dans « la Confession d’un enfant du siècle » (toute la première partie est un chef d’oeuvre) écrivit ceci :
    « Les antagonistes du Christ ont donc dit au pauvre : Tu prends patience jusqu’au jour de justice, il n’y a point de justice ; tu attends la vie éternelle pour y réclamer ta vengeance, il n’y a point de vie éternelle ; tu amasses dans un flacon tes larmes et celles de ta famille, les cris de tes enfants et les sanglots de ta femme, pour les porter au pied de Dieu à l’heure de ta mort ; il n’y a point de Dieu.
    Alors il est certain que le pauvre a séché ses larmes, qu’il a dit à sa femme de se taire, à ses enfants de venir avec lui, et qu’il s’est redressé sur la glèbe avec la force d’un taureau. Il a dit au riche : Toi qui m’opprimes, tu n’es qu’un homme ; et au prêtre : Tu en as menti, toi qui m’as consolé. C’était justement là ce que voulaient les antagonistes du Christ. Peut-être croyaient-ils faire ainsi le bonheur des hommes, en envoyant le pauvre à la conquête de la liberté. Mais si le pauvre, ayant bien compris une fois que les prêtres le trompent, que les riches le dérobent, que tous les hommes ont les mêmes droits, que tous les biens sont de ce monde, et que sa misère est impie ; si le pauvre, croyant à lui et à ses deux bras pour toute croyance, s’est dit un beau jour : Guerre au riche ! à moi aussi la jouissance ici-bas, puisque le ciel est vide ! à moi et à tous, puisque tous sont égaux ! ô raisonneurs sublimes qui l’avez mené là, que lui direz-vous s’il est vaincu ? »

    Et puis au juste, avec un peu de retard, excellent anniversaire. trente ans, ce n’est pas rien.

    • Compatibles et incompatibles, le surnaturel est difficilement compatible au rationnel, pourtant, « foi et raison », n’est-ce pas le titre d’une encyclique de Jean-Paul II sortie en 1998 ? La raison, double tranchant pour le religion. De Thomas d’Aquin à aujourd’hui, de Pascal à Ricoeur, de Bossuet à Lubac théologiens et philosophes ont tenté de concilier les deux, et d’évacuer toute piété superstitieuse vers une foie intériorisé, intellectualisée, qui se veut aujourd’hui ouverte et éclairée. J’ai toujours pensé que Vatican II pouvait être en quelque sorte, la validation et l’assimilation de la raison par la foi, mais non cela n’a servi à rien si j’en crois ces personnes allant à Chartres : rejet de Rerum Novarum de Léon XIII et de manière générale de la doctrine sociale de l’Eglise, rejet de Gaudium et Spes par les Lefebvristes alors que celui-ci a signé le document avant de les rejetter.

      Dans l’Eglise aujourd’hui, les réformateurs ont échoué face aux traditionalistes… Et pourtant.

      « Fides et ratio binæ quasi pennæ videntur quibus veritatis ad contemplationem hominis attollitur animus.»

      « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité.»

  2. Mais c’est à l’individu de faire cette synthèse entre foi et raison. Vous ne pourrez jamais obtenir d’une institution qu’elle y parvienne, à moins de disparaître in fine. C’est du moins ce que je retiens en observant, de loin, cette affaire.

    • Je ne pense pas qu’elle disparaitra, du moins dans l’immédiat. Elle deviendra résiduelle en Europe, mais sera, à mon sens, toujours vigoureuse en dehors du Vieux Continent car nos schémas progressistes peine à fonctionner au-delà de nos frontières, puisque l’Eglise s’appuie majoritairement sur des sociétés dites traditionnelles, où le « désenchantement du monde » pour reprendre Gauchet, n’est point opérant… Mais c’est là anticipation, qui peut prédire l’avenir ?

  3. Ah! les chaussures bateaux! J’en aurais à dire là dessus, de par mes fréquentations de travail. Ce que je crains, effectivement, c’est que l’on ne nous mène rapidement, au sein de l’Église catholique, sur un rafiot qui ne plaît guère!

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