Géographie des sens # 3 : la plage de l’Espiguette

(En juillet 2007.)

Cet article est à mettre au compte d’un rêve que j’ai fait sur cet endroit il y a 3 jours. J’ai rêvé que la plage était submergée par la lente montée des eaux de la Méditerranée, effet du réchauffement climatique oblige.

En parlant de cela, le niveau d’altitude 0 est à 11 cm sous l’actuel niveau des eaux de la mer méditerranée. Le marégraphe de Marseille, construit en 1884 qui permettait le calcul de toutes les altitudes françaises a vu le niveau des mers monter.

A une centaine de kilomètres à vol d’oiseau plus à l’Ouest de la corniche massaliote, se trouve la plage de l’Espiguette, département du Gard, commune du Grau du Roi. Une longue bande de sable fin s’étendant de Port Camargue au canal de Saint Roman. La plage doit faire au maximum 2 kilomètres de largeur, et se rétrécit en allant vers l’Est et la Camargue. Il existe un parking, très fréquenté en été. à l’extremité de ce parking, se trouve une plage naturiste. En hiver, le parking est fermé et réduit à peau de chagrin, ce qui permet à la nature de se remettre des avanies de touristes estivaux indélicats.
Sur cette plage, on ne s’étonnera pas de voir de belles cavalières galoper le long du littoral, sur des chevaux camarguais, ni d’apercevoir au loin quelques fanatiques de kitesurf. à Port Camargue. Le matin, les pêcheurs de tellines raclent les bancs de sable à quelques dizaines de mètres de la plage, en mer. Ils mettent l’espèce en péril mais la municipalité laisse faire…
Lors de ma dernière visite, j’ai constaté que les étangs derrière le parking jouaient le rôle de dépotoirs, le ménage devrait avoir lieu plus souvent. Les pauvres sternes déambulaient entre cannettes de bière et bidons en plastique, que des matières biodégradables qui dureront300 ans avant de disparaitre!
Proche du phare, il y a quelques bunkers allemands qui subsistent. Certains ont fait les joies des taggers, d’autres n’ont apparemment pas résisté au sable, et à l’action des éléments.


(Février 2009. Idem pour le reste.)

Les pins colonisent peu à peu les dunes : à l’Espiguette, la partie occidentale de la plage progresse sur la mer, tandis qu’à l’Est elle se réduit d’années en années : les épis rocheux n’y font rien, les ganivelles tentent de maintenir pitoyablement les dunes, avec l’aide des oyats.

J’ai plein de souvenirs sur cette plage. Peu de baignades car les courants y sont forts, beaucoup s’y sont noyés. D’interminables balades qui me paraissaient sans intérêt étant enfant. Ado, c’était la pêche aux tellines, de plus en plus rares hélas. Mes parents y vont encore et m’en rapportent : je mange donc de temps en temps de ces délicieux haricots de mer.
En fait, avec le temps, j’aime de plus en plus cet endroit. L’emprise humaine y est moindre, le coté occidental de la plage ressemble à un désert, à tel point qu’on perd de vue la mer. On se croirait dans les sables de Libye. L’endroit est nu, rude, désolé. L’air marin est pourtant présent, rien ne l’arrête. Le coté oriental est lui aussi sublime, jusqu’aux premiers épis qui s’alignent interminablement sur environ 15 km jusqu’au Petit Rhône. Avant ces digues, le cordon dunaire est bien présent, avec ses oyats, ses ganivelles ensablées et son arrière cordon, où règne tout un peuple d’oiseaux marins, de rongeurs et d’insectes plus ou moins menacés. Entre les pins et les étangs, poussent la salicorne, la saladelle, quelques hautes herbes aux noms inconnus.

Pourquoi ce laïus sur ce lieu ? Parce qu’en février, j’y suis allé seul, et que je m’y suis senti libre, vraiment libre. un sentiment indescriptible en fait que je n’avais pas éprouvé depuis bien longtemps. Le lieu était désert. l’espace s’étendait démesurément, il faisait beau et bon, le mistral soufflait, le soleil se reflétait sur la mer…Ce que j’ai fait ? J’ai marché, contemplé la mer et je m’y suis même mis à nu, totalement à nu pendant quelques minutes. Etrange sensation que de sentir le vent courir sur son corps quand on n’a pas l’habitude de se dévêtir en pleine nature. Qu’on s’entende bien, je ne suis pas nudiste ni naturiste, mais ce moment n’était pas désagréable. Je suis en vérité assez pudique, je n’aime pas montrer mon corps à n’importe qui et n’importe comment et pour parler franchement, je n’ai jamais vraiment aimé mon physique, qui est loin d’etre contrefait pourtant. Bien au contraire, je plais à certaines femmes…et aux hommes ! Mais que voulez vous, quand on est élevé dans le péché du corps, voilà ce qu’on devient : de gros complexés. Voilà que je radote.

A l’Espiguette, on ne s’égare pas géographiquement, mais l’esprit divague, le temps redevient celui de la nature, la course du soleil de son lever à son coucher s’impose sur l’environnement. La nature y est âpre, pas de générosité ici, la rudesse des éléments, quelque chose de spartiate, qui tanne la peau. Sur cette plage plus rien ne compte, sauf la mélodie du vent, celle des vagues. Le bruit de l’âme peut-être.

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