Aristote, l’ENS et le révisionnisme

La discipline historique française semble encore secouée par une affaire de révisionnisme, et encore une fois, cela se passe à Lyon. Lyon triste capitale du négationnisme et du révisionnisme.

Pierre Assouline lui donne le nom d’affaire Aristote

Au mois de mars est paru aux éditions du Seuil dans la collection « L’univers historique » un ouvrage de l’historien médieviste Sylvain Gouguenheim Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne. 282 pages où M. Gougenheim s’échine à prouver que à rebrousse poils d’un consensus entre historiens, l’Occident chrétien ne doit pas la découverte et la transmission de la pensée grecque ancienne (surtout Aristote) aux Arabes musulmans (Al Andalus, Abbassides) mais aux chrétiens d’Orient (Byzance). C’est remettre au goût du jours de vieilles thèses du XIXe siècle… Cependant, au-dela d’une révision de thèse, le livre a créé une polémique aux ramifications politiques puisqu’au-delà de thèses en apparence innocentes, le bouquin cacherait une dimension islamphobique…

Je confesse que je n’ai pas lu ce livre. D’une part parce que ma spécialité est l’histoire moderne dans toutes ses dimensions, et spécifiquement l’histoire européenne, et deuxièmement c’est que je n’ai pas envie d’investir dans un mauvais livre qui pourrait rapidement se voir déprecier par des réfutations aussi érudites que brillantes. Cependant le sujet est bien entendu plus qu’interessant

Lorsqu’on se penche sur l’auteur, on s’aperçoit que ses spécialités sont l’histoire des chevaliers teutoniques, de la mystique rhénane et des croisades, ce qui n’est pas s’en rappeller un triste sire désormais à la retraite : Pierre Vial, ancien enseignant de l’université Lyon 3 (que j’ai eu en cours), spécialiste des Templiers, ancien porte parole du FN, qui d’ailleurs n’hésitait pas à amener sa petite fille en cours (blonde évidemment)… A la différence de M. Vial, qui stagna pendant toute sa carrière universitaire au rang de maitre de conférences, M. Gouguenheim est professeur d’histoire médiévale à l’ENS-LSH de Lyon, il enseigne donc à une certaine élite estudiantine venant majoritairement de Paris.

Pour l’ENS-LSH plusieurs problèmes se posent : d’abord celui de l’image. Depuis quelques années les résultats de l’ENS-LSH baissent, et la destination se veut de plus en plus une sorte de bagne pour tout professeur ou tout étudiant ayant échoué à entrer rue d’Ulm ; deuxièmement l’altération de la qualité de l’enseignement et des labos de recherche de l’Ecole (les deux, pour les fréquenter en tant que doctorant sont pourtant excellents) : si l’ENS vient à enseigner des thèses révisionnistes, c’est une catastrophe puisque les enseignants sont supposés être issus de la crème de la crème de l’Ecole d’histoire française et donc donner le meilleur des conclusions de recherches effectuées… Alors ou va-t-on ?

J’ai appris qu’une pétition a été signée par 200 personnes environ : enseignants, personnels, étudiants de l’Ecole. Elle a été mise en ligne sur le site de Telerama.
Le directeur de l’Ecole vient de faire savoir qu’il créait une commission d’experts pour auditionner M. Gouguenheim et évaluer ses travaux sur des critères objectifs. Ce sera l’occasion pour l’accusé de justifier ses thèses sur des bases scientifiques (or en science tout est réfutable). Si l’ouvrage en question est un allégorie islamophobe cachée sous des apparences scientifiques, cela ce saura aussi et son auteur sera confondu et démis, du moins on l’espère.

Cela constitue une lecture probable si je m’ennuie la semaine prochaine.

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