Marquis

De la grivoiserie.

Je confesse une passion discrète pour le roman libertin du XVIIIe siècle, comprenons ici comment allier parole et pratique, philosophie et sexualité. Il est au passage curieux de noter comment le mot libertin a glissé de sens entre le XVIIe siècle et le XVIIIe siècle, passant d’une « liberté d’esprit » à une « liberté de moeurs » tendance dépravée.

le marquis Boyer d’Argens, Provençal et grand ami de Frédéric II a écrit le meilleur roman libertin du Siècle des Lumières (selon moi) : Thérèse philosophe : on y trouve une certaine gaieté de vivre, entre entente philosophique et entente sexuelle, mais point de perversion ni de dépravation, le but n’étant pas de faire le mal mais d’initier par le « vît » l’ingénue à la philosophie naturelle via un abbé dévergondé, l’honneur est sauf On n’est pas chez Sade, et l’oeuvre est antérieure à ce cher Donatien. Thérèse est disponible chez Actes Sud et chez Garnier Flammarion, l’édition de Garnier est la dernière en date, et possède des facs similés de gravures d’époque, ce qui permet de joindre l’utile à l’agréable.

Par une habile transition, cela me conduit à parler d’un film très confidentiel : Marquis, qui n’est pas sans rapport avec le marquis de Sade. Un OVNI cinématographique.
Quand j’étais enfant, je regardais sur Antenne 2 Téléchat, cett émission jouant sur l’humour absurde, et dénonçant (déja) les dérives des médias. Cette série de marionnettes, aux pastilles burlesques comme Léguman (qui me terrifait) ou le gluon du trou, était écrite par Roland Topor et réalisée par Henri Xhonneux, coproduite par Antenne 2 et la RTBF (allez savoir pourquoi les Belges sont là dedans). En 1988, Topor et Xhonneux remettent le couvert, dans un long métrage à la gloire de Sade ou plutôt de son alter ego fictif : Marquis. Il s’agit là d’un film inclassable : un condensé d’un épisode de la vie de Sade,, qui n’en est pas vraiment un, des représentations de ses principales héroïnes : Justine, Juliette, le tout joué par des vrais acteurs aux têtes…d’animaux ! On dépasse même le cadre sadien pour évoquer plus largement celui des libertési ndividuelles et de la liberté sexuelle alors que l’intrigue se déroule à la veille de la Révolution française.
Chaque protagoniste représente un animal différent et relate en fin de compte un trait de leur personnalité. Les têtes animales sont en réalité des animatronic,s des artefact télécommandés posées sur de vrais comédiens. Le résultat est bluffant. Les dialogues sont incisifs, spirituels, un exposé des principales idées de Sade, de la débauche aussi, mais stylisée.
Une des scènes les plus crues est celle d’un bordel où chaque tête de prostituée est remplacée par un con, un cul, un sein… Ce n’est pourtant pas un film érotique, mais tout y est montré ou suggeré avec ingéniosité.

Le film est sorti en DVD en 2004. Une bonne idée cadeau à m’offrir. 🙂

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2 réflexions sur “Marquis

  1. Pourquoi belge? Henri Xhonneux était belge. (je pense que sa maison de prod Alligator Films joue un rôle là-dedans aussi) De même que les manipulateurs des marionnettes de Téléchat, d’ailleurs, dont certain(e)s se sont retrouvés sur le tournages de Marquis (le rôle du sexe du marquis, entre autres….)

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