Pressions et résistances autour du musée du cabinet des médailles

Je rédige actuellement un article sur mon séjour parisien de la semaine dernière à Paris en général et à la Bibliothèque nationale en particulier que je mettrai en ligne ces prochains jours.  Le mois dernier, j’avais mis en avant les menaces pesant sur le musée du cabinet des médailles avec la rénovation du quadrilatère Richelieu. La situation évolue mais ne s’arrange guère pour le musée. Les départements des manuscrits occidentaux et des arts et spectables déménagent actuellement la salle de lecture vers la Galerie Mazarine, qui servira pendant les travaux de salle de lecture provisoire. Quant au département des médailles et antiques, en fouinant sur le site de la BnF, je suis tombé sur un communiqué daté du 8 mars 2010 :

« Le département des Monnaies médailles et antiques, est l’un des quatre départements «fondateurs» de la Bibliothèque, lié intrinsèquement à son histoire, à ses collections et à ses missions. Il possède plus de 600 000 monnaies, médailles, jetons, objets dont beaucoup de pièces exceptionnelles (camées dont le Grand Camée d’Auguste, intailles, objets archéologiques, vases grecs, ivoires, …).
Quel avenir pour le département ?
Dans le cadre de la rénovation du quadrilatère Richelieu, le département des Monnaies, médailles et antiques fera l’objet d’un réaménagement intégral – remise en valeur des salles historiques et de la salle de lecture, réaménagement des magasins et des réserves, amélioration des conditions de conservation et de sécurité des oeuvres, espaces plus fonctionnels qui permettront d’accueillir le public, de conserver, communiquer et valoriser les collections dans des conditions optimales, tout en améliorant les conditions de travail des personnels.

Le « Musée du Cabinet des médailles » sera-t-il supprimé ?

Le musée actuel (surface du Musée actuel : 540 m2), aménagé au tout début des années 1980, propose aujourd’hui une muséographie désuète qui dénature l’architecture des salles, ce qui explique sa fréquentation insuffisante au regard des richesses exposées. Le Musée sera entièrement repensé dans le cadre plus large d’une histoire des collections de la BnF et deviendra le fleuron permanent de la Galerie des Trésors que la Bibliothèque prévoit de déployer dans le plus bel espace du quadrilatère, la Galerie Mazarine, voisine de ses espaces actuels. Ces derniers seront remis en valeur et permettront la présentation d’autres parties des collections, en particulier dans la salle de Luynes et dans le salon Louis XV qui seront enfin ouverts à la visite et dans la salle des Colonnes. Ce dispositif sera un élément central de la rénovation du futur quadrilatère Richelieu et permettra au grand public de découvrir en son cœur même cet ensemble exceptionnel auquel seront associés, par rotation, des trésors provenant d’autres départements de la BnF (manuscrits, estampes, cartes…).

Quand la programmation sera-t-elle mise au point ?

Dès la mi-février 2010, a été lancé un groupe de travail interne piloté par le directeur du département des Monnaies, médailles et antiques et le chef du projet Richelieu qui réunit les conservateurs chargés de collections du département afin de proposer différents scénarios de valorisation des collections.
À la suite de cette première série d’échanges, le Président de la Bibliothèque nationale de France réunira, dans le courant de l’année 2010, un comité scientifique avec le concours de personnalités qualifiées du milieu de l’art et du patrimoine. Ce comité se prononcera sur les scénarios de la BnF et fera des propositions pour l’ensemble des espaces publics : Galerie des Trésors, salle des Colonnes, salle du Grand Camée, salle de Luynes et salon Louis XV ( tous ces espaces représentent une surface de 945 m2 : Galerie Mazarine, future Galerie des Trésors de tous les départements de la BnF, 382 m2 ; salle de Luynes, 103 m2 ; salle du Grand Camée, 97 m2 ; salon Louis XV, 143 m2 ; salle des Colonnes, 220 m2).
L’ouverture de ces espaces est prévue pour 2017. La programmation devrait être achevée en 2012.

Quelle visibilité pour les collections d’ici là ?

Le rayonnement des collections du département sera par ailleurs favorisé par la multiplication de présentations hors les murs dans diverses institutions françaises et étrangères, en particulier pendant la durée de la seconde phase des travaux (2014-2016), et la meilleure intégration des collections dans les programmes réguliers d’expositions temporaires.
Loin de toute idée de remiser les collections dans les réserves, ou d’en priver le public ou la communauté scientifique, la BnF fait le choix d’en repenser la présentation dans un projet scientifique et culturel plus ambitieux, pour un public plus large. »

Ce courrier de la direction de la BnF est la réponse aux inquiétudes du personnel de la BnF, des syndicats de cette institution, et des usagers après la mise sur pied d’une association de défense du musée, et d’une pétition.

La pétition regroupe aujourd’hui 3934 signatures, dont la mienne. Le dernier signataire à cette heure est un soutien de poids : l’egyptologue Jean-Yves Empereur, mais il y a aussi quelques noms du personnel de la Bibliothèque nationale, qui subit des pressions de la direction comme le dévoile cet article en ligne : http://www.actualitte.com/actualite/17252-bnf-intimidation-sauvegarde-cabinet-medailles.htm! En effet, les fonctionnaires de la BnF sont tenus à un « devoir de réserve » : le directeur adjoint de la BnF leur a signifié de vive voix en les convoquant les signataires de la BnF dans son bureau, comme des enfants qu’on gronde après avoir fait une bêtise. Or, où est la bêtise lorsqu’un des plus beaux écrins de la BnF et le plus ancien musée de France est menacé ? Les conneries, ce ne sont pas les fonctionnaires qui le font mais ceux qui sont chargés de rénover le site Richelieu. Ces bêtises, c’est détruire un escalier du XIXe siècle avec des remplois du XVIIIe siècle inscrit à la liste supplémentaire des monuments historiques par un escalier contemporain hélicoïdal, miser beaucoup sur la salle Labrouste au détriment des autres salles, dissimuler au public un musée des antiques, qui certes devrait revoir sa muséographie, aurait besoin d’un petit rafraîchissement et d’une bonne promotion. Le  personnel subit, plus que les usagers euxmêmes  désagréments de cette réorganisation, du magasinier au conservateur.

Je ne cesse de m’interroger sur la rénovation du site Richelieu. Si les magasins semblent effectivement avoir besoin d’une rénovation, est-il nécessaire de réorganiser les chaines de distribution, les salles de lecture au charme suranné mais fonctionnelles, et les espaces d’accueil ? Quant au musée en lui même, j’ai l’impression qu’on veut « noyer le poisson » à la Sarkozy : on réunit un groupe d’experts en comité, on se perd en palabres et en rapports dignes de notre corps administratif, et on enterrera en douce, sans fleurs ni couronnes le musée…

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