Pierre Chaunu (1923-2009)

L’un des grands historiens de l’école française d’histoire est mort des suites d’une mauvaise chute. Elève de l’Ecole des Annales, moderniste, spécialisé dans l’histoire quantitative (celle qui analyse les données statistiques : natalité, revenus, mortalité). Spécialiste de l’Amérique espagnole et de l’histoire sociale et religieuse de la France des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle, il est l’auteur de plusieurs dizaines de livres, dont sa thèse Séville et l’Atlantique (1504-1650), Paris, SEVPEN, 12 volumes, 1955-1960, sur la fameuse Casa de contratacion de Séville, instance espagnole qui recevait l’or des galions venant de l’Empire colonial des Amériques.
Protestant sincère mais porté à des idées malthusiennes très « à droite de la droite », Chaunu ne mâchait pas ses mots

En juillet 2007 j’avais fait une note ici sur les propos de Chaunu repris par un autre historien, François Dosse, qui les condamnait dans son ouvrage l’histoire en miettes, daté de 1987.
Voici ce qu’écrivait Dosse :

« Pierre Chaunu. Apôtre du protestantisme, Cassandre des Temps Modernes, il met en garde notre humanité chrétienne. La forteresse occidentale fut inexpugnable, mais le danger guette. La croisade est en nos murs. Attention à ne pas transformer l’Occident en désert, bientôt envahi par les hordes basanées du tiers monde. Il espère bien ainsi nous préserver de l’apocalypse avant l’an 2000. Père de six enfants, il exhorte au développement du taux de natalité de la population blanche, rejetant avec dégoût l’avortement qui, pour ce militant du « Laissez-les vivre », s’assimile naturellement à un crime. La survie de l’espèce est en jeu : « Nous sommes en train de constituer une poudrière ; nous allons provoquer des guerres civiles, en fabriquant des hommes dans le tiers monde et en les envoyant travailler dans la Ruhr ou à Paris. En tant qu’historien dont la tâche est aussi d’éclairer les actions du présent, je vous dis : c’est complètement dingue ». Les positions idéologiques de Pierre Chaunu ont le mérite de la transparence .
Après avoir dénoncé les hôpitaux avortoirs, il déclare : « Nous ne voulons pas, nous, parents de trois, quatre enfants, devenir les cireurs de botte, les esclaves, les bougnoules, les balayeurs, les serviteurs des autres« . Il entend démontrer la supériorité de notre civilisation, dite chrétienne traditionnelle « du monde plein », sous couvert du regard hautement scientifique de l’historien. Les chrétiens blancs ont surtout eu le mérite d’avoir su socialiser la continence en règle générale au prix d’un louable effort de volonté. (…) C’est donc grâce à la répression de ses pulsions sexuelles que l’Occident chrétien a pu s’assurer le rôle de guide des peuples qui lui incombe au nom de Dieu, de la Bible et de son message universel, « le seul » Pierre Chaunu, fait figure de pape au milieu de ses frères des Annales.«  p. 217-218.

Historien reconnu et réputé, Chaunu s’est lui-même grillé par ses propos dangereux inclus dans ses propres travaux, confondant son rôle public et ses opinions personnelles.

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2 réflexions sur “Pierre Chaunu (1923-2009)

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