Le Christianisme interopérable

Séminaire doctoral passionnant aujourd’hui. Je ne fais que reprendre les idées principales d’une session originellement dédiée à l’histoire de la théologie de la mission chrétienne.

Le christianisme est peut-être à la veille d’un évènement aussi important que le fut jadis le concile de Nicée en 325 pour le Credo… Sauf qu’il s’agit ici plutôt de la place du Christ dans ces Eglises, et la question du Salut…

Nous avons nous autres Européens une conception religieuse où le Christ (pour ceux qui croient), enfin Jésus, a toujours été au centre, jadis du monde, aujourd’hui de la foi seulement, puisque nous avons rangé les religions au rang des opinions personnelles, c’est-à-dire de la sphère privée. Nous sommes impregné du christianisme, il n’y a pas déchristianisation mais mutation des pratiques religieuses chrétiennes… La religion devient un « produit à la carte », elle devient une option, un service vers lequel on se tourne quand on en a besoin. Au fil des siècles, le christianisme a eu pour but de convertir l’ensemble du globe dans une église universelle… Aujourd’hui, ce but est obsolète, mais ces vieilles lunes subsistent encore, bien qu’il soit bien malmené : il n’y a pas une seule voie de salut pour atteindre le royaume divin (si tant est que l’on soit croyant, bien entendu).
Aujourd’hui, la majorité des Chrétiens ne se trouvent plus en Europe, continent « désenchanté » (dépourvu de toute dimension magique, largement discutable) mais sur les autres continents du Globe : Amériques, Asie, Afrique. Soit des sociétés, des civilisations entières où le christianisme s’est inculturé tout en respectant les spécificités culturelles locales… Cette inculturation est en passe de changer la donne. En effet, si nous prenons l’Eglise catholique, celle-ci a admise et encouragé un catholicisme dégagé de ses traits européens. Cependant, le Saint-Siège n’avait pas prévu que l’on touche au noyau central de la foi : la place du Christ.
D’un point de vue théologique et purement occidental, le message du Christ, le Christ, est au centre de la foi et de la pratique religieuse. La christologie est l’élément fondamental.
Or, et de plus en plus, le christianisme est contesté ou remis en cause radicalement par des propositions osées et culottées hors d’Europe. Par exemple, des théologiens catholiques Indiens proposent une relecture de la Bible à la lumière d’éléments religieux locaux, comme la lecture, lors de la messe des Veddas. Il en va de même pour les églises protestantes. Cependant, dans le cas catholique, plus centralisé, ces propositions font peur. Elles ne mettent plus le Christ au coeur de la religion, mais à « l’horizon » pour reprendre un mot de la dernière encyclique de Benoit XVI. Il en va de même pour la question du Salut… A Rome, l’élection de Ratzinger comme pape n’est pas anodine. En tant que théologien, il a été nommé pour sa vision rassurante du catholicisme, et de la théologie toujours dominante christocentrique.

Le christianisme est à l’aube d’une redéfinition radicale de son message hors d’Occident. C’est à la fois excitant et angoissant. Excitant quand on pense que cette religion pourra nourrir spirituellement les croyants en étant plus en phase avec la culture du lieu, angoissant car à force d’être dilué dans des cultures différentes, le christianisme pourrait perdre le sens originel du message christique, du moins, son sens occidental.

Quand au reste, les questions liées à la sexualité, avortement etc, elles paraissent bien anodines d’autant plus que les Eglises chrétiennes sont désormais majoritairement implantées dans des sociétés traditionnelles, et non plus dans l’Europe qui se prétend éclairer le monde par ses « avancées » sociétales.

***

Sur un autre sujet, mais néanmoins connexe, j’ai rencontré le Cardinal Philippe B. archevêque de Lyon, Primat des Gaules, cette semaine, lors d’un comité de rédaction pour un magazine mensuel où je ponds des article de façon bénévole. Un type passionnant qui déteste les titres honorifiques. Il n’aime pas qu’on l’appelle « Son éminence » mais « Père », en toute modestie… Mais il a le sens de la tchatche, et j’ai beaucoup appris. Par exemple, sur la mystagogie… J’ai aussi pu constater que le Cardinal avec une surdité qu’il compensait par un appareil auditif, et un bel anneau cardinalice donné par Jean-Paul II, de facture contemporaine. Un archevêque ressemble plus à un administrateur, un chef d’entreprise qu’à autre chose. Il est chargé d’assurer la pérennité du diocèse, qui vit tant bien que mal, alors qu’une nouvelle paroisse a vue le jour à Bron, et qu’une autre se crée à Vaulx-en-Velin. A Lyon, le coté catholique le plus intéressant ne se trouve pas chez les cathocrates bigots d’Ainay mais en banlieue, Delorme à Gerland par exemple est un curé qui mérite des louanges…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s