Gairo

La semaine dernière les journaux télévisés ont diffusé des images impressionnantes de glissements de terrain dans le sud de l’Italie. Ces glissements ne sont pas rares : la faute au déboisement, la faute à l’urbanisation anarchique où chacun veut avoir sa maison individuelle : le complexe du propriétaire dans une région qui, historiquement, est celle des latifundias hérités de l’époque romaine.

Je ne suis jamais allé dans cette région d’Italie, mais je suis allé en Sardaigne, qui elle aussi a ces problèmes.

Google streewiew, dont j’avais fait l’éloge au mois de décembre, ne cesse de mettre en ligne de nouvelles régions et des routes photographiées à la google car. La Sardaigne en fait partie.
En avril 1995, j’avais fait un tour de la Sardaigne à la course à pieds avec une association sportive de l’école où j’étais. Nous étions 9 et nous faisions chacun un relais de 3km à pied, à raison d’un relais le matin et d’un relais l’après midi. Nous n’avons pas fait tout le tour de la Sardaigne de cette manière, mais un bon bout de chemin dans des endroits superbes, comme la corniche du Sud-ouest de l’île.

En 2008 de cela j’avais fait un billet sur cette longue plage de la Costa Verde, au sud-ouest de cette grande et belle île. Une plage sauvage, et difficile d’accès par la vallée minière non asphaltée du rio Piscinas.

Il me vient en souvenir une autre localité Sarde, à l’Est de l’île dans la province de Nuoro, entre Jersu et Lanusei, dans la vallée du Riu Pardu : le village de Gairo.
La première vision que j’eus de cette vallée fut panoramique car nous venions du Sud, Sud-Est. En venant par la Strada Provinciale 11 une vallée assez encaissée, où de gros bourgs, des villes s’accrochaient aux flancs montagneux, entre des terrasses agricoles à moitié entretenues, des oliviers, des arbres fruitiers.

Nous traversâmes la ville de Jersu, puis nous plongeâmes vers le fond de la vallée, sur la route. Nous passâmes aussi par Orsini qui a aussi ses maisons abandonnées. La route remonte sur le flan opposé de la vallée, en effleurant Gairo. Pénible montée pour mes jambes, car je pris le relais ici. Et sur la route en lacets, on faisait des rencontres pittoresques : une vieilles femme en noir portant des planches (sic) sur sa tête, des chèvres mortes recouvertes de vermine. A un moment, on traversa le village fantôme, désert de Gairo vecchio. Je n’ai su son nom que grâce à Google street view. On rencontre parfois dans le sud de l’Italie, en Basilicate spécialement ces localités abandonnées à cause de glissements de terrains. C’est le cas ici aussi. Le village fut évacué dans les années 50 après un éboulement et reconstruit au-dessus sur un plan hippodamien. Voici la situation de Gairo.

Gairo-vecchio était lors de notre passage dans un état très délabré et cela n’a pas changé. Les taillis fournis emplissaient les restes de bâtisse, et dépassaient parfois de ces enclos de fortune en colonisant l’extérieur par les ouvertures de porte et de fenêtre. Je n’oublierai jamais cette image. Il faisait chaud, et nous étions au mois d’avril. Le soleil tapait fort déjà en cet après-midi printanier, à se demander pourquoi cette ville mystérieuse fut abandonnée…

Nous laissâmes pourtant Gairo vecchio, sans passer par Gairo novello, nous grimpions, toujours vers le col de Cantoniera Sarecei, qui surplombait Lanusei. La végétation de bosquets, de maquis, céda la place à des chênes kermesses, et de pins. Le sommet de la montagne était dans les nuages mais la lumière de soleil perçait… Il y avait des enclos où des chevaux blancs galopaient. Là aussi, image frappante d’un pays fantastique. La nébulosité nous empêcha de voir qu’au sommet de ce col on pouvait voir la mer à l’Est.

Le soir, nous avons bivouaqué non loin de là à la lisière d’un bois, près d’une rivière dont je ne me rappelle plus le nom, La nuit, outre le chant des crapauds nous entendîmes des renards, et des bruits derrière les arbres, Engoncé dans mon sac de couchage, je ne fermais pas un oeil, et j’ai eu raison. La nuit, des sangliers ou de cochons sauvages sont venus nous renifler, peut-être. On trouva le lendemain matin leurs traces à quelques centimètres des duvets.

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