Une campagne électorale dans l’air du temps

Je n’ai pas aimé, et n’aime toujours pas cette campagne électorale précédant  les élections régionales. Les enjeux sont plus importants que pour les élections européennes pour tous les partis.  Le PS veut réaliser le « grand chelem » régional, ce qui me paraît irréalisable, et qui se justifiera avec la probable ré-élection de Georges Frêche en Languedoc Roussillon, et des rivalités avec les Verts, regaillardis grâce à Europe écologie. L’UMP veut botter le cul du PS, dans les régions où le parti présidentiel peut l’emporter. Cela n’inclut pas l’Ile-de-France où les électeurs doivent se coltiner l’insupportable Valérie Pécresse. le FN présente les Le Pen père et fille en Provence-Alpes-Cote d’Azur (l’horrible sigle PACA), et dans le Nord. Pour le MODEM, on est dans l’incertitude sur son poids politique.

Dans notre région Rhône Alpes, Jean-Jack Queyranne semble assuré d’être réélu. Mais en politique, l’imprévu est toujours de mise. Françoise Grossetête est assez peu connue. L’UMP aurait pu choisir un élu de droite de la région plus médiatique. Azouz Begag a fait face à des défections internes au MODEM, Philippe Meirieu et les Verts mènent leur barque ; quant aux autres listes, je suis peu informé de leurs listes, de leurs actions et de leurs programmes…

Ce qui m’agace, c’est sur quoi la campagne se focalise : les « petites phrases », une nouvelle manie dans l’air du temps : « une tête pas très catholique » pour Fabius, les jeunes de l’UMP assimilés « aux Jeunes hitlériennes », et j’en passe…  L’électeur est contraint de suivre les vaines polémiques qui suivent. Mais sur les programmes, on n’entend pas grand monde. La plupart des présidents sortants sont du Parti Socialiste, ils doivent défendre leur bilan. Les candidats UMP eux doivent proposer un programme alternatif qui est inaudible. La campagne est donc une succession de « buzz » sur les « petites phrases, où les snipers du PS et de l’UMP donnent leur avis et font dans la surenchère. Juger un homme politique sur les « petites phrases » c’est comme juger un athlète pendant son échauffement. Frêche est peut-être un connard fini, mais il a son franc parler, que cela plaise ou non, sa « phrase » ne concernait pas ses actions politiques. Les attitudes et les discours politiques se « puritanisent », elle va de concert avec le début du règne du principe de précaution et ainsi limiter les risques. Dans le cas de Frêche, l’exclusion du PS ne suit pas l’opinion locale et risque de coûter cher au PS.

A L’Assemblée nationale, le débat parlementaire est lui aussi dans la violence verbale depuis plusieurs mois. Le gouvernement fait mine d’être ouvert au dialogue tant avec l’UMP qu’avec l’opposition, mais dans les faits on s’aperçoit que la plupart des lois passent au forceps, au risque d’être invalidé par le conseil d’Etat ou le conseil constitutionnel et de beaucoup de députés UMP : les avis internes de l’UMP ne sont même plus écoutés. Raffarin ou Juppé sont des dissidents dans leur propre parti.

De manière générale, l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy a raidi le discours politique qui se veut plus percutant, plus tranchant et donc moins consensuel. Certes, la radicalisation des discours politiques, à droite comme à gauche a affaibli les extrêmes et l’on peut s’en réjouir. En revanche, le contenu des débats et des idées est d’une platitude extrême. Si le discours et les valeurs de la droite libérale qui s’est imposée à l’ensemble de la droite française, semble buter contre les effets de la crise économique et du capitalisme mondial ; la gauche est dans l’incapacité de réagir aux idées de la droite, de porter un projet de société alternatif fort, à l’exception d’Europe écologie.

Dans le contexte des élections régionales on a donc le choix entre deux grands partis : l’UMP, incapable de rassurer les électeurs alors que le chomâge augmente et que la croissance stagne, et le PS , qui n’arrive à renouveler ni son personnel ni son projet politique et qui refuse de prendre en compte les idées et les hommes émanant des échelons locaux qui pourraient l’aider à sortir la tête de l’eau ; alors qu’il doit faire face à la concurrence des Verts désormais visibles et unis.

La droite a empiré les choses et divisé les Francçais  par son débat sur l’indentité nationale et s’est clos sur l’aveu d’un demi-échec. Comme si l’identité nationale coulait d’elle même, et pouvait être débattue. Ce concept est lui même fumeux et à prendre à avec des pincettes. Il y a certes une « identité de la France » comme l’écrivait Braudel, mais cette identité est le creuset d’influences extérieures. Il existe très peu de « valeurs » françaises. De manière générale, ce débat n’a servi qu’à abonder dans le sens du FN, et donc d’attirer des électeurs frontistes.  En sous main, ce qui était en débat c’était l’immigration à la française : l’intégration. L’immigré est-il capable d’intégrer les « valeurs » françaises, et donc d’abandonner une part de soi. Cette question s’adressait plus particulièrement aux Africains, musulmans. Le débat fit le procès de l’intégration de l’islam dans la société française.

Les relents xénophobes et islamophobes  d’une frange de la population française s’est faite jour. Jusqu’à présent, le « racisme taisible » se cantonnait à quelques remarques au détour d’une phrase. A présent, il prend la forme de discours et se rend visible au grand jour. La France n’est pas un cas isolé, ces débats populistes sont présents dans toute l’Europe depuis le début des années 2000 : aux Pays Bas, en Italie, en Hongrie (contre les Roms), en Belgique… Le racisme et la xénophobie s’est accentué avec la crise économique : il se  nourrit des peurs sociétales : peur du déclassement, peur de la différence.  En France, il y a des Français plus Français que les Français qui, munis d’un complexe de supériorité fondé sur des phobies  ne tolèrent l’immigration qu’à condition que l’immigré soit lui même consentant à l’intégration et si possible peu melaniné. On vit dans la nostalgie mais pas au présent, quant au futur, il est toujours apocalyptique. Ce constat  s’applique aux électeurs d’extrême-droite qui s’imaginent être des borgnes au pays des non-voyants et parmi eux, il n’y a pas que des Français de souche : les Pieds Noirs aux origines Espagnoles et Italiennes  constituent un fort contingent de frontistes approuvant hautement ce débat, et la politique sarkoziste sur la sécurité et l’immigration bien que certains la jugent « trop molle ! »

Dans l’idée de Sarkozy l’ouverture du débat sur l’identité nationale, à l’automne dernier devait opportunément amener à un triomphe de l’UMP aux élections régionales. Au début de l’année, tout le monde s’aperçut que ce fut un fiasco, et que loin de conforter le parti présidentiel dans sa campagne, il l’éloignait des préoccupations actuelles des Français, à savoir le travail et le pouvoir d’achat. Les thèmes sécuritaires et identitaires sont récurrent dans les discours des droites populistes européennes. Pire, les sondages montrent que les Français sont globalement satisfaits du bilan des présidents de région. . Et c’est vrai qu’on n’a pas trop à se plaindre,  si ce n’est la hausse des impôts pour financer les investissements, hausse taclée par la Cour des comptes et dénoncée par l’UMP. D’ailleurs, les compétences des régions deviennent de plus en plus importants, à mesure que l’Etat se désengage de ses responsabilités. On mesure donc l’envie que suscitent ces élections régionales pour la Droite. Les régions détenues par la Gauche sont un élément de contre-pouvoir assez discret, mais à l’importance locale non négligeable, capable d’infléchir les décisions gouvernementales lorsqu’il le faut.

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