Bernard-Henry Lévy : profil bas

Le petit monde de la blogosphère littéraire est en ébullition depuis la parution des deux derniers livres de Bernard-Henri Lévy. Les uns le traitent d’imposteur, les autres de génie du siècle. J’opterais plutôt pour les premiers.

Les deux ouvrages en question sont « De la guerre en philosophie« , paru chez Grasset. 128 pages extraits d’une conférence donnée à l’ENS, et « Pièces d’identité« , toujours chez Grasset, 1344 pages de textes, articles, conférences, etc made in BHL.

Dans le premier opus, on a cet extrait qui fait scandale et ridiculise son auteur, p. 122 : “Ou bien encore Kant, le prétendu sage de Königsberg, le philosophe sans vie et sans corps par excellence, dont Jean-Baptiste Botul a montré au lendemain la Seconde guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néo-kantiens du Paraguay que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence -et cela à deux titres au moins : le concept de monde nouménal où s’entend l’écho d’une jeunesse spirite, vécue parmi les ombres et les limbes dans un royaume d’êtres énigmatiques et accessibles par la seule télépathie…”

Plusieurs constatations sur cet extrait : c’est chiant, c’est prétentieux et surtout ça sonne faux. Un article paru hier dans le Nouvel observateur montrait que le fameux Jean-Baptiste Botul n’était en fait qu’un canular, et que philosophe n’avait jamais existé que dans la tête de son créateur, journaliste au Canard enchaîné, Frédéric Pagès, qui a publié sous le pseudonyme de Botul « La vie sexuelle d’Emmanuelle Kant« qu’on peut se procurer à moindre prix aux éditions Mille et une nuit et que BHL a sans doute pris pour argent comptant. De même, les néo-kantiens paraguayens n’existent pas ! Chacun sait qu’Immanuel Kant avait une vie sexuelle plus plate que le plat pays, et encore en polder et que le Paraguay est un des pays les plus pauvres du continent sud-américain. De là à imaginer une  réelle école philosophique nombreuse…

Or, ce matin, j’apprends que BHL reconnaît son erreur et en rit dans Libération, ce qui me surprend de la part de quelqu’un qui dit n’avoir aucun humour ! «Salut l’artiste. Chapeau pour ce Kant inventé mais plus vrai que nature et dont le portrait, qu’il soit donc signé Botul, Pagès ou Tartempion, me semble toujours aussi raccord avec mon idée d’un Kant (ou, en la circonstance, d’un Althusser) tourmenté par des démons moins conceptuels qu’il y paraît.»

Ce n’est pas la première fois que BHL est pris en flagrant délit d’approximations ou d’intox. L’article du Nouvel Observateur donne en fin de page un format .pdf des erreurs commises par le supposé philosophe dans son livre « Le testament de Dieu » publié en 1978, recensées Pierre Vidal-Naquet, grand historien de la Grèce antique. L’article de Vidal-Naquet, et le droit de réponse de BHL parurent dans le Canard enchaîné.

Le monde diplomatique consacre un dossier entier à Bernard-Henri Lévy : http://www.monde-diplomatique.fr/dossier/BHL où ils ne sont pas tendre avec lui, le dénonçant comme un imposteur. Et c’est vrai qu’à la lecture de certains articles, on constate une dose de mythomanie ou d’altération de la vérité.

Ce que lui reprochent les journalistes du Monde diplomatique, et de nombreux grands noms de la philosophie et de la sociologie, comme Gilles Deleuze, Pierre Bourdieu, et Cornelius Castoriadis ce sont ses approximations, ses erreurs, ses complaisances, et son manque de rigueur intellectuel, la création de concepts hasardeux, fumeux ou bancaux, ses connivences avec le monde économique : Lagardère, Pinault, et un réseau de connaissance très étendu dans les milieux d’affaire et de pouvoir.

Certains prédisaient comme Castoriadis en 1978 que BHL étant un effet de mode qui aurait vite trouvé ses limites. 30 après, BHL est toujours là, après 7 entartages, mais bien vivant.

Je m’interroge sur le crédit qu’on porte à Bernard-Henri Lévy comme philosophe, et porte drapeau en son temps des nouveaux philosophes : Glucksmann, Finkielkraut, dénoncés pas des philosophes dits institutionnels comme Deleuze et Lyotard. Moi je constate que la philosophie « institutionnelle » comme celle de Guattari, Baudrillard… Personnes qui bien que médiatiquement moins importants que les « nouveaux philosophes » on légués une oeuvre conceptuelle beaucoup plus raffinée, poussée, et pertinente que l’oeuvre des nouveaux philosophes, jugée grossière. Il vaut mieux lire les philosophes « universitaires », en tout cas ceux qui, bien que peu médiatisés, travaillent dans l’ombre et le sérieux à réfléchir à la société de notre temps, élaborent des systèmes de pensée, des concepts en scrutant notre monde.

J’avoue cependant avoir aimé le livre d’Alain Finkielkraut « La défaite de la pensée », paru en 1987. Mais BHL l’avait devancé avec son « Eloge des intellectuels« . Enfin, on peut toujours penser à la suite de Deleuze à propos des nouveaux philosophe que « plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides. ». Cette phrase s’applique merveilleusement bien à BHL !

Chez Bernard Henri-Lévy, ce qu’il y a d’effarant, c’est comment l’évocation d’un sujet d’actualité peut porter à une forme d’auto-célébration, jusqu’à verser dans la mythomanie, et la partialité alternant d’aimables escapades aux Etats-Unis ou au Pakistan où il affronte tous les périls avec des essais pseudo philosophiques d’une vacuité aussi profonde que la fosse des Mariannes. Je suis atterré de voir à quel point ce Normalien verse dans la médiocrité, dénoncée mais jamais condamnée. BHL continue à pisser contre le vent, à donner des avis dont tout le monde se fout, mis à part des cercles littéraires parisiens fascinés par l’homme, à commencer par Josyane Savigneau, directrice du très partial Monde des livres.

Les médias eux, sont schizophrènes :  une partie des journalistes dénoncent l’imposture de ce philosophe de salon tandis que l’autre l’encense, mais aucun ne se prive d’informer de la parution du dernier ouvrage de BHL ! Pour la défense de Bernard-Henri Lévy, plus on est médiatisé plus on est enclin à recevoir critiques et reproches, mais lui semble les chercher. Au final,  La meilleure façon d’oublier Bernard-Henri Lévy est de ne pas le médiatiser, ce qui est quasiment impossible au regard de ses réseaux.

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2 réflexions sur “Bernard-Henry Lévy : profil bas

  1. BHL…Un nom qui sonne comme une enseigne de centre commercial outre-mer.

    A l’ère du tout internet et de la googlemania, tout le monde, ou presque, peut maintenant s’improviser philosophe. Il n’y a qu’à lire les discussions sur certains forums thématiques pour se faire une idée sur l’autodafé inversé en cours.

    BHL…Un philosophe qui parle plus vite qu’il ne pense. Voilà ce à quoi on en est arrivé. Nous vivons dans une société de consommation. Il faut la nourrir, et peu importe avec quoi. Pourvu que ce soit assez épais ou épicé pour paraitre élaboré.

    BHL…Un philosophe en perte de vitesse qui ne survit que par le cannibalisme des pensées d’autrui.

    BHL…Un nom que je dois vite oublier.

    On parlait de qui déjà ?

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