Vulcain cuisine

Le panache de cendres de l'Eyjafjöll, source : NASA.

Il aura suffi d’une éruption volcanique pour déséquilibrer le commerce mondial : un exemple parmi d’autres de ce que le capitalisme n’a pas prévu dans l’étendue de son triomphe : les manifestations naturelles. Cependant il devrait s’estimer heureux : à coté du volcan Eyjafjöll, le volcan Katla juste à coté est beaucoup plus puissant et il ne s’est pas réveillé… pour l’instant.

Toute l’Europe ou presque a interdit aux avions de voler, on a enfin pu voir un ciel bleu pur ou presque de tout avion. J’en ai vu hier soir au-dessus de Lyon.

Bien sur, ce n’est pas agréable pour les personnes bloquées dans les aréoports, à cours d’argent pour certains… Mais peut-on blâmer la nature ? Fatalitas !

Le monde entier est bouleversé par l’éruption du volcan Eyjafjöll : retards de livraisons de pièces, ou d’aliments d’un pays à l’autre. En lisant ce matin un articole du Monde, j’ai su qu’une bonne partie des sushis japonais se faisaient grâce à du saumon d’élevage… de Norvège. Absurdité, aberration et empreinte carbone dévastatrice.
Toute activité de production matérielle, pourvue qu’elle soit soumise à l’emprise de la sous-traitance (outsourcing) et des délocalisations, est donc susceptible de pâtir d’une éruption volcanique sur un île glacée de l’Atlantique Nord.
En 1991, le Pinatubo avait peu chamboulé les échanges, alors que l’éruption était d’une ampleur cataclysmique. Pas dans le cas de notre volcan Islandais.

Eric Fottorino fait bien d’insister dans son éditorial sur le temps : ce volcan Eyjafjöll est une aubaine, on se réapproprie le temps. L’un des aspects le plus marquant du capitalisme est la maîtrise du temps : gagner du temps est être réactif, rentable, produire plus en moins de temps pour ainsi accroître la production donc la rentabilité et en fin de compte gagner plus. Le personnel d’une entreprise est donc soumis au temps, et essaie de l’abolir, comme d’autres contraintes, entre chaines de production et marchés.
Au contraire, l’éruption de la semaine dernière remet les choses en place : dans un premier temps, la distance. Entre Washington et Paris il y a, à vue d’oeil un océan, et 6000 km de distance. Aujourd’hui, hommes comme marchandises ne font que transiter à 900 km/heure entre un point A et un point B en 6 ou 7 heures d’avion. Il y a moins d’un siècle il fallait 5 jours de navire (à vapeur) pour rallier Le Havre à New York, et Christophe Colomb a mis plus de 2 mois pour traverser l’Océan et découvrir Hispaniola. Sous l’Empire romain, un trajet Cadix-Césarée mettait environ 60 jours.

Dans un second temps, elle anéantit le culte de l’immédiateté : plus vite, plus haut plus fort : jouissez sans entraves ! Pour beaucoup de monde, l’abolition du temps et des distances par des moyens de transport toujours plus rapide est un progrès positif, pour un monde pressé et mercantile et puéril : l’immédiateté est devenu un maitre-mot : tout, tout de suite, sans attendre.

Dans un troisième temps, cela nous ramène à notre petite condition humaine : des Etres vivants et mortels sur un bout de caillou qui vit, et se manifeste de temps à autre par une éruption dévastatrice ou un séisme apocalyptique. Point de divinité chez l’homme mais beaucoup de vanité.

Des liens entre cette éruption et la circulation aérienne, j’en retiens une chose : on en oublié la faculté du voyage : si j’avais du temps, je partirais bien en voyage, a pied, ou en bateau pour relier un point A à un point B. Ca prendrait du temps, mais je pourrais le prendre ce temps, pour visiter, pour s’imprégner de paysages différents, de cultures différentes, remettant en cause ma personne, mes valeurs, etc, mais au bout du voyage je saurai que ce temps est un enrichissement bien plus estimable qu’un I-pad.

Pas de jouissance dans la vitesse, mais dans la lenteur. Se demander à quoi a bien pu servir ces ruines là bas. Et puis se demander ce qui se cache derrière la colline : une autre colline ?

Nous sommes des hommes, des terriens, issus de la glèbe. Notre dimension terrestre et bipède impose une chronologie, et un rythme qu’il conviendrait de respecter davantage. Il est inutile de chercher plus loin. Des Babioles de Marrakech traversaient bien le Sahara pour Tombouctou, et l’essentiel était bien que la marchandise arrive, pas le délais. Alors oui cette éruption est bénéfique si elle nous questionne sur notre façon de se déplacer, de penser le temps, nos vies, nos destins, nos voyages. Car nous savons tous que notre mode de vie est intenable pour la planète. Un jour ou l’autre il faudra sacrifier une part de notre confort pour notre bien. Et ce n’est pas le capitalisme vert qui rendra notre vie meilleure, le politologue lyonnais Paul Ariès l’explique assez bien, exemples à l’appui.

Le capitalisme vert, paul Ariès s'entretient avec René Balme
envoyé par oulala_net. – L'info video en direct.

La Nature se fout bien de nos atermoiements de transports. Un volcan crache sa fumée sans de demander si il impactera le transport de micro-processeurs entre les Etats-Unis et l’Europe. Pareil pour les tempêtes. Vulcain a du oublier quelque chose sur le feu.

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