Une fronde contre Facebook

Je lis ici ou de sévères mises en garde contre Facebook.
En cause, les données personnelles divulguées par ses utilisateurs sur le plus important réseau social au monde. Il existe certes des paramètres visant à restreindre l’accès aux informations personnelles selon les utilisateurs que l’on met en « amis ». Depuis 2005, la « politique de confidentialité » de Facebook a changé vers de moins en moins de confidentialité et de plus en plus de droits accordés à Facebook dans le traitement et la divulgation de ces données. Au delà de Facebook, c’est une problématique beaucoup plus large qui est en jeu, la protection de la vie privée sur Internet.

Mieux que les RG : les réseaux sociaux

Que ce soit pour des raisons personnelles, ou professionnelles, les réseaux sociaux cumulent un maximum de données sur nous : patronymes, sexe, âge, adresse, téléphone, courriel, loisirs, intérêts, enfants, parentèle, amis etc, tout y passe. Il faut être bien naïf pour croire que la plupart de ces réseaux sociaux ( Facebook certes, mais aussi Viadeo, Orkut, et j’en passe ) gardent confidentielles ces données. Au contraire, lorsqu’il s’agit de se faire du fric là dessus, les convoitises se font jour. L’enjeu : exploiter ces formidables fichiers d’informations pour sonder vos goûts et vous proposer, le cas échéant, des « produits » en phase avec votre profil. les RG butinent allègrement sur le site, une manne pour eux.
Sur votre page de profil Facebook, vous mettez ainsi à disposition des informations intimes, pas toujours consciemment d’ailleurs, mais en règle générale vous avez la possibilité de restreindre l’accès de ses données à d’autres utilisateurs.
L’un des pièges de Facebook est la porosité des frontières entre vie privée et vie publique, jusqu’à ne plus savoir où se situer. En clair, Facebook vous pousse a divulguer de plus en plus d’informations sur votre vie quotidienne, au travail, à la maison, vos passe-temps etc. Le tout est bien entendu à disposition de vos « amis » qui s’empresseront en bons censeurs de vous taquiner ou valider vos propos, vos opinions, vos goûts. Et si en fin de compte le danger ne venait pas de Facebook comme vaste fichier de renseignements, mais de vos « amis » qui épient sans scrupule et constamment le moindre texte que vous écrirez sur votre « mur » ? Il serait hypocrite de dire que Facebook est coupable de divulgation de vie privée sur l’espace public et supposé neutre qu’est Internet. Nous le faisons tous : nous postons commentaires et articles, photographies et vidéos personnelles, de façon anonyme ou pas, mais il suffit de mettre notre vrai nom pour que ces informations soient tracées et archivées.

Un récent sondage montrait que 17 % des recruteurs dans les entreprises françaises entreprenaient des recherches de profil sur les réseaux sociaux pour collecter des informations sur les postulants. Ce chiffre est un sondage et révèle une tendance inquiétante. Mettre un profil en accès public sur des données privées consiste donc à prendre un risque lorsqu’on postule pour un emploi, risque certes encore marginal mais qui devrait s’amplifier avec le temps. Il existe des réseaux sociaux professionnels destinés comme Viadeo, mais l’efficacité de ce genre de réseaux dans l’avancement professionnel et dans le monde du travail n’a pas encore été étudié. En règle générale, les internautes accordent plus de confiance à ce genre de sites. Dans un cadre professionnel, l’utilité e Facebook reste à démontrer, la collusion entre vie privée et vie publique paraît dangereuse, mais si on en croit certains sociologues qui ont réfléchi sur le monde du travail,  l’entreprise, par les nouvelles techniques de management, s’introduisent de plus en plus dans la vie privée de leurs employés pour les façonner à leur manière : cela passe par l’organisation de sorties collectives entre employés où on stimule leurs talents de compétiteurs, cela passe par le donc d’ordinateurs portable pour qu’ils puissent travailler chez eux, par des challenges avec (un lot à la clé ) entre employés où les membres de la famille sont avertis, ce qui met une double pression sur l’employé.  En fin de compte, les contours de plus en plus flous entre vie privée et vie publique/professionnelle suivent exactement l’évolution du web de façon générale  : une mise en scène de sa personne, de ses qualités, de ses compétences,  contrainte ou voulue, où s’emmêlent vie privée et vie publique. Désormais, pour certains recruteurs, l’identité numérique est indispensable pour obtenir un poste, d’où la nécessité de bien maîtriser non seulement le web, mais aussi la publication de ses données personnelles.

Facebook de plus en plus décrié

Lorsque j’ai commencé à utiliser Facebook en novembre 2007, les réseaux sociaux étaient balbutiants. Facebook était jeune, et avait à peine 1 an mais comptait déja environ 50 millions d’utilisateurs dans le monde. En France ce chiffre ne dépassait pas 300 000 utilisateurs. Aujourd’hui, Facebook compte 430 millions d’utilisateurs dans le monde faisant de ce logiciel le premier réseau social au monde, et le premier site internet en nombre de connexions, les critiques restaient marginales… Depuis 2009, et la volonté des fondateurs de monétiser ces données, peu de monde semble se soucier de ce délicat problème…
Les conditions d’utilisation de Facebook :

« Lorsque vous vous connectez à une application ou à un site web, elle ou il aura accès aux informations générales vous concernant. L’expression “Informations générales” désigne nom, photos de profil, sexe, identifiants d’utilisateur, connexions et contenus partagés (les vôtres et ceux de vos amis) avec le paramètre de confidentialité “Tout le monde”.

 » Nous pouvons communiquer les informations concernant le lieu d’utilisation de votre ordinateur ou de l’appareil que vous utilisez, ainsi que votre âge, aux applications et sites Web utilisables avec Facebook de façon à leur permettre d’utiliser certaines mesures de sécurité et de contrôler la diffusion de leur contenu. Si une application ou un site Web requiert d’autres d’informations, votre autorisation sera nécessaire. »

Facebook suit donc une stratégie visant à favoriser le partage de nos informations avec des annonceurs et ses partenaires et non à aller vers plus de sécurisation des données et des informations. Selon le Wall Street Journal, il est désormais avéré que Facebook et plusieurs autres réseaux sociaux ont envoyé des données personnelles de leurs utilisateurs à des régies publicitaires. Mais Facebook l’aurait fait « involontairement » et les régies publicitaires concernées affirment n’en avoir pas fait usage, ignorant avoir été en leur possession.

Autre problème, l’apparition des boutons « I like / J’aime » sur de nombreux sites internet, grâce aux plug-ins Facebook que l’on installe sur un blog, ou une page et qui permet aux internautes de partager cette page sur Facebook, et aux auteurs/éditeurs d’accroître leur nombre de lecteurs et leur visibilité. Ces boutons ont été mis en place à la fin du mois d’avril 2010, mais il suffit que tout utilisateur ait un compte sur Facebook pour que le logiciel, fasse le lien entre vous et le clic sur le bouton « like »… Facebook vous trace, donc, et utilise au profit de ses amis annonceurs vos clics pour proposer réclames et produits…
Plus de 50 000 sites auraient déja implanté ce bouton « j’aime » et cela n’a semble-t-il pas été sans influence sur la valeur des titres Facebook cotés à Wall Street.

Début mai, des failles sur les profils ont été détectés. Il était possible à un tiers de visualiser la messagerie d’autres utilisateurs et de répondre à sa place, de même sur les requêtes d’amis.

Une schizophrénie des utilisateurs ?

Beaucoup d’utilisateurs de Facebook usent et abusent de ses fonctionnalités, et en sont accros. Pas seulement les plus jeunes ou les ados, les adultes sont aussi victime de cette forme d’addiction qui épanche un certain voyeurisme. Pourtant, beaucoup de ceux qui aujourd’hui descendent Facebook en furent les premiers utilisateurs hier. D’autres critiquent la protection des données privées mais se gardent bien de garder pour eux leurs opinions et épanchement de coeur ! Il existe bien certains irréductibles qui condamnaient hier et qui condamnent aujourd’hui. On ne peut pas définir un profil exact d’utilisateur, il y en a des millions, autant d’individus, autant d’utilisations. Un jour, un ami qui m’avait vanté Facebook me disait que quand on utilisait ce service, il fallait jouer le jeu : en d’autres termes, partager des informations sur soi sur le Réseau. Il y a évidemment une part de narcissisme à se présenter, toujours en des termes positifs sur son profil. On pourrait tout simplement répondre aux détracteurs de Facebook, de l’intérieur ou de l’extérieur qu’il n’y a pas à s’inscrire si on souhaite éviter que des données privées soient divulguées au plus grand nombre.

Pourtant, le poids et l’importance de Facebook est tel qu’il est de plus en plus difficile d’éviter de posséder un compte : pression des collègues de travail, des amis, ou de la famille. Ce constat est particulièrement vrai pour les jeunes actifs. A l’heure de la surabondance de l’information, et de la sur-médiatisation du moi, ne pas posséder un compte Facebook dès lors qu’on a un accès Internet peut apparaître particulièrement ringard chez les technophiles les plus étroits d’esprit. Au mieux, si ce choix est argumenté, cette absence de profil signifie-t-elle un acte de résistance contre la technophilie ambiante…Mais la plupart de ceux qui critiquent Facebook aujourd’hui ont été les premiers à s’en servir lorsque ce service montait en puissance. Ceux qui jadis se faisaient les prosélytes des réseaux sociaux, geeks ou autres technophiles déchantent désormais devant les possibles dangers qu’induit l’utilisation des réseaux sociaux.

L’hégémonie en ligne de mire ?

Un des rêves secrets des dirigeants de Facebook serait de devenir hégémonique sur le web, rêve partagé et ouvertement affiché par Google, qui bien que ne jouant pas dans la même cour, est vu par Facebook comme un concurrent. Google dispose lui même de son propre réseau social, Orkut, qui n’a pas eu le succès escompté en dehors du Brésil (Sic.); mais l’entreprise affirme réfléchir, aux dernières nouvelles au développement d’un réseau social performant. Si on remonte le temps, il y a un peu plus de dix ans, une autre entreprise américaine, AOL rêvait de devenir hégémonique sur le Web, et distribuait à qui mieux mieux ses CD de connexion. Car en plus d’être un fournisseur d’accès, AOL était aussi un portail de services, comme Yahoo ! aujourd’hui, mais en version payante. J’écris sur un temps où la connexion internet se faisait encore par la prise téléphonique avec un débit aussi petit qu’un ruisseau provençal au mois d’août. Mais on sait ce qui est advenu d’AOL, relégué aux oubliettes du web. Y aura-t-il une phénomène analogue avec Facebook lorsque les internautes se lasseront des réseaux sociaux ?

Derniers développements

De nombreux dirigeants, internautes et spécialistes du droit sur internet s’accordent désormais à dire qu’il existe un problème avec la protection de la vie privée sur le Web, et sur Facebook en particulier. Hier, la secrétaire d’Etat à l’Economie numérique Nathalie Kosciusko-Morizet a déclaré que les outils de contrôle des données personnelles sur Facebook étaient insuffisants, Début avril, des associations de consommateurs allemandes  appellaient à un boycott de Facebook,  la requête sur Google « supprimer un compte Facebook » aurait augmenté de 30 % ; des hackers auraient même lancés des attaques contre les codes Facebook. La grogne montante a poussé le patron de Facebook, Mark Zuckerberg a s’excuser pour les erreurs commises à propos du respect de la confidentialité d’informations sur son site et d’ajouter «Vous contrôlez la façon dont vous voulez diffuser vos informations. Nous ne transmettons pas vos informations personnelles aux personnes ou services si vous ne le souhaitez pas. Nous ne fournissons pas d’accès à vos informations personnelles aux publicitaires. Nous ne vendons pas et ne vendrons jamais une information vous concernant à qui que ce soit. Facebook restera toujours gratuit pour tous.» Beaucoup attendent des actes désormais.

Mais la fronde est généralisée. Des sites ont été crées pour contrôler la confidentialité de votre profil, d’autres prônent purement et simplement la désinscription  de Facebook. Certains font l’apologie de réseaux sociaux alternatifs comme le projet Diaspora, développé en « open source. L’incidence de cette grogne sur Internet est grande : elle incite d’autres sites à revoir leurs politiques de confidentialité.

Sur le web, nous avons des droits et des devoirs (voir le site de la CNIL), mais l’innovation sur Internet devance et devancera toujours les législations nationales et internationales en la matière, créant un appel d’air et une possible violation de nos droits pour des raisons souvent économiques. Internet est une formidable opportunité de réaliser des profits en peu de temps. Le cas Facebook a eu le mérite de révéler au public qu’une relative prudence s’imposait sur la Toile, dans ce que l’on divulgue à autrui…

Publicités

Une réflexion sur “Une fronde contre Facebook

  1. Pingback: Facebook, l’enseignant et la diffamation « (DES) ILLUSIONS

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s