François de Sales et ses traités

François de Sales

La meilleure édition de ses œuvres, celle dite d’Annecy initiée par Dom MACKEY, bénédictin en 1892, poursuivie par le P. NABATEL jusqu’en 1905 puis par les Visitandines.
L’édition d’Annecy comprend 27 volumes dont 1 volume de tables. L’édition est incomplète puisque des inédits sont trouvés régulièrement.
Deux grands traités spirituels chez François de Sales et une constellation de petits traités : controverses, opuscules, sermons, et une énorme correspondance représentant 1/3 des volumes de l’édition annecienne.
D’autres sources sur François de Sales : les procès de canonisation, L’évêque de Genève fut canonisé en 1665. La procédure donna lieu à une collecte de  témoignages, miracles et documents. JEANNE DE CHANTAL joua un rôle déterminant dans cette canonisation, elle écarta tout ce qui pouvait desservir la cause de François de Sales. L’extraordinaire cependant a aussi été écarté. Ce rassemblement de sources sert aussi de support à un premier moment de dévotion : une épidémie de miracles est survenue par l’intercession de François de Sales lors du procès. Un certain JUSTE GUERIN financé par les syndics de la ville d’Annecy et sous le contrôle de l’évêque de Genève Jean-François de Sales (le neveu) et de Jeanne de Chantal compila les faits miraculeux survenus lors de ce procès. L’enquête fut complétée par un interrogatoire de 500 témoins et envoyée à Rome en 1642. Or, Urbain VIII  remanie les procès de canonisation et introduit la béatification, obligeant à un second procès pour François de Sales. Le premier fut clos en 1653. Une seconde enquête eut alors lieu de 1656 à 1658.  Dès le premier procès les témoins se plièrent à une grille de questions qui servit de canevas aux futures biographies de François de Sales jusqu’à celle de Roger DEVOS publiée en 1967 (le frère de Raymond).

–    L’enfance, de Savoie à Paris
–    Les études, Paris, Padoue, naissance d’une piété mariale…
–    Le cursus ecclésiastique
–    L’examen des vertus, entendons les vertus théologales : foi espérance charité puis les autres…
–    L’administration diocésaine
–    Miracles et réputation de sainteté, morts et grâces obtenues par son intercession.

Un troisième type de sources permet de cerner François de Sales : les premièresb iographies, publiées après sa mort à Lyon.
Celle de Philibert DE LA BONNEVILLE
Celle de Louis DE LA RIVIERE
Celle du P. LONGUETERRE
Celle de dom Jean DE SAINT-FRANCOIS dit « le Goulu »

Ces biographies définissent le découpage chronologique qui prévalut ensuite.

1567 – 1592 : Enfance et formation.

Né le 21 août 1567 au château de Sales près de Thorens en Savoie, d’une famille de la petite noblesse de robe, la formation religieuse du petit François fut assurée par le chapelain du château qui a eu un rôle déterminant et il l’accompagna pendant sa formation. Sa scolarité commence au collège de LA ROCHE en 1574 puis à celui d’ANNECY en 1576. Il fut tonsuré en 1578 pour pouvoir toucher des bénéfices ecclésiastiques. Il se rend à Paris en 1578 au collège de CLERMONT, tenu par les jésuites qui l’influencèrent. Il passe à Paris sa maîtrise-ès-arts, il vit la journée des Barricades… En 1588 après 10 ans passés sur les rives de la Seine, il rejoint Padoue pour parachever sa formation en Droit. Il passe son doctorat avec succès en 1591.

1591 –  1602 : Prêtre et missionnaire

Par la notabilité de sa famille, son père lui obtient la prevosté de la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Il est ordonné prêtre en décembre 1593 pour en bénéficier. Il fonde une confrérie de pénitents peu après. A partir de 1594 il sillonne le Chablais avec son cousin Louis de Sales, chanoine de Genève et y opère une activité de prédicateur dans une région calviniste aux portes de la Rome protestante. Il n’hésite pas à provoquer des controverses publiques avec les pasteurs, et à mener une propagande active par la diffusion de tracts ou des cérémonies religieuses spectaculaires comme les Quarante heures de Thonon en 1598.  Mais l’impact réel de François de Sales dans la conversion du Chablais, faute d’études est inconnu. Cependant, cela est un succès personnel pour lui. Il est nommé en 1599 coadjuteur de l’évêque de Genève. En 1602, il mène une mission diplomatique à Paris dans le cadre du Traité de Lyon pour obtenir la restitution à l’Eglise des biens confisqués par les protestants. Lors de son séjour, il y apprend la mort de l’évêque de Genève et retourne à Annecy pour prendre possession de sa chaire episcopale.

1602 – 1622 : L’Evêque

François de Sales n’est pas un évêque original, mais le parangon de l’évêque borromméen : il effectue des visites pastorales régulières, multiplie les ordinations, publie régulièrement des mandements, favoise la réforme catholique, prédique, confesse et catéchise lui-même y compris les enfants. Son activité de direction spirituelle est intese et dépasse très souvent les limites de son diocèse. Au Carême de Dijon en 1604, il rencontre une jeune veuve : Jeanne FREMYOT DE CHANTAL, c’est le point de départ d’une collaboration fructueuse.
En 1618, il mène une seconde mission diplomatique à Paris : il négocie le mariage du prince du Piémont avec Christine dde France. En 1622, il accompagne le duc de Savoie en Avignon, il tombe malade et meurt à Lyon en 1622.

La spiritualité salésienne

Elle est tributaire de sa formation.

L’influence du collège de Clermont est grande. Il arrive à Paris à l’age de 11 ans en 1578, le Collège est à cet instant la citadelle française de l’ultramontanisme. Tout ce qui est gallican lui est étranger, puisqu’il est Savoyard.
Il se méfie de l’humanisme profane. Bien qu’ayant reçu une formation aux humanités classique, il n’aime pas Rabelais et se garde d’approuver Montaigne. Il n’est pas dans l’idée d’un humanisme érasmien : il oppose systématiquement dans sa correspondance les vérités du christianisme à l’héritage antique païen et humaniste. Cependant, il a un coté « humaniste ». Il eut deux maîtres principaux : le bénédictin GENEBRARD et le théologien jésuite MALDONAT. De Génebrard, il a été fortement marqué sur le plan spirituel par son enseignement sur le CANTIQUE DES CANTIQUES, et l’amourt reliant le cœur de l’homme à Dieu. A partir de là, à 17 ans, il ne conçoit sa relation à Dieu qu’en termes d’Amour. De MALDONAT, il a assimilé la culture humaniste profane où il ranime tout au principe de la foi.
A Paris, François de Sales vécut une crise spirituelle. On le sait d’après ce que des contemporains ont écrit. Elle a éclaté vers 1586-1587. Pour certains, son angoisse théologique est provoquée par le problème de la prédestination, question épineuse et de haut niveau (le concile de Trente reconnaît une certaine forme de prédestination, elle tient compte des méritees alors que chez les protestants, il y a prédestination acquise avant les mérites) : peut-il être du petit nombre des prédestinés ? Pour d’autres ce sont les influences mondaines : le collège de Clermont est fréquenté par une élite, il y eut la tentation d’une vie mondaine.  L’historiographie a des avis partagés. BREMOND pense qu’il s’agit d’une crise dogmatique alors que RAVIER y voit la tentation mondaine tandis que pour LAJEUNIE c’est une crise mystique. Au seuil de sa vingtième année, il ressentit l’incompatibilité entre la vie mondaine et les exigences de la foi, et prit conscience de la question de son salut.  A cette époque il écrit de brèves oraisons. L’issue de cette crise est déterminante : pour lui, ce sera la voie du PUR AMOUR qu’il faudra suivre. Il met en évidence l’idée centrale de la spiritualité salésienne : l’INDIFFERENCE. Cette crise s’atténue par la suite, le reflux vient  d’un épisode ayant eu lieu dans une église : il prononce chez les dominicains devant une statue de la Vierge une phrase « Si les mérites exigeant… » puis une brève oraison, et trouve un apaisement définitif.  La voie du pur amour salésien est indépendant de toute préoccupation du salut : c’est la Sainte Indifférence.
Il quitte Paris en 1588, mais sa crise n’est pas finie. Il séjourne deux mois à Sales et part pour Padoue. Il suit les cours du théologien jésuite Antonio POSSEVINO sur la prédestination et la grâce. On conserve encore ses cahiers d’étudiant. A cette époque, il prend ses distance avec Saint Augustin et Saint Thomas. Il acquiert la conviction que la volonté de Dieu est de sauver tou les homme et que chaque homme peut atteindre la vie éternelle en faisant le bien malgré qu’il soit pêcheur. Il revient de Padoue avec une spiritualité forgée. La réponse à sa crise spirituelle a été spirituelle. Un ouvrage l’a aidé à trouver des réponses : LE COMBAT SPIRITUEL de Lorenzo SCUPOLI (publié en 1589) : il faut s’abandonner à la volonté de Dieu par souci exclusif de plaire.

A son retour en Savoie en 1592 il est ulramontrain, projésuite et a trouvé sa voie spirituelle : le pur amour de Dieu. Il est précoce : chez les grands auteurs, la maturité spirituelle est plus tardive…

En 1602, il rencontre le milieu spirituel dévôt de Paris lors de sa mission diplomatique. Il fréquente les milieux catholiques issus de la Ligue, réformateurs qui ont accepté à regrets l’Edit de Nantes et ferraillent encore mais par l’esprit contre les Huguenots. Ces milieux gravitent autour de Barbe ACARIE, que fréquentent BERULLE qui vient de publier Le bref discours de l’abnégation, le capucin Benoît de CONFELDE, Jean de BRETIGNY qui fut le premier traducteur de Thérèse d’Avila, le Chartreux Richard BEAUVOISIN. Autour de ce « cercle Acarie », se fait la synthèse entre la mystique rheno-flamande et l’humanité du Christ. François de Sales s’y sent très à l’aise, et Madame Acarie le prend comme confesseur. Il participe à l’assemblée de juin 1602 qui décide de l’introduction des Carmes déchaux en France, et fait pression sur Rome pour cela. Avec Bérulle, il s’entretient de l’adaptation en France de l’Oratoire de Saint Philippe NERI, de la réforme de l’abbaye de Montmartre… Pendant 8 moi de mi janvier à septembre, il a été au cœur de la réforme catholique française, il en gardera des contacts et des influences.

Ses deux grands traités découlent des influences conjuguées expliquées ci-dessus.

L’INTRODUCTION A LA VIE DEVOTE

Elle fut publiée pour la première fois en décembre 1608 à Lyon mais l’édition de référence est celle de Paris publiée en 1619, trois ans après la publication du Traité de l’amour de Dieu. Entre ces dates, corrections et ajouts de son auteur. Le Livre de divise en 5 parties.
Elle s’adresse à Philothée, c’est-à-dire l’âme du chrétien vivant dans le monde et désireux de mettre en pratique une vie chrétienne.  La dévotion est la perfection de la vie chrétienne pour François de Sales.
Dans la première partie François de Sales montre que la perfection de la vie chrétienne s’adresse à tous les chrétiens et pas seulement au clergé régulier. La dévotion est accessible à condition de se placer sous l’égide d’un directeur spirituel. Il propose à Philothée une démarche en deux étapes :

– des exercices de pénitence et de purification : les RETRANCHEMENTS
– des méditations débouchant sur la purification des fins dernières.

Le seconde partie de l’ouvrage est une initiation à l’oraison, elle est marquée par une influence thérésienne dans les images utilisées ainsi que dans le christocentrisme affiché. Il donne une méthode d’oraison par des exercices de mise en présence de Dieu et la répétition du désir et de l’amour de Dieu. Il conseille la répétition fréquente des « oraisons jaculatoires », c’est-à-dire brèves et spontanées. Il recommande de s’exercer à une mise en présence continuelle de Dieu. Ces exercices salésiens ont eu une influence dans les milieux dévots et monastiques jusqu’à devenir un modèle de vie religieuse. L’initiation  l’oraison débouche sur les moments essentiels que sont la messe et la réception des sacrements, on voit ici une influence jésuite.
La troisième partie est la pratique des vertus que sont notamment l’humilité et la douceur, mais aussi à celles plus monastiques que sont la chasteté, la pauvreté et l’obéissance. Pour François de Sales, personne n’est dispensé de vertus.
La quatrième partie décrit les tentations de l’âme. Il distingue la tentation et le péché, et il décrit les étapes de l’état de l’âme conduisant au péché : tentation, délectation, consentement, acte de péché. Si la tentation n’est pas le péché, c’est que la tentation est passive et non active. Il tente par là d’apaiser les consciences pécheresses de son siècle et fait faire des progrès à la psychologie et à la physiologie de l’âme par ses explications détaillées.
La cinquième partie est la méthode consacrée à l’examen de conscience. Elle débouche sur des préparations à des méditations. On a souvent vu dans l’Introduction une réhabilitation du laïcat mais le « Contemptus mundi » monastique est aussi présent, car il s’adresse aux religieux.  Il appuie la pratique des vertus sur une mise en connaissance de l’amour de Dieu, mais cette pratique des vertus n’est pas clairement monastique.
Le mariage est un moindre mal et doit dépasser le plaisir de la sexualité dans la vie conjugale. François de Sales ne considère pas qu’il y a des vertus propres au laïcat, mais estime qu’il n’y a qu’une perfection chrétienne sous laquelle tout le monde doit s’unir et atteindre, et par là conclut que le mariage est une entrave à l’exercice de la perfection chrétienne.

TRAITE DE L’AMOUR DE DIEU

Cet ouvrage a &té retardé dans sa conception, car il en parle tôt dans sa correspondance et l’inscrit dans un diptyque. Au Traité de l’amour de Dieu, devait succéder le Traité de l’amour du prochain. L’Introduction a sans doute été trop important pour le délaisser. Le Traité paraît à Lyon en 1616. Il s’adresse à THEOTIME. Mais l’ouvrage est moins accessible que l’Introduction puisqu’il requiert une certaine culture pour être lu. Il s’agit cependant du premier traité de théologie mystique en langue vulgaire. Il développe dans les cinq premiers livres une anthropologie à partir de l’analyse de l’âme.

Il y a deux zones :
– l’âme inférieure : le sensitif, le sensoriel
-l’âme supérieure : la raison, la volonté, la seule a être dite « âme ». Cette âme est rationnelle. L’âme supérieure se subdivise entre
A/inférieur : la connaissance, la raison tire les leçons de ce qui apprend les sens, un héritage aristotélicien.

B/ supérieur : la connaissance intellectuelle, le discernement, le jugement.

Cette partie supérieur de l’âme se subdivise elle même en trois degrés, mais François de Sales n’arrive pas à décrire en des termes clairs les deux derniers, qui se confondent.

1/ « La lumière naturelle de l’intellect » où s’élabore la production de l’esprit humain.
2/ La raison naturelle illuminée par la Révélation : ou l’élaboration théologique de la connaissance, et d’un discours rationnel établi par l’esprit.
3/ La « fine pointe de l’âme » est la raison naturelle, elle se tait devant la Révélation et vit une vie mystique mais n’est pas déconnectée du reste.

Ces deux derniers degrés sont irradiés par la Révélation, la théologie s’appuie directement sur une illumination il n’y a pas de déconnexion entre la théologie et la spiritualité.

Pas de degrés privilégiés par rapport à l’autre. L’harmonie de fonctionnement de cette construction si on sent une vie dévote. Volonté d’intégrer toutes les œuvres de l’homme, naturelles ou surnaturelles. En ce sens, on peut parler d’un humanisme chrétien quand la fine pointe de l’âme irradie tout le reste.

La deuxième partie du traité présente les différents degrés de l’oraison selon une influence toute thérésienne, avec des rapprochements de vocabulaire étonnants.  La nomenclature est calquée sur celle de Thérèse d’Avila
–    le « recueillement infus »
–    l’oraison de quiétude : l’action de Dieu se faire ressentir sur la seule volonté : liquéfaction de l’âme en Dieu.
–    Oraison d’union : union de l’âme à Dieu.

Le Traité est aussi marqué par la touche jésuite : l’extase mystique y est moins privilégié que l’extase de la vie : on tourne l’âme vers l’action dans son union mystique. La vie mystique n’est authentique que par la charité selon François de Sales. Il retrouve au bout du compte l’Indifférence car l’oraison ne progresse que si l’âme est toujours disposée à donner raison à Dieu quoiqu’il advienne, c’est une résurgence des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola.

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