Sarkozy et les noms (d’oiseaux)

Je n’ai pas regardé l’intervention du président de la république sur TF1 lundi soir. Je n’ai pas la télévision. En revanche, j’ai longuement lu les commentaires des médias et des blogueurs sur cette émission, calibrée à la taille de Sarkozy, c’est-à-dire petite. Ne plaisantons pas avec sa taille mais avec ses idées. Le président a joué les pompiers pour rassurer le « panel » de gens rassemblés autour de lui, et les Français derrière leur écran. Cependant, le côté rassurant n’a pas été très rassurant, c’est à propos. Comme tout le monde, Sarkozy fait le dos rond, en attendant que la crise passe, le retour de la croissance que l’Europe espère tant. Mais la croissance ne résoudra pas les problèmes d’emploi, ni ne répondra aux incertitudes de l’avenir sur la mondialisation, le climat, la consommation dont le rythme est intenable, l’épuisement des matières premières.
En clair, même si la croissance revient, elle ne sera que temporaire. Et ce n’est pas le restaurant Subway qui s’ouvrira avenue Jean Jaurès qui changera le cours des choses.
Comme toujours, Sarkozy s’est mis en valeur sur son « travail », ses « réformes », une certaine forme d’autosatisfaction, avec quelques épanchements traditionnels du genre  « c’est pas facile d’être président », ce que je conçois.  Il avait bien bossé ses fiches. Sans doute savait-il la teneur des questions qu’on allait lui poser.
Pas trop de contestation, le syndicaliste breton l’a bien contredit sur certains points spécifiques, mais le président n’a pas été bousculé. On a eu cependant des signes d’exaspération comme la laitière du Tarn !

Apparemment, je n’ai pas été le seul à noter l’usage des prénoms et des noms lors de cette émission.

Femmes et gens de couleurs sont nommés par leur prénom « Nathalie » ou « Rex ». Les hommes « blancs » donc bien Français, ont droit à un « Monsieur X » ou « Monsieur Y ». dont on ne sait si il s’agit de courtoisie ou d’ironie. Cela montre à mon sens quelques caractéristiques du Sarkozy profond : un poil misogyne, et raciste soft mais résigné, même si il s’en défend. Un homme dont la valeur travail compte, il respectera donc ces « messieurs » réunis autour de la table, honnêtes travailleurs, contribuables et potentiels électeurs. Je peux me tromper, mais je trouve qu’il considère souvent les femmes comme des objets : de son ancienne secrétaire qui lui a soufflé « la princesse de Clèves », de Rachida Dati avec qui il aurait fait crac-crac.

On ne sait trop si Sarko a convaincu ou pas… Moi ce que je note, année après année, c’est l’absence d’un projet de société fédérateur de bonnes volontés et donc apaisant, transcendant les clivages politiques. Le plan Marshall des banlieues de Fadela Amara, comme souligné lors de cette émission par un des intervenants aurait pu être quelque chose de bien. A coté de cela, on a une stigmatisation croissante des jeunes de banlieue. Les policiers sont mis sous pression par le ministère de l’intérieur par des chiffres sur la délinquance. On réduit les jeunes de banlieues a des voyous sans foi, (enfin si musulmane), ni loi (la loi musulmane obéit à des lois), en tout cas pas celles édictées par les ploutocrates des Hauts-de-Seine, à savoir le fric roi, la consommation comme unique expression du bonheur.

***

Puis dans la semaine,  vient le « trouble » de l’affaire Clearstream avec l’appel du procureur Marin sur le jugement. Sarkozy a du pester jeudi soir. Vendredi matin, annonce du procureur : on refait le procès, on refait le match, la belle en quelle sorte. Constitutionnellement, le président de la république rassemble, incarne la nation, est au-dessus des partis, des querelles. Mais voilà il malmène cette magistrature, la distord, bouscule l’équilibre des institutions. Clearstream en est une énième illustration si il a effectivement fait pression sur le procureur Marin, comme l’affirme le mousquetaire Villepin.
Marin a-t-il agi sur ordre de Sarkozy ? La garde des Sceaux affirme que non, mais le doute subsiste ! Sarkozy est quelqu’un de rancunier, égocentrique, puérile même. Il n’aime pas qu’on le prenne la main dans la confiture, et déniera par mauvaise foi. Villepin est un rival à éliminer. Maintenant, le jugement qui sera rendu dans quelques temps dans un nouveau procès sera mauvais pour Sarkozy : si il innocente une nouvelle fois Villepin, cela montrera l’indépendance de la justice et ouvrira la porte à une candidateur du méchu grisonnant à l’éléction présidentielle. Si le jugement condamne Villepin, la victime sera une sorte de symbole de la période Sarkozy : narcissisme, ambition, compétition, élimination.
L’affaire Clearstream aurait pu enterrer la hâche de guerre et générer une trêve. Il n’en est rien. Sarkozy a sorti la cote de maille. Pourtant, Villepin a tout pour lui : l’opinion publique, le verbe, l’allure.

Une réjouissance probable serait de voir l’UMP aussi déchirée que ne l’est le PS. Scénario probable dans quelques mois, pour le moment à l’état d’esquisse. Les résultats des élections régionales serviront de thermomètre et de variable d’ajustement…

Je n’apporte rien de neuf aux réflexions politiciennes mais je m’aperçois que j’ai écrit 10 fois le nom de Sarkozy dans ce billet, 12 avec celui-là. Il va falloir que je me calme là dessus. Après tout, quel intérêt porter à cet homme qui ne nous porte aucun intérêt. La prochaine fois je parlerai de Carla, ou  du PS, puisque les élections régionales approchent.

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