« Les vies des saints »

Cet ouvrage a semble-t-il été un best seller de librairie au XVIIIe siècle. L’exemple présenté ici est de 1782, il est attribué selon la BNF à Claude Pierre Goujet, François-Philippe Mésenguy, François Boussel et Laurent Blondel, de la curetaille de la première moitié du XVIIIe siècle. Je me plais à lire avec une douce ironie en tête ces petites notices sur les saints, avec de la morale, toujours, et une petite prière à la fin… Un saint par jour !

Prenons un exemple : Saint Nilammon ! Qui connait Saint Nilammon ? On le fête le 6 mars.

« Nilammon vivoit renfermé dans une cellule auprès de Gérès, petite Ville de la basse Egypte. Les habitants de cette ville, après la mort de leur Evêque, le choisirent pour lui succéder ; mais ils ne purent jamais l’y faire consentir, tant il étoit persuadé de son indignité, & effrayé des dangers de l’Episcopat. Pour se délivrer de leurs importunités, en leur ôtant d’abord toute espérence de pouvoir l’abattre, il prit le parti de fermer la porte de la cellule, sans vouloir à la personne.
Sur ces entrefaites, Theophile, Patriarche d’Alexandrie, arriva à Gérès. A la prière des habitants, il alla trouver Nilammon, lui conseilla de se rendre, & de recevoir l’ordination de ses mains. Nilammon s’en excusa plusieurs fois ; & voyent qu’il ne pouvoit persuader Théophile, il lui dit : Demain, mon Pere, vous ferez ce qu’il vous plaira ; permettez-moi de disposer aujourd’hui de mes affaires. Théophile revint le lendemain, suivant la convention, & lui dit d’ouvrir sa porte. Prions auparavant, répondi Nilammon. C’est bien dit, repliqua Théophile, & il se mit en priere. La journée se passa ainsi. Théophile & ceux qui étoient avec lui hors de sa cellule, aprè avoit attendu long-temps, appelerent Nilammon à haute voix, mais il ne répondit point. Enfin ils ôtèrent les pierres, ouvrirent la porte, & le trouverent mort.
Un évènement si imprévu étonna d’abord tout le monde ; mais bientôt après on fut persuadé qu’il avoit demandé à Dieu de la délivrer plutôt de la vie, que de l’exposer aux dangers de l’Episcopat, & on ne pensa plus qu’à admirer le rare exemple que ce Saint venoit de donner au monde. On le revêtit d’habits précieux ; on l’enterra aux dépens du public ; on bâtit une église sur son tombeau, on célébra tous les ans le jours de cette bienheureuse mort, arrivée l’an 402.
PRATIQUE. Pour juger saintement du ministere Ecclésiastique, il faut le regarder comme un ministere redoutable aux Anges même ; & si l’on est bien pénétré de ce sentiment, on sera bien éloigné de porter envie à ceux qui en sont revêtus.
PRIERE. Si vous ne remplissez de votre crainte les Pasteurs de votre Eglise, Seigneur, ils ne seront que des mercenaires ; inspirez-leur une sainte erreur, afin qu’ils travaillent utilement pour nous & pour eux-mêmes. »

Voilà donc pour Nilammon. Ce livre m’a été offert par Michel au mois de juin, acheté chez un bouquiniste des quais….

C’était la pensée du soir, après un entretien d’embauche qui s’est bien passé, mais on m’a mis la pression. Je serai donc dans la ligne de mire du patron à partir du 17 août. J’espère prendre quelques vacances avant…

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Une réflexion sur “« Les vies des saints »

  1. "La légende Dorée" de Voragine demeure, dans le genre, l'édifice sur lequel se fondent et reposent toutes les vies de saints qui suivront. Vous paraissez avoir une relation intellectuellement succulente avec votre ami. C'est superbe, donc.

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