Stetoscope et oracle

Au 70 avenue de Saxe…

Mardi matin, j’étais chez mon médecin, un médecin de famille. Il me tutoie, alors que je ne le fréquente que depuis 4 ou 5 ans environ. Mais toute la famille y va depuis environ 10 ans, depuis que ma mère a pris en grippe l’ancien, accusé de lui avoir volé sa mère. Comprenez ici : le secret médical n’aurait pas du etre gardé sur le cancer généralisé de ma grand-mère. Qu’elle repose en paix.
Bref, ce bon docteur, dont je serai bientôt, si Dieu le veut l’alter ego historien, n’a rien décelé d’anormal dans ma santé. Et j’en suis ravi. Je suis en bonne santé. Il m’a cependant donné des médicaments : anti asthéniques et pilules pour la concentration intellectuelle. Elles font leur effet.
Je dois cependant aller faire une prise de sang. J’irai voir demain matin si le labo d’analyses médicales de l’avenue Jean Jaurès est ouvert…

La médecine ne m’a jamais passionné. En revanche, j’ai trouvé un intérêt sensible dans l’histoire de la pensée médicale sous l’Ancien Régime, comment elle se reliait à l’Antiquité via les écrits de Galien et d’Hippocrate, la théorie des humeurs de ce dernier, la façon dont les médecins exerçaient. Sous l’Ancien Régime, elle était d’abord un discours, et non une pratique : on laissait les saignées aux chirurgiens, on achetait de la poudre de momie aux apothicaires, et de temps en temps c’est le barbier qui remplaçait le chirurgien, et basta.

J’ai découvert dans les publications de mon sujet de thèse, qui était médecin, protestant et antiquaire une traduction ancienne, de d’Ablancourt je crois, d’un texte de Lucien de Samosate, cet auteur satirique vivait au IIe siècle après Jésus Christ… Il a écrit en grec l’histoire d’Alexandre d’Abonuteichos. Il raille cet homme qui aurait été philosophe néopythagoricien et un oracle de Glycon, ou le nouvel Esculape qui prenait la forme physique d’un serpent à tête d’homme. Ce culte à mystère comme son oracle sont tellement tournés en ridicule qu’on ne peut prendre le parti contraire de Lucien. Il décrit Alexandre en escroc et ses adeptes en gens crédules et victimes d’artifices pourtant très grossiers visiblement. Ce pamphlet est d’une lecture courte et agréable, et chaque fois que je vois quelques images de gourou ou de sectes à la télévision, je ne peux m’empêcher de penser à Lucien et à son Alexandre, le sourire aux lèvres, et même lorsque notre cher Président se montre !

Voici le portrait psychologique que Lucien de Samosate fait d’Alexandre…

« Mais que l’on se penche à présent sur sa psychologie et son entendement, ô Héraclès tutélaire, ô Zeus protecteur, et vous, salvifiques Dioscures , et on en viendrait à préférer tomber entre les griffes de l’ennemi ou de quelque rival personnel plutôt que de croiser le chemin de pareille crapule. Son intellect, tout en perspicacité et en vivacité, le propulsait à mille lieues au-dessus du commun. Il était en outre généreusement pourvu de qualités comme la curiosité intellectuelle, la facilité d’apprentissage et de mémorisation ou le don des sciences, bien qu’il les employât malheureusement à très mauvais escient. Alors qu’il avait en main toutes ces nobles facultés, il mit beaucoup de diligence à s’abîmer dans une vilenie abyssale et à coiffer les plus illustres virtuoses de la spécialité, qu’il s’agît des Cercopes ou qu’ils eussent nom Eurybate, Phrynondas, Aristodème ou Sostrate . Dans une épître à son beau-père Rutilien, il se compara pour sa part à Pythagore, en toute modestie. À supposer qu’il eût été contemporain d’Alexandre, je mets d’ailleurs ma main à brûler que ce puits de sublime sapience aurait, sauf respect, fait figure de gamin à côté de lui. Au nom des Grâces, n’en déduis pas que j’entende cracher sur sa tombe ou que je veuille le fourrer dans le même sac qu’Alexandre, au motif qu’ils auraient agi semblablement. Bien au contraire, si l’on additionnait les griefs les plus graves et les plus ignominieux dont Pythagore a été accablé par ses calomniateurs – et qui me laissent d’ailleurs franchement sceptique -, toute cette tourbe d’insinuations n’équivaudrait qu’à une infime fraction de la filouterie d’Alexandre. En résumé, l’image qu’il faut te forger et t’imprimer dans le cerveau, c’est celle d’un tempérament des plus flamboyants, coulé dans un alliage de mensonge et de ruse, de parjure et de fraude, déluré, hardi, audacieux, opiniâtre dans la poursuite de ses desseins, charmeur et persuasif, habile à affecter l’excellence et donner totalement le change sur ses intentions véritables. Il n’y avait personne qui, de prime abord, ne fût convaincu d’avoir eu affaire à l’être le plus estimable, le plus juste, le plus droit et le plus sincère qui se pût rencontrer. Pour couronner le tout, il souffrait de mégalomanie : incapable de s’assigner des objectifs mesurés, il voyait toujours grand, très grand. »

C’était la pensée médicale du jour !

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Une réflexion sur “Stetoscope et oracle

  1. Ah! Lucien! Ce que j'étais heureux quand, au lycée, on nous donnait un de ses textes à traduire. Au moins on était presque sûrs de rire. Je me souviens vaguement d'une histoire de guerre entre différentes espèces de poissons….

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