Peigne-culs

Notre laboratoire recevait aujourd’hui la visite de l’AERES, l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. Les dirigeants du labo, et ses membres sont passés sur le grill. Je n’ai assisté qu’à une petite partie des débats, mais les questions des examinateurs, ont largement insisté sur l’utilité de tel ou tel axe de recherche, telle ou telle structure. Sur la défensive, les professeurs ont assuré avec franchise leur organisation, leurs objets de recherche et leurs équipes. Je les ai trouvé bon.

Je me demande bien ce qu’il y a à évaluer : une forme de rentabilité ? Des résultats ? On sait que dans les sciences humaines, les publications, sont aléatoires et dépendent de beaucoup de paramètres : cours, personnalité, charges administratives, financements, etc.

Quant aux doctorants, j’ai été soufflé par l’attitude de peigne-culs de certains d’entre eux, mes collègues donc. Enfin certains collègues. J’ai constaté que la plupart des doctorants présents étaient boursiers et assidus aux séminaires proposés par le laboratoire. J’ai fait remarquer que les étudiants non-boursiers mais salariés n’avaient pas toujours vent des financements proposés par les laboratoires et universités pour financer leur thèse ! Un membre du jury me dit que cela se « négocie » en DEA ! Un doctorant m’interpelle en disant  qu’il faut consulter plus assidument les sites des universités ! En gros, si j’ai pas de bourse c’est de ma faute. J’assume ma part de responsabilité. OK, mais  ces sites manquent de lisibilité et d’ergonomie, avant de trouver l’information correspondante, les délais de dépots de dossier sont déja clos. Mon directeur de thèse ne m’en a jamais proposé une, et si il m’a proposé quelques financement c’est uniquement parce qu’il a été promu à l’IUF, institut universitaire de France.

A l’heure où les statuts d’enseignant-chercheur et de doctorant se précarisent, il aurait été de bon ton de montrer moins de cynisme et plus de solidarité avec ses pairs. es doctorants salariés qui triment pour gagner leur croûte ? Eux qui sont dans l’ignorance, ou la naïveté,  semblent apparternir à une classe de doctorants de seconde zone, ils sont là, ils sont bien gentils mais bon, leur travail sera merdique parce qu’ils ne se seront pas investis à 100 %. Je serais donc un doctorant de deuxième ordre. Pas de dialogue, pas de solidarité. On était assis côte à côte dans cette salle..

La plupart de ces  doctorants boursiers  sont sans histoire, un laboratoire bien tranquille, comme leur conscience. Je ne les ai jamais vu manifester en 2009 pour défendre l’université et la recherche. Ils défendent leur steak, leur financement. Peut-on les en blâmer alors que la conjoncture est difficule pour l’enseignement supérieur et la recherche ? Je comprends mais n’excuse point.

Certains se connaissaient bien : le pôle grenoblois a semble-t-il moins de doctorants mais plus de solidarité entre eux.  Chez nous au pôle lyonnais du labo, on sympathise au détour d’un séminaire, on se revoit 3, 4, voire 1 an après au buffet d’un colloque quelconque et puis c’est tout.

Pour information, Lyon 3  ne met qu’une dizaine de bourses pour doctorants, toutes disciplines confondues par an. Les juristes, à Lyon 3 se taillent la part du lion. Si on cumule cela avec Lyon 2 cela fait 20-30 bourses doctorales ce qui est peu pour les milliers de doctorants que ces universités comptent. Quant aux allocations de recherche, autant se damner. Avant de faire une demande, il faudrait déja proposer aux doctorants les plus méritants un financement. Je ne m’estime pas parmi ceux-là. Or on ne pipe mot dans certains laboratoires ou équipes de labos, par exemple la mienne. L’Omerta. Certains professeurs utilisent même des budgets de financement pour doctorants (trajet pour un colloque etc) pour financer leur prêt de livre inter-bibliothèque !

Le milieu universitaire est un milieu rempli de flatteurs et de flattés, de non-dits, de cynisme, d’hypocrisie. Je ne suis pourtant pas un naïf. Je le savais déjà. J’ai investi du temps, de l’argent, je le fais toujours pour apporter ma contribution à l’histoire, je le fais sans parti pris, noblement, de façon désintéressée. Je voudrais juste un peu de reconnaissance. Non je ne compte pas faire carrière comme chercheur ou enseignant. Je ne sais même pas où je serai au mois de septembre. J’éviterai donc ces peigne culs à l’avenir, travaillant pour mon compte et pour tous ceux qui au-delà d’aspects purement financiers souhaitent partager leurs connaissances, en honnêtes hommes.

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